Partout, encore et toujours, lutter contre le patriarcat sous toutes ses formes

lundi 3 septembre 2012
par  Rosine

Ci-dessous le texte adopté lors de la Semaine d’Émancipation en juillet 2012, et concernant les droits des femmes.

Les luttes féministes ont permis l’explosion de la visibilité de l’oppression subie par les femmes. La médiatisation de ces luttes, les victoires obtenues et l’idéologie dominante ont entretenu l’idée que les femmes avaient tout gagné. Or, nous savons touTEs qu’il n’en est rien.
Certes, les lois existent qui devraient permettre aux femmes de disposer librement de leur corps, de bénéficier de salaires et de conditions de travail égales à celles des hommes. Or, si nous regardons la réalité du quotidien des femmes aujourd’hui, que constatons-nous ?

  • Le droit à l’avortement libre et gratuit est de plus en plus malmené d’une part par la loi hospitalière qui a entraîné la fermeture des centres IVG (CIVG) et la difficulté d’accéder à l’avortement dans les délais légaux, forçant de nouveau de nombreuses femmes à se rendre à l’étranger pour avorter ; et d’autre part par l’offensive idéologique des religions ;
  • des lois existent qui devraient assurer leur intégrité physique et morale, pourtant, les violences qui leur sont infligées aboutissent rarement à des poursuites et/ou à des condamnations (sur les 2 millions de femmes victimes de violences, seules 9 % portent plainte) ;
  • les inégalités salariales demeurent (27% en 2011 dans le privé), y compris dans la fonction publique ;
  • le temps partiel, « choisi » comme imposé, concerne essentiellement les femmes ;
  • leurs pensions de retraite restent très largement inférieures à celles des hommes ;
  • elles subissent le chômage plus fortement ;
  • enfin et surtout, elles sont les principales victimes de la pauvreté à travers l’explosion des « familles monoparentales » (reposant à plus de 80% sur les épaules des femmes) ;
  • cette précarité est accentuée pour les femmes étrangères, en particulier sans papiers.

Ces inégalités socio-économiques sont aggravées par la crise, mais celle-ci ne constitue en aucun cas l’unique facteur de telles régressions. Ces régressions reposent sur un système d’oppression patriarcal véhiculant des représentations pluriséculaires qu’il faut combattre, représentations exprimées en permanence par les médias, les forces politiques réactionnaires, les religions, les institutions, le sens commun et la langue, bref tous les discours dominants !

Contre l’individualisme imposé par le capitalisme, nous devons reprendre la construction d’outils collectifs pour combattre cette oppression, notamment :

  • une école développant l’esprit critique ;
  • des organisations syndicales luttant réellement contre le capitalisme, le sexisme et l’homophobie ;
  • la nécessaire solidarité sociale entre touTEs les exploitéEs.

Combattre la domination masculine sous toutes ses formes, ce n’est pas avoir plus de députées et de sénatrices ou davantage de femmes accédant à de hautes fonctions dans les entreprises.
Le patriarcat est partie prenante de notre combat anticapitaliste, lequel passe aussi par la lutte contre les représentations archaïques qui concourent à légitimer l’oppression des femmes.

À l’école, cette lutte implique :

  • de rendre systématiquement visible le rôle des femmes et de leurs luttes dans l’histoire et dans la société ;
  • de dénoncer, dans le but de les déconstruire, tous les stéréotypes hétérosexistes ;
  • de dénoncer les comportements sexistes et homophobes, et les violences qui en découlent.

Pour ce faire, une éducation au « genre » est nécessaire à l’émancipation des élèves. Cette éducation suppose la mise en place de modules dans la formation initiale et continue de tous les personnels d’éducation dans le cadre du rétablissement d’une véritable formation. C’est une condition nécessaire à la transformation de la société dans une visée émancipatrice, pour la prise de conscience et la critique de tous les rapports de domination, de sexe, de race, de classe.

Émancipation tendance intersyndicale, le 16 juillet 2012