Un mois dans lemonde

jeudi 20 septembre 2012

Égypte

En l’espace de quelques mois, les militaires égyptiens ont « accepté » la défaite de leur candidat aux élections présidentielles avec la reconnaissance de la victoire du candidat des Frères Musulmans, l’abrogation du décret dissolvant le Parlement et la mise à la retraite de nombreux hauts gradés dont le Maréchal Tantaoui. Le protecteur américain n’est sans doute pas étranger à ce qui ressemble à un partage du pouvoir entre l’armée égyptienne et les intégristes destiné à préserver les intérêts des Etats-Unis. Pour l’instant le peuple égyptien s’est fait voler sa révolution. Mais rien n’est terminé.

Syrie

La révolution a pris un tour nouveau qui pourrait être décisif : des attentats ont directement touché les principaux dirigeants du régime baasiste. Les défections se sont multipliées (le général Tlass, le Premier ministre Riad Hijab …) comme si une partie de la direction actuelle avait fait le pari d’une chute prochaine du régime. La révolution touche désormais toutes les régions et toutes les composantes du peuple syrien. L’écrasante majorité de la population espère une chute d’un régime responsable d’un véritable bain de sang (déjà 28000 morts). C’est Bachar el-Assad lui-même qui a provoqué une militarisation de la révolution, mais du coup son armée ne contrôle plus une importante partie du territoire où les processus d’auto organisation se multiplient, notamment dans le Kurdistan syrien. L’armée syrienne libre qui est financée et armée essentiellement par la Turquie et les pays du Golfe pourrait être tentée, en cas d’effondrement du régime de confisquer la révolution pour que rien ne change.

Israël

Une fois de plus, en profitant de la campagne électorale aux Etats-Unis, les menaces d’une attaque militaire « préventive » contre l’Iran se précisent. En Israël où la propagande a depuis longtemps « déshumanisé » les Iraniens, une majorité de l’opinion est pour une telle attaque. Pourtant une pétition d’intellectuels opposés à des frappes aériennes a recueilli de nombreuses signatures. Elle a été rejointe par un appel de pilotes annonçant qu’ils désobéiront à un ordre d’attaque.

L’association « Breaking the silence » (briser le silence) regroupe depuis 2004 des militaires, réservistes et conscrits qui dénoncent les crimes, tortures ou humiliations perpétrés par l’armée israélienne. L’association vient de publier un livre qui dénonce à la fois les meurtres d’enfants, les tortures, la situation dans la vieille ville d’Hébron et les crimes contre l’humanité pendant l’opération « plomb durci » …

Tunisie

Qui sont les salafistes ? Pour certains, c’est un groupe qui n’a jamais subi la répression à l’époque Ben Ali et qui émerge aujourd’hui. Pour d’autre, il y a un partage des tâches entre les salafistes et le parti Ennahda au pouvoir qui se dit « centriste » et « modéré », mais en fait, ce serait la même chose. Une chose est sûre : les salafistes multiplient les attaques contre les syndicats, les universités, les médias et même les civils coupables « d’atteintes aux bonnes mœurs » et la réaction du pouvoir face à ces exactions ressemble de plus en plus à de la complicité. Cette menace a sans doute accéléré un regroupement de plusieurs partis de gauche incluant le parti des travailleurs tunisiens (anciennement PCOT, parti communiste des ouvriers de Tunisie).

Grèce

L’histoire bégaie. Depuis le début du XXe siècle, les dirigeants de la bourgeoisie grecque qui ont régulièrement vendu leur pays à différents occupants s’appelaient (déjà) Venizélos, Papandréou, Mitsotakis … En 1944, toute la partie de la bourgeoisie qui avait collaboré avec les Nazis a été remise au pouvoir par Churchill pour écraser les communistes.

L’Europe libérale (Merkel, Hollande …) a pesé de tout son poids sur les élections grecques de juin dernier. Le dirigeant qu’elle a soutenu à bout de bras et qui a gagné de justesse (Samaras) est un ancien dirigeant d’extrême droite qui soufflait sur les braises pendant les guerres de Yougoslavie. Il a obtenu aussitôt le soutien du PASOK, la gauche « raisonnable », celle dont le clientélisme a ruiné le pays.
On pourra penser que le parti Syriza ne constituait pas une alternative et même qu’une telle alternative ne passe pas par les urnes. Il est vrai que rien n’est résolu : la Grèce n’est plus en déficit puisque l’Etat ne dépense presque plus rien pour les tâches qui lui incombent et qui ne sont plus assurées. Le déficit est creusé par les intérêts d’une dette illégitime. Les nantis grecs ne sont pas touchés par une crise qui oblige une partie de la population à s’auto organiser et à réinventer solidarité et entraide.

Sur fond de faillite et d’amnésie, le parti fasciste « Aube Dorée » a entamé (pour l’instant dans l’impunité) une campagne d’agressions et d’assassinats contre les immigrés qui forment 8% de la population.

Afrique du Sud

Avec ou sans apartheid, le capitalisme domine toujours l’Afrique du Sud. Dans la mine de Marikana, les capitalistes ont pour nom Lonmin, compagnie britannique et troisième producteur mondial de platine. Comme sous l’apartheid, l’Etat sud-africain et sa police soutiennent les capitalistes. La police a tiré sur des grévistes qui avaient l’outrecuidance de penser qu’on ne peut pas vivre décemment avec 400 euros par mois. Il y a eu 34 morts, ce qui n’a pas arrêté Lonmin. La compagnie a exigé la reprise du travail sans condition et a dû renoncer devant la détermination des grévistes. Ce qui est plus grave, c’est que l’Afrique du Sud est gouvernée par une coalition en principe progressiste où l’on retrouve avec l’ANC le syndicat COSATU et le parti communiste. Cette même Afrique du Sud vient par exemple de déclarer l’embargo sur les produits israéliens, faute de preuve qu’ils ne viennent pas des territoires occupés. Pourtant, ANC, COSATU et PC soutiennent la police dans cette affaire. Décidément, il n’y a pas de capitalisme à visage humain.

Mexique

Le grand vainqueur des dernières élections mexicaines, c’est … la mafia. Les présidents de la droite mexicaine avaient militarisé la guerre contre les cartels. Résultat : plus de 60000 morts par an, une insécurité généralisée et un appareil d’État de plus en plus gangrené par la corruption. Cette fois-ci, la bourgeoisie mexicaine a préféré appuyer l’ancien parti unique (le PRI, parti révolutionnaire institutionnel) qui a toujours su composer avec les cartels pour le plus grand bénéfice des deux parties.

Russie

L’histoire russe est entrée dans une nouvelle nuit, après bien d’autres. L’opposition à la dictature mafieuse de Poutine porte sur la question sociale mais surtout sur la démocratie. Trois femmes courageuses, les Pussy Riot, qui avaient osé défier publiquement Poutine en le caricaturant dans une église ont été condamnées à de lourdes peines de camp de travail pour … hooliganisme comme sous Staline. L’ancien champion d’échecs Gary Kasparov est également menacé de prison pour avoir « giflé un policier ». On ne connaît que la partie émergée de l’iceberg de toutes les répressions dans un pays où l’état de droit a disparu.

Pierre Stambul


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