Notre-Dame-des-Landes : on lâche rien !

vendredi 2 novembre 2012
par  QD, Administrateur

Notre-Dame-des-Landes :
on lâche rien !

Alors qu’en ce moment même, des centaines de gendarmes et CRS militarisent l’espace agricole de Notre-Dame-des-Landes, baptisée "Zone à Défendre" par les opposants, ce projet d’aéroport, ce grand projet inutilerenommé "Ayraultport" porté par l’actuel premier ministre est condamné par de très nombreuses associations, des syndicalistes, des élu-e-s, des agriculteurs, des militant-e-s...

Non sens écologique et économique, ce bétonnage des terres et de forêts n’est pas justifié, pas plus que l’arsenal guerrier mis en place sur le site !

Un projet qui vient de loin
Années 70 : première apparition d’un projet de nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Landes, petite commune au nord de Nantes, alors qu’il en existe un, né dans les années 30 : Château Bougon, au sud de l’agglomération.
Dès 76, La résistance contre bétonneurs et aménageurs commence et s’organise, un livre est publié : Dégage, on aménage (1).
Les partisans de cet aéroport adaptent leurs arguments en fonction des enquêtes d’opinion qu’ils orchestrent : il faut qu’on puisse accueillir le Concorde, et puis la sécurité serait en jeu, mais en plus il y a le développement "régional" et l’emploi…
En fait, il s’agit de l’aménagement de la communauté urbaine de "Nantes Métropole" et de ses nouveaux quartiers dont les habitants ne supporteraient pas le bruit, sans oublier les "investisseurs" qui gagneraient du temps de transport. Mais surtout l’actuel aéroport serait saturé dans un avenir… proche ou lointain...
Dans les faits, ce projet s’inscrit dans le cadre de la restructuration capitaliste de l’espace. Il est relié au projet de "métropole" nantaise : la "métropole" est une collectivité créée par la réforme des collectivités territoriales, dans l’optique d’ un espace de niveau européen et ultra-compétitif, transformant les voies de circulations avec une volonté de concentration de la richesse et des investissements… aux dépens des autres parties du territoire, condamnées à la fermeture des services publics car "non rentables".

Des arguments discrédités
Depuis 1976, tous ces "arguments" tombent les uns après les autres : le Concorde n’est plus, l’aéroport existant n’est pas plus dangereux qu’Orly dans Paris, les temps de transport vers le cœur de la ville pourraient être courts si la ligne de tramway était prolongée… alors que Notre-Dame-des-Landes se trouve en pleine campagne à plus de trente minutes de voiture ou train, la saturation de l’actuel aéroport n’est absolument pas à l’ordre du jour.
Quant à l’emploi... si un chantier (en l’occurrence géré par Vinci) peut en créer sur un temps donné, cela ne dure pas alors que des centaines d’emplois agricoles pérennes sont à tout jamais supprimés (voir l’argumentaire syndical porté par SUD et la Confédération paysanne).
Pour ce qui est du bruit, eh oui les avions en font au nord comme au sud... l’industrie aérospatiale souhaite rester à Château Bougon, donc il y aurait bien deux aéroports, deux sources de nuisances pour les deux oreilles !

Les enjeux de la lutte
Les opposants, comme au Larzac, sont des agriculteurs comme Michel Tarin qui a fait une grève de la faim durant les 28 jours précédant l’ élection présidentielle, des "zadistes" occupant des fermes et terres qu’ils font revivre, des femmes, des hommes de tous les horizons, de tous les âges, des élus locaux aussi.
Les modes d’actions sont pluriels : manifestations, occupations, organisation de débats, informations, tenue de vigie devant le conseil général, projet de manifestation mensuelle chaque dernier samedi du mois, etc.
Mais nos questions restent sans réponse : la question sur la manière de vivre dans notre agglomération dans laquelle peu ont accès au transport aérien, celle du rapport à la terre nourricière, de l’utilisation des ressources fossiles, du choix de développement local, national, international, du coût d’un "grand projet inutile" estimé entre deux et quatre milliards d’euros, dans le cadre d’un PPP (Partenariat public-privé) juteux pour Vinci, la question du "progrès"...

La répression d’un mouvement social
La question centrale est aussi celle de l’exercice de la démocratie, quand on constate que chaque initiative des opposants à l’aéroport donne lieu à des déploiements policiers et militaires délirants.
Comme par exemple lors de la grande manifestation du 24 mars 2012 : 255 tracteurs, plus de 10000 personnes mais des milliers de policiers et de gendarmes venant de toute la France, un hélicoptère, des drones, des camions à eau, des armes type LBD… ou comme devant le "sommet environnemental" le 17 septembre 2012 à Paris, où les manifestants ont été parqués entre des policiers pendant des heures, sans pouvoir sortir, à plusieurs centaines de mètres de l’entrée et des médias...
Il y a clairement une volonté de criminaliser : poursuites judicaires systématiques, lourdes amendes et peines prononcées par la justice, surveillances continues, brutalités policières et interpellations abusives destinés à décourager les militants... qui ne lâchent pas !

Des responsabilités politiques
incontestables
Des élus affirment (communiqué du 12 février 2010) que "le projet ne sera pas coûteux pour les collectivités locales" et qui, sept mois plus tard, signent leur appui financier.
Pourtant l’opacité concernant les coûts de fonctionnement est réelle : si l’aéroport est rentable, ce dont on peut douter, les bénéfices seront pour les opérateurs privés, mais s’il n’est pas rentable... qui paie ?!
Il faut aussi parler des enquêtes "d’utilité publique" menées sous le manteau, comme cet été l’enquête sur les zones humides, de la mise au pas des élus contestataires par Jean-Marc Ayrault.
Il faut avoir entendu des affirmations telles que "puisque les électeurs ont voté PS, ils ont voté pour l’aéroport, la démocratie c’est cela", ou "ce sera le premier aéroport Vert : les AMAP pourront distribuer des paniers aux voyageurs, on pourra prendre connaissance de la richesse de la biodiversité de ce terroir" !
Cela donnerait presque envie de rire : cet espèce de crispation d’un maire devenu premier ministre, comme un caprice impérieux, une obstination incompréhensible des élus, associés aux magnats du BTP, qui amalgament bien public et intérêts privés pour faire construire cet aéroport, un grand projet inutile, un grand projet nuisible, celui-là comme d’autres en Europe !

Un nouveau coup de force
Fin octobre commence l’opération "César" : des vagues d’expulsion des "zadistes". Avec un dispositif militaire et policier encore renforcé, et sans aucune volonté de négocier.
Outre le projet lui-même, c’est la question de la répression qui vient sur le devant de la scène. On peut constater une "militarisation" de la Loire-Atlantique, d’autant plus qu’à Nantes même la lutte des sans-logis rencontre la même volonté punitive de l’appareil d’État.
La lutte de Notre-Dame-des-Landes prend ainsi une ampleur nationale, un appel unitaire de 11 organisations met en cause la politique gouvernementale et se conclut ainsi :
"Nous appelons l’ensemble des citoyennes et citoyens à participer à des mobilisations locales et ainsi répondre démocratiquement à une violence qui, pour être institutionnelle, n’en est pas moins illégitime".
Comment va réagir le gouvernement, placé dans cette nouvelle situation ?
En tout cas, continuer à se mobiliser est indispensable : "le changement c’est maintenant, l’aéroport c’est jamais !".
Car cette lutte ne s’arrêtera pas, elle est celle de l’avenir !


Emmanuelle Lefèvre,
30/10/2012

Un comité de soutien contre la répression
Le 1er décembre 2011, la préfecture de Loire-Atlantique lance une rafle policière pour arrêter cinq personnes engagées dans la lutte contre le projet d’aéroport : elles sont inculpées pour "dégradations en réunion" ou "complicité de dégradations en réunion" sur les locaux de la multinationale Vinci. Pour réagir collectivement à cette intimidation policière et judiciaire, un comité de soutien est mis en place, auquel Émancipation apporte un soutien.
La lutte contre l’aéroport n’est qu’un combat auquel le comité ne se limite pas, la répression frappe partout dans l’Hexagone : les "Conti" à Clairoix, les anti-nucléaires à Valogne, les sans-papiers à Calais ou Paris, les faucheurs/euses à Colmar...br>
Pour soutenir les personnes inculpées : comité de soutien aux inculpés, csia@riseup.net

* pour en savoir plus : site http://ACIPA.free.fr, site Alternatives libertaires, Revue Zn°4 réalisée sur la ZAD, automne 2010, Nantes nécropole, printemps 2011, livre C’est quoic’t’armac ? éditions no pasaran, juillet 2011.