Brèves féministes (novembre 2012)

jeudi 22 novembre 2012
par  QD, Administrateur

Où est passée la femme ?
En France, certains rêvent de pouvoir recourir à la GPA (gestation pour autrui), pratique autorisée dans certains pays comme l’Angleterre. La “mère porteuse” porte l’enfant d’un couple qui a fourni ses embryons.
“Mère porteuse”. Le terme de “mère” (et non pas de femme) est lui-même révélateur de ce à quoi la GPA réduit la femme : une machine à fabriquer des enfants.
Un véritable scandale sur lequel on fait un grand silence… Car, le recours à la GPA impose à la femme de “porter”, faire vivre et grandir le fœtus, puis faire naître l’enfant, d’en porter toutes sa vie les conséquences, et cela en dehors de toute relation affective.
Et on ira lui dire que c’est… par “altruisme”(1). Pour masquer l’acte de celui qui “paye” (car d’une façon ou d’une autre, directement ou indirectement… on achète), on parlera de “dédommagement raisonnable” (sic/cf le compte-rendu de l’audition publique du 10 juin 2008 au Sénat sur la Procréation médicalement assistée) (2). L’ignoble n’a pas de prix !
Silence ! Mais pourquoi donc ce silence ? Parce que tous les moyens sont bons pour essayer de préserver cette institution sociale, pilier de la société bourgeoisie : la famille. Le mariage a initialement pour but de fournir un cadre social et légal au développement de la famille. Il institue entre les époux une communauté de patrimoine. C’est la pierre angulaire de la transmission du capital (grand ou petit), capital matériel et… capital humain.
La “mère porteuse” devrait suppléer aux défaillances ou aux incapacités de ceux qui rêvent de voir perpétuer leur “sang” plutôt que d’adopter un orphelin.
Certes de tels projets ne correspondent pas au modèle défendu par l’Église. Mais au final, peu importe : ils visent à conforter une institution pilier de la bourgeoise.

Hélène Bertrand

(1) On lira avec intérêt deux articles publié, en 2011, sur le site du MFPF

http://www.planning-familial.org/articles/bioethique-00387

(2) Cette question a été également abordée par l’Assemblée dans un rapport de 2010 http://www.assemblee-nationale.fr/13/pdf/rap-info/i2235-t1.pdf (Chap II).

La construction sociale du genre masculin se renforce !
Dans un excellent article, intitulé "La fabrique du masculin", le n°4 de Médiacritique(s) , de juillet-septembre 2012, montre que "la presse destinée aux hommes se construit en quasi-miroir par rapport aux thèmes privilégiés par la presse s’adressant aux femmes" : apologie et entretien du corps masculin, culte d’objets liés à la masculinité tels que voiture, montre, jeux video et… corps féminin ; reprise, enrobé d’une forme d’esthétisation souvent médiocre, de la domination masculine chère à Bourdieu !
Cette presse va encore plus loin, dans les rapports sociaux de sexe et de classe : ainsi, si l’homme moderne de ces magazines est appelé à "partager lescorvées" ce n’est pas tant pour répondre aux revendications des femmes à l’égalité dans le couple, mais parce que "d’une étude à l’autre, dit le magazine Men’s Health, il est prouvé qu’elles (les femmes) sont émoustillées par les hommes qui aident" : l’éternelle séduction comme moteur de l’évolution des rapports hommes/femmes !
L’adaptation au libéralisme ambiant crève les yeux : alors que la femme est appelée à concilier vie familiale et vie professionnelle par les magazines qui leur sont consacrés, ceux des hommes leur apprennent à "bien parler à leur patron", "à maîtriser l’art de la flatterie dosée et tombant à point" et à "ne pas penser que ce n’est pas un aspect important du boulot". Epanouissement physique et épanouissement professionnel, avec pour objectif la performance individualiste, norme sacro-sainte du néo-libéralisme !

Eliane Paul-Di Vincenzo