Mariage pour sous/toutes : la dernière croisade ? (1)

samedi 8 décembre 2012
par  QD, Administrateur

Le conseil des ministres vient d’adopter le projet d’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples homosexuels. La réaction de toutes les forces rétrogrades (conférence des évêques, Grand Rabbin, Président du culte musulman, UMP, Parti Démocrate Chrétienne de Christine Boutin et intégristes de tout poil…) ne s’est pas faite attendre. Mais pourquoi en parler dans un dossier sur la laïcité ?

Pour nous la laïcité n’est pas l’idéalisation d’une République désincarnée, mais plutôt un aspect d’une perspective d’émancipation, de changement de société. Elle pose donc la question de l’égalité des droits dans tous les domaines, indépendamment de l’origine, de l’orientation sexuelle… et c’est à ce titre que cette question nous intéresse.

Une question centrale,
l’égalité des droits
L’institution sociale du mariage - que l’Eglise a contrôlé pendant plusieurs siècles, pour en faire aussi une institution religieuse et même un sacrement - fait partie des éléments de maintien de la société capitaliste et des traditions réactionnaires. En lien étroit avec la famille : la famille fondée sur un couple d’hétérosexuels mariés est considérée par les forces les plus obscurantistes comme un pilier de la "civilisation". La valoriser, prétendre la défendre ou la renforcer… revient en fait à justifier des normes pas du tout "naturelles", mais plutôt discriminatoires car liées à des choix politiques et religieux réactionnaires.

Ce qui nous importe n’est pas donc pas qu’il soit ouvert à tous/toutes, mais plutôt la question de l’égalité des droits quel que soit le choix de vie : en union libre, en PACS ou en couple marié, homosexuel ou hétérosexuel… pour nous la perspective est celle de l’union libre amoureuse, qui n’est pas généralisable dans la société capitaliste, mais qui est praticable dès maintenant. Sachant que discriminations et homophobie persisteront toujours dans une société capitaliste. En ce sens la question n’est pas seulement "sociétale".

De ce point de vue, le projet gouvernemental est plus que critiquable : il ressemble beaucoup plus à un acte symbolique. L’égalité des droits reste encore loin, des questions importantes ne sont pas tranchées : les questions de filiation, d’adoption conjointe, d’accès à la procréation médicalement assistée pour les couples de lesbiennes ;

Pourtant, c’est déjà trop pour certain-e-s…

Une offensive tous azimuts
Sans surprise, comme pour le PACS : dignitaires religieux et leurs intégristes, UMP et extrême-droite qui veulent descendre dans la rue, maires de droite… donnent de la voix. Mais deux autres éléments sont notables.

Tout d’abord, l’intervention directe sur le champ politique de l’Église catholique, la première depuis bien longtemps. Considère-t-elle que le départ de Sarkozy la prive d’un outil d’intervention politique, et qu’elle doit jouer ce rôle elle-même ?

Encore plus inquiétant : le gouvernement ne répond pas à cette mobilisation, si ce n’est en manœuvrant en recul. Pourquoi chercher un terrain d’entente avec des forces qui ne lui reconnaissent aucune légitimité ?

Ainsi les réponses gouvernementales ne se placent pas sur le terrain de la lutte pour l’égalité, de la défense des différentes formes de vie commune. Au contraire, elles affirment comme Marisol Touraine respecter l’institution familiale traditionnelle, voire la conforter en y intégrant les homosexuels (citation ministérielle).

Pas d’égalité sans mobilisation
L’absence de combat idéologique de la direction du PS et de ses satellites, laisse le champ libre à l’offensive idéologique des forces les plus rétrogrades. Les thèmes classiques des religions et de l’extrême-droite s’étalent tous les jours : décadence morale liée à un mode de vie "anormal", supériorité "naturelle" et pour ainsi dire du mariage hétérosexuel et patriarcal, défense des "fondements de la société"… jusqu’à la rhétorique de l’animalisation / déshumanisation directement importée de l’extrême-droite.

Face à la mobilisation des représentants directs de l’ordre social capitaliste, ce n’est pas le consensus illusoire ou le recul idéologique qui sont de mise : l’ensemble du mouvement ouvrier (3), des militant-e-s LGBT, féministes, laïques.. ; doit organiser sa propre mobilisation, sur ses propres bases, avec comme mot d’ordre : partout et pour tous/toutes ; l’égalité des droits !

Quentin Dauphiné

(1) "dernière" au sens de "last, but not least"
(2) Pour une fois, on peut signaler la position et la campagne correctes de la direction de la CGT dans les entreprises.


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