Laïcité à l’école : la religion dans l’assiette ?

lundi 26 février 2007
par  Rédaction de la revue Émancipation

Voici la lettre que l’équipe d’une école ZEP de Nantes a adressée à l’adjoint à l’éducation et au maire concernant la question des repas pour musulmans à la cantine.

(article téléchargeable en PDF avec le reste de la revue à cet endroit)

Le 28 novembre 2006, s’est tenue une rencontre entre les directeurs et les adjoints à l’éducation de la Ville. A cette occasion a été soulevée la question des repas "sans viande" revendiqués par quelques familles musulmanes. Jusqu’ici, le service restauration avait une position ferme et conforme à la loi républicaine : "la République respecte tous les cultes mais n’en protège aucun". Elle sert donc des rations de protéines, dont de la viande, les enfants doivent y goûter, c’est ainsi !

Lors de cette réunion nous avons découvert un changement de position de la Ville qui serait prête à accepter que les enfants de famille musulmane ne mangent pas de viande, en soient privés au nom des convictions religieuses, pour ne pas les exclure...

Voici pourquoi, il nous semble extrêmement important de rester ferme sur cette règle :

1-L’école de France est laïque, elle doit le rester : prières, interdits religieux y compris alimentaires n’y entrent pas.

2-Accepter que les enfants dont les parents sont de confession musulmane ne mangent pas de viande quand les autres en mangeraient créeraient de fait une ségrégation. Autrement dit, sous couvert d’intégration et du "droit" de manger à la cantine, se constitueraient des tables avec ou sans viande... Le communautarisme, contraire à la loi républicaine, s’imposerait ;

3-Ce serait valider une interprétation rigoriste de l’islam et par conséquent permettre aux musulmans radicaux de mettre la pression sur les familles musulmanes laïques considérant que leur foi est du domaine du privé.

4-Ce serait créer un précédent en donnant raison aux "intégristes". Ils auront la légitimité pour réclamer de nouveaux "droits".

Alors jusqu’où accepterait-on d’aller par souci de tolérance et de respect des convictions religieuses : le refus de la mixité dans les salles de sport, à la piscine, à la couchette pour les petits... dans les autres lieux publics ?

Peut-être n’avez vous pas bien mesuré ce qui se passe dans les quartiers à ce sujet ?

En cette veille d’élection, et après, n’est-il pas important d’être très rigoureux et la règle qui s’applique actuellement à Nantes ne devrait-elle pas l’être dans les autres communes, dans le premier comme dans le second degré dans un souci de cohérence ?

La citoyenneté, la tolérance sont le contraire du renoncement, de l’acceptation de règles portées par des lobbies religieux.

Nous ne pourrons, nous enseignants de l’école publique, cautionner une règle qui nous mettrait en porte-à-faux vis à vis de notre conscience et de nos missions. Dans l’attente de votre réponse...

Transmis par Emmanuelle LEFEVRE

Membre de l’équipe enseignante

PETITION

Le Morbihan doit rester laïque et républicain !

Après le scandale que provoque à Paris l’attribution à Karol Wojtyla (dit Jean Paul II) d’une place sur l’Ile de la Cité, nous remettons en cause la décision de la municipalité de Ploërmel de donner le nom et d’ériger la statue d’une autorité religieuse, le pape catholique Jean-Paul II, dans l’espace public à Ploërmel, en violation de la Loi de 1905 de séparation des églises et de l’Etat, loi qui garantit la liberté de conscience de chaque citoyen, et garantit dans l’espace privé le droit de choisir ou pas une conviction religieuse.

C’est en violation de la loi de 1905 que la municipalité de Ploërmel donne le nom et érige la statue d’une autorité religieuse dans l’espace public. Depuis cette loi, la construction de croix et monuments religieux est interdite dans l’espace public, par l’article 28 de la loi de 1905. […]

C’est un viol total de la liberté de conscience que de prétendre imposer à tous les citoyens un nom et une statue qui ne concernent qu’une fraction catholique. Dans cet esprit nous exigeons que la loi s’applique à Ploërmel comme ailleurs :

-interdiction de toutes les subventions publiques pour cette statue et son socle, et leur inauguration

-interdiction de la construction d’une statue religieuse, comme de toute croix et insigne religieux dans l’espace public

Signer à : http://www.mesopinions.com/detail-petition.php?ID_PETITION=5e83f709e 6219d7d05fd2f776160570

Publication

Livre noir de la laïcité

La Libre Pensée, une organisation laïque, a entamé un inventaire des subventions des collectivités publiques aux organisations religieuses et aux écoles privées (en très grande majorité catholiques) ; subventions qui constituent autant de violations de la laïcité et de la Loi de Séparation des églises et de l’Etat . Ces inventaires laïques ont eu lieu dans les différents départements. Bien entendu, seule une partie des subventions a pu répertoriée (la face émergée de l’iceberg !), et déjà le total est considérable (y compris des associations intégristes sont financées)...

Des "États Généraux de défense de la laïcité" ont été organisés en décembre, avec la présence d’autres organisations (Grand Orient, Ligue de l’Enseignement, associations laïques…). Un Livre noir des atteintes à la laïcité , faisant le compte-rendu de cette initiative et répertoriant les atteintes à la laïcité dans les différents départements, sera publié vers la fin janvier.

On n’est pas obligés d’être toujours d’accord avec les dirigeants de la Fédération Nationale de la Libre Pensée (cf. nos divergences lors de la manif laïque du 10 décembre 2005), mais il faut saluer cette initiative et faire connaître cette publication qui peut être un outil utile.

Quentin DAUPHINE

Var

FSU ET LAÏCITÉ (SUITE)

Actes manqués

Nous avions relaté dans ces colonnes, l’insuffisance (pour ne pas dire plus), très significative, des textes préparatoires au congrès de la FSU concernant la laïcité (1). En dehors d’un petit paragraphe la réduisant à la

question de la privatisation de certains aspects du système éducatif, la FSU semblait n’avoir rien à dire sur la question… Ce qui est cohérent, il faut dire, avec la passivité de la direction fédérale et des directions des principaux syndicats nationaux lorsqu’il s’est agi de mobiliser sur ces questions (centenaire de la Loi de Séparation, article 89 de la loi de décentralisation…).

Qu’à cela ne tienne, dans un certain nombre de congrès départementaux préparatoires au congrès national, des modifications significatives des textes de départ ont été votée, modifications qui réintroduisent au moins un certain nombre de principes de base (refus du dualisme scolaire, des subventions publiques aux écoles privées…). Les militant-e-s qui animaient les débats départementaux ont voulu transmettre ces amendements à la FSU nationale. Un fichier informatique contenant les textes préparatoires avait été expédié, pour qu’ils intègrent les amendements votés et les fassent parvenir.

Sauf que ce ne fut pas possible : le fichier transmis contenait bien tous les textes en débat… Sauf le passage pourtant déjà bien insuffisant sur la laïcité ! Comment amender un texte qui n’existe pas ?! Il y a des actes manqués qui ne manquent pas de saveur !

Quentin DAUPHINE

(1) Voir l’article de J.M. Sahut dans le numéro précédent de notre revue.