Abroger enfin la loi Debré

jeudi 17 janvier 2013
par  QD, Administrateur

Alors qu’était officialisé un projet de loi d’orientation sur l’école s’inscrivant dans la continuité des orientations de la droite… la Libre Pensée organisait le 7 décembre à Paris un meeting pour l’abrogation de la loi Debré. Émancipation y participait ; voici le texte de l’intervention de son représentant.

Cher-e-s ami-e-s, cher-e-s camarades !

Tout d’abord, merci à la Fédération Nationale de la Libre Pensée d’avoir proposé à Émancipation tendance intersyndicale de prendre la parole au cours de ce meeting. Nous regroupons des travailleurEs du monde de l’éducation, investiEs dans différentes organisations syndicales. Nous nous inscrivons dans la filiation du syndicalisme révolutionnaire de la Charte d’Amiens porté par les premiers instituteurs syndicalistes.

Une loi qui saborde l’Enseignement public

Décembre 1959 : la laïcité subit un coup très dur avec le vote de la loi Debré, immédiatement combattue par les militants laïques et leurs organisations.
Aujourd’hui, la situation est encore plus dégradée par l’accumulation de dispositifs anti-laïques. Un sursaut est nécessaire, et dans cette perspective la question de l’abrogation de la loi Debré et de toutes les lois anti-laïques est incontournable.
Je dis bien un "sursaut", car nous devons aussi faire face au dépérissement de l’engagement laïque de courants aussi bien politiques, que syndicaux ou associatifs, qui avaient en juin 1960 prêté le Serment de Vincennes exigeant l’abrogation de la loi Debré !
Pourtant cette exigence reste d’actualité.
Car la défense laïque implique des revendications concrètes. D’autant plus que certains cherchent à l’instrumentaliser, voulant profiter de l’attachement de la population à la laïcité. Les uns veulent en faire une arme dirigée contre l’Islam pour occulter leur xénophobie. D’autres veulent en faire une "morale" de maintien de l’ordre social, voire une "religion pour la république" comme l’écrit V. Peillon.
Or la laïcité est d’abord un principe politique de séparation entre les institutions publiques et les autorités religieuses. Elle doit être liée à une perspective d’émancipation globale : opposée à tout dogmatisme et à tout obscurantisme, elle est liée à la lutte pour une éducation émancipatrice, aux luttes pour libérer les individus des traditions patriarcales, aux luttes féministes. Elle est liée aussi à la lutte de classes, à la perspective de l’émancipation des travailleurs qui passe par l’expropriation du capitalisme.
Dès lors, il y a au moins trois raisons majeures pour continuer à agir pour l’abrogation de la loi Debré :
- elle alimente financièrement un réseau scolaire concurrent à celui de l’école publique qui institutionnalise la division de la jeunesse sur des critères sociaux.
- elle sert de levier pour opérer une recléricalisation des institutions et porter de nouveaux coups à la loi de 1905 : après avoir reconnu des établissements privés liés à l’Église catholique, il s’agit maintenant pour les cléricaux de faire reconnaître l’Église catholique comme interlocuteur à part entière des pouvoirs publics en matière d’éducation, en parfaite violation de la loi de 1905.
- enfin, elle a pour fonction de démanteler "de l’intérieur" l’école publique : elle constitue un laboratoire pour toutes les déréglementations qui la touchent. Les établissements publics soumis à la concurrence sont sommés d’adopter le fonctionnement des établissements privés. Ainsi le "caractère propre" des établissements privés se décline maintenant sous des noms divers dans le public : autonomie des établissements, loi LRU dans l’enseignement supérieur… autrement dit à tous les étages la déréglementation, la soumission aux pouvoirs locaux et au patronat.

Lutter jusqu’à son abrogation

C’est pourquoi l’abrogation de la loi Debré est une revendication essentielle des laïques. Pour Émancipation, elle constitue une étape majeure dans la lutte pour une éducation intégralement publique et laïque, pour la fin du dualisme scolaire par la nationalisation sans indemnité ni rachat des établissements privés.
Quelques mots pour terminer. Comme je l’ai dit, la défense laïque suppose des revendications concrètes sur lesquelles les laïques peuvent se rassembler.
Dans le contexte actuel, elle a des implications concrètes. Par exemple, le ministère de l’Éducation nationale annonce vouloir créer des postes pour compenser les destructions massives de ces dernières années, et une "loi d’orientation" pour l’école. Pour nous, les postes créés doivent être réservés à la seule école publique : toute autre solution s’inscrirait dans la défense du dualisme scolaire dont la loi Debré est le pilier.
Mais il est tout aussi clair que le projet de loi ministériel s’inscrit dans la continuité des politiques éducatives de ces dernières années. Il ne remet en cause aucune grande contre-réforme, à commencer par celles qui découlent de la loi Debré. Ce projet n’est ni amendable ni négociable, il est donc de la responsabilité du syndicalisme de mobiliser dès maintenant les personnels pour obtenir son retrait. Et aussi pour faire aboutir les revendications de défense de l’école publique.

Quentin Dauphiné