Un mois dans le monde

mercredi 23 janvier 2013
par  QD, Administrateur

Égypte

Les manifestations se multiplient aux cris de « Morsi dégage ! ». Les manifestantEs qui ont renversé Moubarak constatent que les Frères Musulmans sont en train d’essayer d’obtenir les pleins pouvoirs avec le soutien de l’armée pour imposer leurs conceptions théocratiques et supprimer toute forme de démocratie. Le référendum sur la constitution montre certes qu’ils disposent d’une base populaire importante. Mais les abstentions ont été très nombreuses. Les irrégularités ou l’utilisation de l’appareil d’État ont été flagrantes. Il est symptomatique de voir que cette constitution a été rejetée au Caire et dans la grande ville ouvrière de El-Mahallah El-Koubra où des grandes grèves avaient éclaté à l’époque de Moubarak.

Tunisie

La ville de Siliana, soutenue et encadrée par le syndicat UGTT, s’est soulevée. C’est le comportement du gouverneur (incompétence, népotisme, mépris, répression), membre du parti Ennahdha, qui a focalisé la colère de la population. La police a tiré sur les manifestantEs. Il y a eu 300 blesséEs dont des journalistes sciemment visés parce qu’ils filmaient. Le gouvernement tunisien semble concentrer ses attaques pour mettre au pas l’UGTT. Il a la mémoire courte : le régime de Ben Ali s’y était cassé les dents et, symboliquement, le départ de Ben Ali avait été la conséquence d’une grève générale décidée contre l’avis de l’ancienne direction.
L’UGTT a reçu le soutien de la plupart des centrales syndicales mondiales. Des grèves ont éclaté à Sfax, Sidi Bouzid, Kasserine et Gafsa. En visite à Sidi Bouzid, le président Marzouki a été sérieusement chahuté et lui-même s’est étonné que rien n’ait changé depuis la chute de la dictature. Cette ville, berceau de la révolution, est toujours privée de tout et laissée à l’abandon.

Palestine/Israël

Le vote à l’ONU a été massif : 138 pour, 9 contre et 41 abstentions. Parmi les contre : Israël, les États-Unis et le Canada. La Palestine obtient donc un strapontin à l’ONU semblable à celui du Vatican. Ce vote traduit deux choses : l’impopularité de l’État d’Israël dont le comportement voyou irrite. Et surtout le fait accompli (l’instauration de l’apartheid) est considéré comme inadmissible.
Mais sur le terrain, rien ne change. Nétanyahou a immédiatement riposté en annonçant de nouvelles constructions à Jérusalem-Est et même la construction d’une nouvelle colonie. Il a gelé la TVA qui doit être reversée à l’Autorité Palestinienne et il a envoyé son armée saccager des bureaux d’associations de défense des prisonniers à Ramallah.
L’ONU a émis verbalement des regrets dont Nétanyahou se moque. Tant qu’il n’y aura pas de sanctions, tant que les dirigeants israéliens resteront impunis, rien ne changera. Pour les dirigeants israéliens, l’important est que le Parlement Européen ait rehaussé les relations avec Israël et qu’Obama ait confirmé qu’il s’opposera (par le veto) à l’admission de la Palestine comme État membre.
Les prochaines élections israéliennes verront probablement le triomphe de l’extrême droite. Les ennuis judiciaires de Lieberman n’empêcheront pas ce phénomène. Il n’y a aucune alternative dans le cadre du sionisme. Après l’éclatement du parti travailliste dont les anciens dirigeants (Pérès, Barak) sont partis, on assiste à celui du parti Kadima (fondé par Sharon). Tzipi Livni l’a quitté. Drôle de pays où des criminels de guerre (Tzipi Livni et Shaul Mofaz) s’affrontent pour le contrôle du principal parti d’opposition.
Le vote de l’ONU a une conséquence négative : la remise en selle de ce qui s’est passé, il y a près de 20 ans à Oslo, avec une perspective de négociation sans objet ne posant pas les vraies questions (nettoyage ethnique, colonisation, apartheid). Il existe une autre voie. Le Forum Social Mondial sur la Palestine qui s’est réuni à Porto Alegre (Brésil) a avancé les revendications suivantes : égalité des droits, fin de l’occupation et de la colonisation, droit au retour des réfugiés. Sa déclaration finale rend hommage à l’antisionisme juif et aux anticolonialistes israéliens. Le BDS (boycott, désinvestissement, sanctions) a été au centre des débats.

Syrie

Le bombardement par l’armée syrienne du camp de Yarmouk dans la banlieue de Damas (où vivent 150000 Palestiniens) a prouvé que les réfugiés palestiniens de Syrie participent à l’insurrection malgré les milices (Saïka, FPLP-commandement général) fabriquées et armées par la dictature pour contrôler les camps. La dernière carte du régime d’Assad, c’est de transformer la révolution en guerre communautaire. Il y arrive partiellement. Un village alouite a été massacré, probablement par des groupes insurgés. Et deux villages chrétiens sont menacés du même sort. La prolongation de la guerre fait que le CNS (Conseil National Syrien, reconnu par les Occidentaux) contrôle de moins en moins les groupes armés dont certains sont revenus d’Irak pour participer à la guerre civile syrienne.

Mali

L’impérialisme français est à la manœuvre afin d’obtenir une intervention armée dans le nord du Mali pour expulser les groupes islamistes qui s’y sont implantés. Il s’agit bien sûr de « protéger » les intérêts français (comprendre ceux d’Areva) en assurant la « sécurité » des grandes mines d’uranium. L’ONU a donné son feu vert à une intervention « africaine » armée par la France avec un bémol : plusieurs groupes armés touaregs qui se battent depuis des années contre les régimes du Mali ou du Niger, pour obtenir une certaine autonomie et l’arrêt du pillage de leur territoire, se sentent trahis par les Islamistes qui ont établi une dictature obscurantiste à Gao et Tombouctou. L’ONU exige une négociation préalable avec ces groupes. Le précédent gouvernement malien s’y était toujours opposé. Sans l’appui de la population touareg, l’expulsion de la région de ceux que l’Occident appelle « AQMI » semble impossible.

Afrique du Sud

Pour mettre fin au régime de l’apartheid, Mandela avait dit que tout était négociable sauf trois points : « l’apartheid est un crime », « l’Afrique du sud est une et indivisible » et « une personne = une voix ». 20 ans plus tard, on constate les conséquences d’une révolution inachevée qui a maintenu le capitalisme. Le revenu moyen des Blancs est 6 fois supérieur à celui des Noirs (autrefois, c’était 40 fois). La moitié de la population noire vit sous le seuil de pauvreté. La police et l’armée, au service de la nouvelle bourgeoisie noire, ont tiré sans hésiter sur les mineurs de Marikana pour sauvegarder les intérêts d’une multinationale. Le nouveau n°2 du pays désigné par l’ANC est Cyril Ramaphosa. Cet ancien syndicaliste a dirigé une grande grève à l’époque de l’apartheid. Il est devenu un grand patron affairiste dont la fortune s’élève à plusieurs centaines de millions de dollars. Il est, entre autres, administrateur de Lonmin, la multinationale qui a commandité le massacre de Marikana.

Japon

Dans tous les grands pays capitalistes, faute d’alternative, à chaque élection, on sort les sortants et la même politique se poursuit. C’est ce qui vient de se passer au Japon avec quelques nuances. Le nouveau Premier ministre Shinzo Abe est un ultra-nationaliste qui a déjà été au pouvoir. Sa riche famille a joué un rôle important à l’époque du Japon impérial et fasciste. Il fait régulièrement des « offrandes » au sanctuaire de Yasukuni où sont enterrés les principaux criminels de guerre. Sa première déclaration a été de déclarer que les îles que le Japon appelle Senkaku et que la Chine revendique « sont et resteront japonaises ». Sa deuxième déclaration a été de dire que les 48 centrales nucléaires arrêtées après la catastrophe de Fukushima allaient redémarrer.

Pierre Stambul


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