Faire des "efforts" ? !

vendredi 8 mars 2013

Billet d’humeur d’un instituteur de base mais néanmoins syndicaliste.

Le ministre de l’Éducation nationale demande aux enseignant-e-s de faire des efforts…

Parlons de l’école primaire…

- depuis 10 ans, 80000 postes d’enseignant-e-s ont été supprimés. On a fait l’effort de l’accepter, c’est la crise !

- on a accepté la suppression des enseignant-e-s des RASED. On a dit qu’on allait s’occuper de l’échec scolaire dans nos classes.

- on a accepté l’aide personnalisée : des heures supplémentaires pour les "pas bons". Personne pour nous former à la difficulté scolaire. On a accepté les sanctions pour les récalcitrant-e-s. Mais on l’a fait.

- on a mis en place des évaluations nationales en CE1 et CM2, pour classer les écoles, les enfants et les enseignant-e-s. Ça a créé du stress, du bachotage, mis des élèves en échec… On l’a fait, pour remplir les cases des études internationales.

- on a rempli le fichier Base Élèves, car on nous a dit que les enfants non inscrits ne seraient pas admis dans le collège de leur secteur.

- on a accepté la semaine de quatre jours, qu’on nous a fait passer pour du mieux. On l’a fait, sans avoir le choix.

- on a accepté la fin du travail en équipe, qui faisait la base de notre métier. On n’a plus le temps, on ne se voit plus entre collègues. Mais on l’a fait.

- on a appliqué les programmes de 2008, beaucoup trop denses et totalement réducteurs au lire-écrire-compter. Tout ce qui nous paraît important (ouverture culturelle, activités sportives, temps de réflexion,…) est quasi inexistant dorénavant. On l’a fait.

- on a accepté les insultes de nos ministres (faiseurs/euses de siestes, changeurs/euses de couches, fainéant-e-s, privilégié-e-s, corporatistes) sans broncher.

- on a accepté la diminution dramatique des médecins scolaires, des infirmier-e-s scolaires… Ça coûte très cher…

- on a accepté d’être considéré-e-s comme étant une charge pour l’État. On n’est pas les seul-e-s à souffrir…

- on a accepté l’augmentation régulière des effectifs dans les classes (jusqu’à 35 enfants dans certaines écoles), pour accueillir tout le monde.

- on a accepté la fin programmée des ZEP. On nous a dit que ça ne fonctionnait pas et que ça ne réduisait pas l’échec scolaire… On a accepté ces mensonges, car on ne nous a pas dit que les moyens qui devaient être alloués à ces écoles n’ont jamais été donnés.

- on a accepté d’intégrer des enfants handicapés, sans formation et avec trop peu d’aides. Il n’est pas bon de laisser ces pauvres enfants hors de l’école…

- on a accepté d’intégrer des enfants non francophones, sans aide de personne, sans formation, sans apports sur la culture de ces enfants. On a même accepté la fermeture des classes spécialisées pour ces enfants. On l’a fait.

- on a accepté que des enfants Rroms soient interdits d’écoles ou que leurs classes soient transférées dans des locaux extérieurs (gymnase, commissariat de police). On l’a fait.

- on a accepté que notre salaire soit gelé depuis trois ans et que celui-ci baisse depuis plusieurs années. Il ne faut pas trop en demander.

- on a accepté les brimades de plus en plus fréquentes de nos chefs. Il faut instaurer une culture de l’entreprise et du chef dans nos écoles.

- on a accepté qu’on nous invente un imaginaire devoir de réserve, pour mieux nous faire taire. Il ne faut pas critiquer la Grande Maison.

- on a accepté que nos droits soient restreints avec la mise en place du service minimum, les déclarations préalables de grève, la journée de carence… Il faut bien s’aligner sur le moins disant du privé…

- on a accepté le fait qu’il n’y avait pas besoin de se former pour être enseignant-e, avec la suppression des IUFM et la fin de la formation continue. Ben oui, pas besoin d’être Bac +5 pour changer des couches...

- on a accepté de sacrifier des jeunes collègues stagiaires en les balançant seul-e-s dans des classes, sans formation et très peu de suivi. Il faut bien apprendre le métier sur le terrain !

- on a accepté le manque cruel de remplaçant-e-s. On n’a qu’à pas être malades, après tout.

- on a accepté que notre âge de départ à la retraite passe de 55 à 60 ans et que nos annuités passent de 37,5 à 40. On l’a fait parce qu’il fallait s’aligner sur le privé, que c’était un privilège injuste.

- on a accepté de n’être jamais consulté-e-s, ni entendu-e-s sur aucun sujet qui touche notre métier. On doit rester dans nos classes, à notre place !

- on a accepté le discours qui nous demande de faire mieux avec moins. Faut s’adapter à la crise.

- on a même accepté de nous faire gazer devant le ministère à la fin d’une manifestation. On l’a bien cherché, aussi, à faire du raffut dans les beaux quartiers !

On a accepté tout ça, parce que, malgré tout, il reste les enfants et que c’est notre métier de nous occuper d’eux. Et, vu que l’État ne veut plus prendre en charge que les quelques enfants favorisés, qui s’occupe de la majorité restante ? On a accepté tout ça, parce que l’on sait que les principales victimes, ce sont les enfants.

Et notre ministre nous demande de faire un peu d’efforts, parce qu’il est le ministre des enfants ! Il est sérieux ????????

Éric Charles

SUD Éducation Créteil