Contre l’histoire morte officielle, l’histoire vivante de l’émancipation !

mercredi 6 février 2013
par  Catherine

C’est une banalité de le rappeler : il y a des enjeux spécifiques à l’enseignement et à la diffusion de la culture historique. Et ce dès la Troisième République, les républicains bourgeois donnant à cette matière un rôle important dans le dispositif scolaire visant à combattre aussi bien les forces réactionnaires nostalgiques de l’Ancien Régime, que celles du mouvement ouvrier. Il s’agissait d’opposer une histoire rationnelle porteuse des valeurs républicaines, face à une "histoire sainte" porteuse des valeurs contre-révolutionnaires.

Quand nous parlons d’histoire, il s’agit bien entendu de l’histoire au sens large : non seulement la production intellectuelle, mais aussi la discipline scolaire et plus largement une culture diffusée dans la société. Elle est, comme le reste du champ intellectuel, traversée – à sa manière - par les enjeux qui structurent la société capitaliste. Ainsi les classes dominantes n’ont jamais renoncé à imposer leur imaginaire social et politique (les idées dominantes comme idées de la classe dominante), face à une histoire liée au mouvement ouvrier et à l’ensemble des groupes dominés, qu’il s’agit de combattre, de marginaliser ou de stériliser. Car cette histoire est tout aussi riche de contestations et d’espoirs émancipateurs, que l’histoire dominante est emplie de l’objectif de justification de l’ordre social existant.

L’offensive du capitalisme dans ce domaine particulier a connu une étape supplémentaire : la déstructuration de l’histoire enseignée – qui doit appeler en réponse une reconstruction d’ensemble du primaire à l’université – a pris une nouvelle dimension avec le "socle commun" qui commande à la réorganisation de l’ensemble de la culture scolaire. Elle impose non seulement des programmes et des contenus, mais aussi une normalisation des pratiques pédagogiques.

Ce dossier aborde une partie des ces enjeux, mais sans se limiter à l’histoire comme discipline scolaire. Ainsi plusieurs camarades – pas forcément historien-ne-s – abordent quelques enjeux autour de la grande manifestation historique en France : les "Rendez-vous de l’Histoire" qui se tiennent chaque année à Blois.

Cependant l’histoire comme objet d’enseignement, de par le rôle du système éducatif, constitue aussi un enjeu décisif. Le combat pour un enseignement de l’histoire dans une perspective émancipatrice impose une réponse à trois niveaux : la production intellectuelle, la refonte complète des contenus d’enseignement, des pratiques pédagogiques renouvelées… pour faire de la connaissance historique non pas un savoir mort et normalisateur, mais une dimension de l’émancipation individuelle et collective. Et tout cela dans une approche englobant l’ensemble des niveaux de la scolarité obligatoire, comme nous le faisons ici : de l’école primaire à la Terminale.

En tout état de cause un tel combat peut commencer ici et maintenant : depuis l’enseignant-e dans sa classe… jusqu’à la lutte syndicale contre l’histoire mutilée du "socle commun", et sa persistance incarnée concrètement par le projet de loi sur l’école.

Après ce tour d’horizon général, notre revue abordera dans le prochain numéro de manière plus précise certaines questions historiques, envisagées sous l’angle d’objets d’enseignement et/ou d’enjeux de la lutte idéologique.