Brèves féministes (février 2013)

vendredi 22 février 2013
par  Catherine

Les mains dans le cambouis

Pour Brel, Brassens, Ferré, on m’avait prévenu avant même que je les entende : des grands, mais de sacrés machos tout autant qu’ils sont… bien sûr, "misogynie à part". Bon, mais on se dit, quelque part, ils appartiennent au passé. Seulement, il y en a des plus récents. J’avais déjà totalement déconsidéré Thiéfaine et déclassé l’homme comme ses chansons depuis que, le 25 octobre 2005 sur France Inter, il s’était solidarisé à Cantat, meurtrier de Marie Trintignant, en bavant sur toutes ces "conneries" – la dénonciation des violences faites aux femmes (1). Et là, juste le jour de la fin du monde, voilà que j’apprends à la radio, d’une voix chaude, que "rien n’est plus beau que les mains d’une femme dans la farine"… Je ne rêve pas. C’était bien Nougaro qui chantait "mieux encore que dans la chambre j’t’aime dans la cuisine". Tout y est : du phantasme des "mains blanches" - "rien n’est plus pur", mais aussi "rien n’est plus doux" - à l’objet : "quand tu fais la tarte aux pommes, poupée, tu es divine". D’ailleurs c’est l’unique salut qu’il nous reste : "rien n’est meilleur que les mains d’une femme dans la farine, si ce n’est mes propres mains posées sur ta poitrine". Ah si, pour la salvation, il y a tout de même la mère ou la petite fille : "c’est comme si tu étais ma mère en même temps qu’ma gamine". S’y connaissait-il en cuisine, en tout cas, c’est gratiné. Avec tous ceux-là, les mentalités ne sont pas près d’évoluer… Anne Sylvestre, au secours !

Claire Demel

Sur le sujet, voir sur le site Encore féministes ! l’article "Plaindre Bertrand Cantat ! Et Marie Trintignant ?" : http://encorefeministes.free.fr/pouf.php3.

La femme, être de "pulsions"

Saint-Raphaël dans le Var : une ville encore plus réactionnaire que la moyenne du département. Sa municipalité UMP, dont la chute serait sans doute une bonne nouvelle. Mais aussi son "opposition de gauche" (PS et apparenté-e-s), qui publie dans le bulletin municipal Le Lien de janvier-février 2013 une tribune : "la belle endormie". Et qui pour combattre la réaction… va sur ses thématiques. Tout y passe : il faut que ces paresseux/ses de commerçant-e-s (et leurs employé-e-s) ouvrent entre 12h et 14h et tard le soir ("concurrencer les communes voisines où le shopping est possible à toute heure de la journée et parfois tard le soir"…), et bien sûr le dimanche. Il faut aussi développer en priorité un secteur économique précis, le tourisme de luxe (et ses emplois précaires) : "Rien n’est prévu en matière d’hôtellerie de luxe pour recevoir dignement les nouveaux arrivants sur les yachts". Mais revenons aux commerçant-e-s : ils/elles contrarient, ce qui est très grave, les "pulsions d’achats de beaucoup de femmes". C’est connu : la femme ne réfléchit pas, mais a des "pulsions". Elle adore gaspiller l’argent, c’est connu aussi. On remarquera qu’un tel terme n’est nullement appliqué aux "nouveau arrivants sur les yachts", signe évident d’un mépris à la fois sexiste et de classe. Comme quoi, quand on colporte les préjugés réactionnaires, c’est souvent dans tous les domaines, y compris la vision de la femme réduite à une consommatrice compulsive et écervelée. Vous avez dit "opposition de gauche" ?

Quentin Dauphiné