Décret Peillon et "territorialisation"

mercredi 6 mars 2013
par  Catherine

La mobilisation historique des professeurs d’école, le 12 février 2013, exprime le rejet massif du décret Peillon sur les rythmes. Les billets d’humeurs ci-dessous expriment cette indignation ; et au-delà, le rejet de l’ensemble des contre-réformes qui mettent en pièces les garanties statutaires des personnels. Une véritable refondation ne peut passer que par une réflexion de l’ensemble des composantes du système éducatif (enseignant-e-s, non-enseignant-e-s et parent-e-s), l’abrogation des réformes du précédent gouvernement, l’amélioration des conditions de vie et de travail de tous les personnels (création de postes, réduction du temps de travail, augmentation des salaires...).

Décret Peillon et "territorialisation"

En ce qui concerne la territorialisation des enseignants du primaire, je pense que c’est un danger évident de cette réforme des rythmes, rien qu’à voir les nouveaux horaires/emplois du temps proposés par les communes et le ministère.

Un scénario se profile

1er acte : nos 27 heures de service obligatoire cadrent parfaitement avec le temps de présence exigé pour les enfants par le ministère. Qui va venir travailler 1/2h par jour dans nos écoles ? Les maîtres/sses sont déjà là. C’est la mairie de Grenoble qui a découvert le secret en premier…

2e acte : le Projet éducatif territorial (PET) soumet les maîtres/sses au diktat de la commune ou de l’Établissement public de coopération intercommunale (EPCI). Bien sûr, initialement ce n’est que pour une heure de service : mais il ne faut pas s’y tromper. Les personnels peuvent déjà juger de la pression à laquelle ils/elles sont soumis depuis fort longtemps, au travers des directeurs/trices nouvelle génération, l’inspection, les conseillers pédagogiques, etc...

Ce qui préfigure déjà la mainmise des territoires ou des organismes extérieurs à l’Éducation Nationale... c’est l’existence des projets (d’école ou autre) qu’aucune maître/esse n’a le droit d’éviter. Non seulement ils constituent un aspect incontournable de l’activité du maître/sse, mais ils alourdissent (en temps et en paperasserie) et transforme ses tâches. Ils induisent un financement et la recherche de ce financement auprès d’organismes divers associatifs ou territoriaux. Les maîtres/sses utilisent déjà, par ce biais, des services d’organismes extérieurs au Ministère de l’Education Nationale depuis longtemps. Et laissent une partie de leurs prérogatives d’enseignant-e-s à des non-enseignant-e-s qui n’appartiennent pas à l’Éducation Nationale mais à d’autres organismes.

La logique du "projet" – prescription imposée par la hiérarchie et non pas émanant de la liberté pédagogique individuelle et collective des personnels - est donc un des moyens utilisés pour piloter la transformation capitaliste de l’école publique. Cela pose également le problème de la nature et du contenu de nos conseils des maîtres/sses (1), dernières instances démocratiques en voie de disparition, qui se sont transformés au fil de ces dernières années, pour être réduits aujourd’hui à traiter essentiellement du listing des différents projets présentés aux parents lors des conseils d’école (2) et de la comptabilité inhérente à ces projets (sommes reçues par divers organismes, moyens de récolter des fonds etc.) : le pédagogique est étouffé par les prescriptions institutionnelles.

Acte final ?

3e acte : une heure de service sera donc soumise au PET. Mais beaucoup d’enseignants-e- - et plus spécialement les jeunes enseignant-e-s - ne sont pas mis-e-s au fait, et beaucoup ne saisissent pas tous les enjeux. Le risque c’est qu’ils/elles acceptent sous la pression toujours très tactiquement cordiale, ou cordialement tactique, de nos "instances supérieures" d’accepter de faire ces deux "petites" demi-heures en plus en fin de journée (bien sûr payées par la commune ou l’EPCI). Et l’affaire est bouclée. Et cela risque de ne pas s’arrêter là. Cela risque, en fin de compte, d’être trois heures (en tout, avec en plus les heures péri-déducatives) qui vont être soumises au PET. Mais comme dans nos nombreuses réunions informelles quasi journalières et nos conseils de maîtres/sses, on risque de ne parler que de projet, l’emprise de la commune risque d’être de plus en plus forte et risque de ne pas s’arrêter en si bon chemin...

Mais ce n’est qu’un mauvais rêve ???

Alors non seulement il faut l’abrogation du décret Peillon, mais aussi mettre fin à cette dénaturation de l’enseignement : en stoppant la caporalisation des écoles par des "projets" émanant de la hiérarchie.

(1) Conseil des maîtres/sses : l’ensemble des maîtres/sses d’une école qui se réunissent une fois par trimestre avec le directeur/trice.

(2) Conseil d’école : se réunit trois fois par an. Composé de la directrice/eur, des maîtres/sses de l’école, des représentant-e-s des parents (autant que de classes), le maire (ou représentant) et conseiller municipal chargé de l’école, le délégué départemental de l’éducation nationale. D’autres personnes peuvent y assister sans voix délibérative.

Marie Contaux