Brèves féministes (mars 2013)

mercredi 27 mars 2013
par  Rosine

Tu ne choisiras point tes habits

Depuis le 31 janvier dernier, à Paris, les femmes n’encourent plus l’emprisonnement pour port du pantalon décrété par une ordonnance de 1800. D’un autre temps, le droit au pantalon, passé dans les us ? Que nenni. Il a fallu attendre 1980 pour que les députées soient autorisées à entrer à l’Assemblée en pantalon, et l’article L. 120-2 du code du travail permet toujours à l’employeur d’imposer la jupe s’il le justifie. Quand patronat rime avec patriarcat…

L’origine du monde…

En donnant la parole aux femmes, Les monologues du vagin avaient fait découvrir au grand public le rapport des femmes à leur sexe. On pouvait y constater que, dans nos sociétés phallocratiques où les femmes sont niées, le sexe des femmes, grand inconnu, est parfois y compris pour elles-mêmes plus qu’un tabou : une "chose" honteuse. Quarante ans après la naissance de l’éducation sexuelle à l’école, qui, quand elle est effectivement mise en place, reste trop souvent cantonnée à l’aspect biologique, combien sont-elles, à chaque génération, à avoir déjà regardé leur vulve à l’aide d’un miroir au sol ? C’est pour cela que des manifestations en direction des jeunes (et moins jeunes) sont indispensables, comme celle organisée à Castelnaudary (Aude) en décembre dernier par le Foyer des jeunes travailleurs et le Planning familial autour du "Sourire vertical", vulve de 16 m2 réalisée par un collectif de la haute vallée et montée au cœur du Foyer. Point de départ pour parler de sexualité, en particulier celle des femmes, autour d’ateliers d’écritures, courts métrages, photo-langage… Des initiatives à multiplier pour seconder une éducation sexuelle quarantenaire mais squelettique, à renforcer et qui, dans l’attente, laisse le champ libre à un seul regard sur la vulve : le discours pornographique. Une urgence déjà décryptée il y a quarante ans par Annie Leclerc dans son livre Parole de femme  : "ils ont inventé toute la sexualité dans le silence de la nôtre. Si nous inventons la nôtre, c’est toute la leur qu’il faudra repenser".

…est poilue

L’épilation intégrale gagne du terrain et c’est atterrant. Je vous passe les considérations purement médicales qui pointent le rôle de protection des muqueuses des poils, notamment contre les mycoses, et les problèmes de peau causés par les arrachements des glandes pilo-sébacées à la cire. Passons aussi –quoique- sur la douleur, d’aucunes diront qu’on s’habitue et d’ailleurs, ne nous a-t-on pas rabâché qu’il fallait souffrir pour être belle ?? Mais quelle beauté ? Celle, nauséabonde, des images publicitaires qui, au nom du jeunisme, ressuscitent l’enfant sous la femme ; celle, capitaliste, des exigences du porno moderne de vue brutale, totale. La toile de Courbet fait figure d’extra-terrestre : beaucoup de moins de 25 ans n’ont jamais vu de poils sur des corps de femmes. Quelques people (des noms ? Laetitia Casta, Julia Roberts, Britney Spears… si, si) grognent bien ici ou là pour laisser les aisselles zone franche ; il reste qu’en 2013, si les parisiennes ont enfin le droit de porter des pantalons, le droit d’arborer des poils est à reconquérir.

Claire Demel