Femmes en luttes / Luttes féministes

jeudi 11 avril 2013
par  Catherine

Ci-dessous l’éditorial de la "tribune féministe" annuelle de la revue L’Émancipation. N’hésitez pas à vous procurer le numéro d’avril de notre revue si ce dossier vous intéresse !

La domination patriarcale s’articule à merveille avec la “mondialisation” et l’exploitation capitaliste, dont les femmes sont les premières victimes.

En Amérique latine, au Mexique, dans la ceinture maquiladora, des femmes sont assassinées, horriblement torturées et violées : leurs "cadavres sont trouvés dans le désert ou les décharges à Ciudad Juarez" (1). Des groupes de femmes s’organisent, pour dénoncer ces violences pour exiger la création de services sociaux, l’ouverture de crèches, d’écoles publiques, comme au Brésil avec le Mouvement Femmes en lutte qui se lie au mouvement syndical (Expérience de la lutte des femmes travailleuses au Brésil, Camila Lisboa).

En Grèce, les femmes sont les premières victimes de la situation économique et sociale dramatique que connaît le pays : les accouchements dans la rue sont un exemple de ces multiples violences que subissent les femmes (Femmes face à l’austérité, Constance Boughön).

En Ukraine, des milliers de jeunes femmes sont "exportées" en Allemagne où des proxénètes les enferment dans des "bordels" (2). Cette forme d’esclavage moderne n’est pas la seule à exploiter le corps des femmes : avec l’utilisation des progrès de la médecine, la Gestation Pour Autrui (GPA) s’y apparente également (La gestation pour autrui, une entreprise généreuse ? Laure Jinquot). Au-delà, c’est déposséder les femmes de leur corps, et remettre en cause leur droit en à disposer. Cette lutte féministe est toujours d’actualité (p.36, La pilule, sinon rien ? Notre corps nous appartient !, Emilie Devriendt, suivi de Hier le devoir conjugal, aujourd’hui le devoir sexuel ?!, Claire Demel).

En France, démolir des “légendes” qui occultent l’importance du travail professionnel des femmes, et dévalorisent par là même leur statut dans la société est aussi une nécessité. "Compter et conter le travail des femmes", rend compte du travail de Monique Meron et Margaret Maruani, de même que les extraits de leur ouvrage (Un siècle de travail des femmes en France).

Mais, pour assurer le maintien de l’ordre économique politique et social sur lequel repose la poursuite de l’exploitation capitaliste et le maintien de la domination patriarcale, les gouvernements, les institutions internationales, cherchent à se présenter en "alliés des femmes" afin de récupérer leurs mouvements. C’est aussi la démarche du gouvernement en France (“Égalité femmes/hommes” ou régression programmée ? Hélène Bertrand).

D’un côté, on ne peut que se réjouir du vote par l’Assemblée en octobre du remboursement à 100% de l’IVG pour toutes les femmes (et non les seules mineures) et de la contraception gratuite pour les mineures, qui devrait entrer en vigueur fin mars. Mais, parallèlement, l’entreprise de destruction du service public hospitalier, et avec elle celle des centres IVG se poursuit. Identiquement, dans le champ de l’éducation, la signature le 7 février de la Convention interministérielle pour l’égalité dans le système éducatif, et celle, le 28 janvier dernier, de la Charte pour l’égalité Femmes/Hommes dans les établissements supérieurs et de recherche, sont bienvenues, mais insuffisantes. Ainsi, cette dernière ne s’attaque pas concrètement aux discriminations sexistes (Syndicalisme et féminisme : et pourtant ça rime VG, AO, NP, ED p. 14). L’égalité reste à construire. À l’école comme au travail, en France comme ailleurs, face à une offensive contre les femmes menée à l’échelle mondiale. Dans la sphère publique comme dans la sphère privée, dans le passé comme dans le futur, tant les droits acquis sont toujours menacés, à commencer par celui de disposer de son corps.

Le féminisme, chaque jour, et partout, c’est la lutte.

Hélène Bertrand et Claire Demel

Jules Falquet, De gré ou de force. Les femmes dans la mondialisation, La Dispute.

Galia Ackerman, FEMEN, Calmann-Lévy.