Brèves féministes (avril 2013)

lundi 22 avril 2013
par  Rosine

Parce que c’est aussi une forme de haine…

La pilule, sinon rien ? Notre corps nous appartient !


Depuis les récents épisodes relatifs aux pilules de 3e ou 4e génération, les “grands” médias ont relayé nombre de préjugés concernant la contraception. Dans les discours (comme dans la plupart des prescriptions), la pilule apparaît ainsi comme l’unique contraceptif possible. Dispositif intra-utérin, anneau vaginal, implant progestatif, préservatif féminin ne sont jamais cités ; sans parler de l’absence de référence au préservatif masculin, d’usage pourtant courant – tant il continue d’être perçu uniquement comme un moyen de protéger des MST, et non des grossesses non désirées, dont les femmes ont à supporter les plus lourdes conséquences. Les mêmes médias n’hésitent pas en revanche à s’alarmer d’une recrudescence des demandes d’IVG chez des jeunes femmes ayant choisi d’arrêter la pilule par prudence, ou par défiance envers le corps médical – sans faire le lien avec la nécessité d’informer les personnes sur la variété des modes de contraception existants.

Si ces affaires ont heureusement permis de dénoncer la réalité (a-critique) des études médicales, l’ignorance et les dérives d’une profession servant les intérêts des grands groupes pharmaceutiques, on a entendu peu de voix s’élever contre le pouvoir, pluriséculaire, de cette médecine sur le corps des femmes. Or c’est bien cela que montre la désinformation relative aux modes de contraception alternatifs à la pilule : le corps médical a toujours choisi à leur place, pour une majorité de femmes, ce que serait leur mode de contraception. La pilule, hier “révolutionnaire” pour les femmes, aura donc aussi pu perpétrer, paradoxalement, leur aliénation. Parce que notre corps nous appartient, choisissons notre contraception (la pilule, à condition d’être correctement prescrite, reste bien sûr une option), et continuons plus que jamais à défendre le Planning familial, le maintien et l’ouverture des centres IVG.

Émilie Devriendt


Hier le devoir conjugal, aujourd’hui le devoir sexuel ?!

Après la Gestation Pour Autrui (GPA), qui faisait d’une incapacité le lit de la marchandisation du corps, c’est encore par le handicap que revient la question. Le débat sur l’assistance sexuelle donne à entendre, comme pour la GPA, des arguments d’une douceur surprenante en lieu et fait de la réalité qu’ils recouvrent : "ces mères rendues au point de palier elle-même au besoin sexuel de leur enfant dans la détresse (…) cette pratique est bien un acte incestueux, dont les conséquences sur l’adulte en devenir sont, on le sait, désastreuses". Celui qui parle est handicapé, et ne craint pas d’appeler un chat un chat, et l’assistance sexuelle, un acte prostitutionnel, dans son billet d’humeur (1) paru sur Mediapart, où il dénonce des discours qui, "du « devoir d’humanité » de certains, aux mièvres « apporter un peu de réconfort » d’autres, (…) désignent les individus en situation de handicap comme des sous-humains". Des raisons également évoquées dans la Lettre ouverte au Président de Femmes pour le dire, femmes pour agir, en date du 27 février dernier (2). Non, le handicap ne saurait être prétexte à un "devoir sexuel" qui, par la légalisation de "services payants" d’assistance sexuelle et leur introduction sur le marché, engendrera inévitablement l’exploitation de la précarité et de la pauvreté, et rétablira la prostitution comme réponse à de soi-disant "besoins" ou "droits". Et ne pourra se substituer à la transformation de la société, qui va de l’augmentation des soignantEs et des espaces de partage, au changement des mentalités.

Claire Demel

(1) http://blogs.mediapart.fr/blog/skwar/180313/je-naccepterais-aucune-assistante-sexuelle-si-lui-faire-lamour-ne-la-fait-pas-elle-meme-trembler-de-pla-0

(2) http://www.femmespourledire.asso.fr/uploaded_images/LettreouverteFHollandefdfa022013.pdf