Bilan d’une mobilisation : l’exemple des Mureaux

Décret "rythmes scolaires"
samedi 4 mai 2013

La grève du 12 février contre le décret sur les "rythmes scolaires" avait été très suivie. Lui donner des suites sur le plan national aurait permis de mettre en difficulté le ministère, d’autant plus que la mobilisation était réelle à la base. Ci-dessous un exemple de mobilisation locale, dans la ville des Mureaux (Yvelines).

Très vite après la publication du décret sur les rythmes scolaires, une école maternelle de la ville sort un appel à tous les collègues et se déclare prêt à se mobiliser, y compris par la grève. Ce qui marque particulièrement son opposition c’est la soumission de l’école aux collectivités territoriales que le décret laisse entrevoir.

La représentante FO, déléguée du personnel, demandant au maire un rendez-vous, se fait répondre par téléphone qu’il ne communiquera qu’avec l’IEN.

Un premier rassemblement

En réaction, le 29 janvier, les collègues de la maternelle appellent à se rassembler sur le temps de midi devant la mairie le 1er février, et décident de prévenir le bureau du maire la veille qu’une "importante délégation d’enseignants" demandera à être reçue. Le SNUDI-FO et le SNUipp-FSU soutiennent cette initiative. Cette délégation sera massive : près de 70 enseignants présents, une quinzaine, dont les représentant syndicaux, reçus en délégation par un maire menaçant et zélé.

Le 7 février une AG locale est décidée par la maternelle, relayée par la représentante FO : une trentaine de collègues présents. La représentante FO explique que si la grève du 12 février est massive, le gouvernement prendra peur et retirera son projet... La grève a été très massive, mais... Un camarade Émancipation intervient pour rappeler que depuis des mois toutes les organisations syndicales coopèrent avec le gouvernement au lieu de mettre la défense des revendications au centre de leur politique, à commencer par l’exigence de l’abrogation des réformes Sarkozy. Il ajoute que l’IEN réunira les directeurs le 19 février en présence du maire, et que c’est l’occasion de marquer le rejet du décret par exemple en quittant la salle. Un autre collègue ajoute la proposition de faire une déclaration contre ce décret. La représentante FO répond : "Je ne suis pas pour la politique de la chaise vide" (!).

Mobiliser pour l’abrogation du décret

Les militants Émancipation qui animent la sous-section du SNUipp décident alors d’une Adresse aux Dirigeants de tous les syndicats enseignants (FSU-CGT-FO…) contre la dénationalisation de l’Éducation nationale , contre la territorialisation de l’enseignement .

Ce texte exige des directions syndicales le retrait du décret sur les rythmes, du projet de loi Peillon et de rompre les concertations avec le ministre ; puis il précise :

"La première pierre du dispositif gouvernemental concernant la soi-disant refondation de l’école, c’est le décret sur les rythmes scolaires qui s’appuie sur ce qu’a déjà mis en place le gouvernement précédent (108h, APE, LPC (1), Base Élèves, mastérisation, suppressions de postes, RASED) (...).Appelez les enseignants à refuser toute concertation sur les “rythmes scolaires”.

Dans de nombreuses communes déjà les concertations s’imposent aux enseignants (notamment aux directeurs) pour une application dès la rentrée 2013. Appelez dès maintenant les enseignants au boycott de toutes les réunions que le dispositif gouvernemental implique concernant ce décret."

À partir du 18 février et ce en quelques jours, l’adresse rassemble plus de 50 signatures principalement dans trois écoles. En parallèle s’est opéré un début de mobilisation des parents d’élèves, qui lancent une pétition. La jonction parents-enseignants est en train de s’opérer : la pétition des parents massivement signée sur le groupe scolaire est répercutée sur d’autres groupes. Cette pétition conclut : "Pour une vraie refondation de l’école publique, pour l’abrogation du décret sur les rythmes scolaires, pour le retrait de la loi Peillon"

Préparation de l’AG

Le 28 février, veille des vacances de la zone C, les signataires de l’Adresse aux dirigeants des syndicats enseignants avec le soutien de la sous-section du SNUipp-FSU, lancent un appel à une AG pour la semaine de rentrée, le 21 mars. L’adresse a permis de vérifier les possibilités de mobilisation contre la mise en place de la réforme au niveau local. Cet appel déclarait : "Il est difficilement compréhensible qu’on puisse être contre le décret et que malgré tout on facilite sa mise en place ! Pourtant rien n’est encore joué... (...) Pour mettre en accord leurs paroles et leurs actes, les directions syndicales (à tous les niveaux) doivent appeler les enseignants à refuser toute concertation sur les "rythmes scolaires", à voter des motions de conseils des maîtres, à tenir des réunions d’information auprès des parents, bref à organiser la mobilisation. Elles doivent s’adresser aux syndicats des agents territoriaux, aux fédérations de parents. Tout doit être fait pour que la réforme ne puisse pas se mettre en place !".
Le programme est clair, et cette fois-ci, l’AG se tiendra au centre-ville.

Pendant les vacances, la responsable FO adresse à toutes les écoles un courriel intitulé : "une clarification s’impose". Elle y dénonce un camarade Émancipation qu’elle cite nommément par son prénom ! Contre l’adresse aux directions syndicales, elle dénonce "une supplique aux appareils syndicaux" initiée par un "courant très minoritaire". Pas un mot sur le dialogue social ! Cette “camarade” s’efforce, sur une page et demie (plus tract FO, plus tract de l’intersyndicale des syndicats minoritaires, plus lettre de Raguin (2) à Groison en pièces jointes), de dédouaner la direction de FO de toute responsabilité dans la situation actuelle, en faisant porter le chapeau à la FSU et à ses syndicats. De fait, ce courrier ne vise alors qu’à organiser la division des collègues sur la ville et à justifier cette même politique de division que FO développe au niveau national.

Mobilisation au conseil municipal

La semaine de rentrée, l’AG se tient avec peu de collègues (une quinzaine), mais six ou sept écoles (sur 22) sont représentées (rappelons toutefois que le SNUDI-FO est très majoritaire aux Mureaux). La responsable FO, absente pour cause de congrès syndical, a fait savoir qu’elle soutenait l’AG, mais les syndiqués FO sont quasi absents. L’AG s’adresse alors à toutes les écoles de la ville :
"Nous nous sommes réunis ce jour à 12h (...) :
Nous joignons un tract d’appel à un rassemblement le 28 mars à 20h dès l’ouverture du conseil municipal (…).
Nous proposons aux collègues de toutes les écoles de voter une motion adressée au maire (…).
Nous proposons également d’afficher des banderoles (…).
A savoir, un groupe de parents s’organise et fait signer une pétition. (…) Ils ont d’autres projets d’actions… qu’il faudrait accueillir avec bienveillance !
".

Le 28 mars, de nombreuses écoles exhibent des banderoles, des parents réussissent à bloquer deux écoles pendant une heure. 19 écoles sur 22 votent des motions unanimes contre l’application du décret. Le soir à 20 heures, 150 à 200 personnes (parents, enseignants) se rassemblent devant la mairie. Après quelques photos, elles se dirigent vers la salle du conseil municipal. Le représentant du SNUipp demande alors au maire une interruption de séance et la modification de l’ordre du jour, ce qu’il obtient. Il lira une déclaration qui se termine ainsi :

(...) nous affirmons que les intérêts des enfants et des enseignants sont indissociables et impliquent le maintien d’un cadre national des horaires et des activités. Par conséquent, nous réaffirmons, ici, ce soir, notre désaccord d’appliquer le décret sur les rythmes scolaires dont nous demandons l’abrogation. (…)
Nous vous appelons donc, ce soir, à suspendre la décision de mettre en place le décret sur les rythmes scolaires dès 2013 et à nous rejoindre dans le combat pour la défense de l’école publique, laïque et nationale."

En réponse à notre déclaration, le maire rappelle une nouvelle fois que rien n’est défini. Il indique qu’il pourrait y avoir dissociation du temps scolaire entre les écoles, qu’il y aurait un redéploiement des activités proposées par la mairie du temps scolaire vers le périscolaire. Il laisse entendre une certaine confusion sur la place respective du scolaire et du périscolaire dans les apprentissages, alors que les enseignements sont aujourd’hui sous la seule responsabilité de l’Éducation nationale.

Ensuite le conseil municipal poursuit ses travaux sans qu’aucune discussion publique ne soit autorisée. Un conseiller municipal, membre du POI, reprend l’intégralité de l’argumentation développée dans la déclaration des enseignants. La majorité vote à l’unanimité moins 2 abstentions la mise en place du décret dès la rentrée 2013.

Pour l’unité et la rupture des concertations

Aujourd’hui dans les Yvelines, seules huit communes ont décidé de se lancer pour 2013. Il est certain que cela joua en notre défaveur : une politique de division au niveau national et une majorité de collègues soulagés après le recul de leur municipalité.

Le compte rendu de la sous-section du SNUIPP tire le bilan :

"Nous condamnons tout ce qui divise les collègues :

- Les collègues ne comprennent pas pourquoi un groupe de syndicats nous appelait à la grève le 28 mars alors que sur Paris l’unité syndicale était réalisée dans un appel à la grève le 25 mars.

- Les collègues ne comprennent pas pourquoi pendant six mois toutes les directions syndicales ont participé aux concertations du ministre Peillon alors que tout dans ses propos montrait qu’il n’avait aucunement l’intention d’inverser la vapeur d’une politique décidée sous la présidence de Sarkozy.

- Les collègues ne comprennent pas pourquoi la défense de leurs revendications légitimes (suppression des 108h, APE, LPC, Base élèves, mastérisation ; rétablissement des postes supprimés, des RASED...) n’est pas le préalable à toute concertation avec le gouvernement. (...)

Pourtant la réforme ne fait que commencer. Le décret sur les rythmes scolaires n’est que la première pierre d’une orientation plus large qui vise à la territorialisation de l’Éducation nationale (...). Au nom du refus de la politique de la chaise vide, les directions syndicales poursuivent les concertations sur les décrets d’application de la loi Peillon. C’est cela qui permet au ministre d’avancer tranquillement dans la mise en œuvre de sa contre-réforme. C’est cela que nous dénonçons !".

Germain Cannevière

(1) APE = aide personnalisée, LPC =Livret personnel de compétences.

(2) Hubert Raguin est le secrétaire général de la Fédération Nationale Enseignement et culture FO.