Brèves féministes (mai 2013)

jeudi 23 mai 2013
par  Rosine

Parce que c’est aussi une forme de haine…

De l’autodéfense au cinéma, changer la ville

"J’ai rêvé d’une rue où la peur me quitterait… Je rêve d’une rue sans la peur à mes côtés. Il est dix heures du soir, femmes, rentrez chez vous ; les hommes peuvent aller boire, nous resterons chez nous". Ainsi commence une des chansons d’un disque anonyme de chansons de femmes des années soixante-dix, dont l’actualité est toujours brûlante, comme le montrent les témoignages recueillis dans Les pieds sur terre ("Le stage de self défense", France Culture, 8 avril, 30 min., à réécouter sur le site de la radio), qui ne sont pas sans rappeler le film Les femmes du bus 678 (Egypte, 2010, à voir absolument). Émission où l’on apprend qu’il n’y a pas de fatalité à être victime, et qu’on peut "désamorcer des agressions simplement par le regard", faire front et obliger l’agresseur à s’excuser, quitte à le poursuivre jusque dans la boulangerie où il n’osera plus acheter son pain, entendre ses excuses, et alors "on dit OK parce qu’on va pas lui dire merci, et on tourne les talons, et on est juste la plus forte du monde". Une émission réjouissante qui modifierait la fin de la chanson : "J’ai rêvé d’une ville qui ne serait plus un ghetto. Je rêve d’une ville sans une ombre dans mon dos. Je peux toujours rêver, la rue n’est pas aux femmes ; je veux toujours lutter pour que nos pas se calment". Coup pour coup, la rue est aussi à nous.


Le 8 mars, c’est toute l’année et… partout !

Najat Vallaud-Belkacem, Ministre des Droits des femmes, avait organisé le 7 mars une soirée de mobilisation Le 8 mars, c’est toute l’année ! au cours de laquelle a été rendu public le “Calendrier de l’égalité”, mis en ligne sur le site http://8marstoutelannee.fr, qui donne, pour chaque jour de l’année, un événement en lien avec les droits des femmes.

Dans l’éducation, on note la Convention interministérielle pour l’égalité signée le 7 février, qui prévoit notamment enfin le lancement en septembre de modules pédagogiques à destination des enseignantEs du primaire pour interroger leurs propres représentations comme celles des enfants, sensibiliser aux stéréotypes, au respect mutuel… Signature qui fait suite à celle, le 28 janvier dernier, de la Charte pour l’égalité Femmes/Hommes dans les établissements supérieurs et de recherche , élaborée et ratifiée par la Conférence des présidents d’universités, celle des directeurs d’écoles d’ingénieurs et celle des grandes écoles. La fin du sexisme dans le supérieur ? Ce serait trop beau…

Un exemple ? Si la direction de Sciences Po Bordeaux a réagi face aux propos sexistes et homophobes d’un petit groupe d’étudiants, cette même direction a déclaré dans la presse (1) vouloir porter plainte pour diffamation contre le Collectif féministe bordelais contre les violences sexistes dans l’enseignement supérieur, car il avait dénoncé, outre lesdits propos, un certain climat propice à l’expression de ces propos ! "Plus largement, cette affaire révèle la banalisation des violences sexistes dans l’enseignement supérieur : la culture du silence, comme celle de la protection de l’image et de la réputation des grandes écoles et des universités constitue un terreau favorable à la perpétuation de pratiques qui ne seront jamais trop dénoncées", note le Collectif dans un appel à soutien (2). Reste donc à démontrer que cette Charte n’est pas un moyen de s’acheter une bonne conscience.

Claire Demel


(1) Libération , 8 février 2013, "Sciences po et le sexisme de ses étudiants".

(2) Pour signer la pétition : http://www.petitions24.net/appel_a_soutien