Rencontre internationale du syndicalisme alternatif

vendredi 21 juin 2013
par  Catherine

Du 22 au 24 mars 2013 s’est tenue, à Paris, une rencontre internationale entre un certain nombre d’organisations syndicales, dans l’objectif de construire un réseau international du "syndicalisme offensif, démocratique, autonome, alternatif, féministe, internationaliste".

Soixante organisations issues de vingt-cinq pays étaient représentées. Émancipation, tendance intersyndicale, participait à cette rencontre.

Aux origines de cette rencontre

Avec le développement de la crise internationale du capitalisme, et la radicalisation de la lutte des classes dans un nombre croissant de pays, la nécessité de construire des organisations syndicales qui soient en rupture avec la politique des bureaucraties syndicales est devenue plus grande que jamais. Cela s’exprime par la construction de courants luttes de classe à l’intérieur des anciennes organisations, et la construction de nouveaux syndicats. Et cela conduit à rechercher de liens internationaux afin d’échanger les expériences de combat et de préparer des campagnes internationales communes, en particulier des campagnes de solidarité.

C’est ainsi que deux centrales syndicales relativement jeunes, CSP Conlutas au Brésil et Solidaires en France, avaient impulsé une première rencontre internationale en mai 2012, qui s’était tenue à São Paulo, et à laquelle deux camarades d’Émancipation avaient pu participer. À cette rencontre de São Paulo étaient représentées des organisations des deux Amériques, d’Afrique et d’Europe. Le cadre de cette rencontre avait été notamment donné par le développement de la révolution dans les pays arabes. Un réseau d’échanges avait commencé à se constituer. Décision avait été prise d’une nouvelle rencontre en mars 2013.

La rencontre de mars 2013

Trois syndicats avaient impulsé cette seconde rencontre : CSP Conlutas, Solidaires et la CGT d’Espagne, (Confederación General del Trabajo, à ne confondre ni avec l’UGT espagnole ni avec la CGT française).

Cette rencontre, préparée par un appel auquel Émancipation avait répondu favorablement, s’est tenue à la Bourse du travail de Saint-Denis, en présence de plus de 200 délégués représentant 25 pays. L’Amérique latine était une fois encore largement présente, avec des délégués du Pérou, de l’Argentine et du Chili, du Brésil, de Colombie…

Mais cette fois-ci, presque tous les pays d’Europe étaient représentés. Des militantes grecques rendirent ainsi compte de la situation sociale catastrophique prévalant dans leur pays ; des militants d’Europe du sud (Italie, Espagne) et aussi d’Europe du nord (Allemagne, Belgique, Angleterre) étaient présents. D’autres interventions expliquèrent luttes et grèves, et confrontation avec la politique des bureaucraties syndicales. Étaient également représentées des organisations des différents pays d’Afrique du Nord, du Bénin, de Turquie, d’Indonésie, d’Amérique du Nord et des Caraïbes (avec notamment la présence de Batay Ouvriye pour Haïti).

Le caractère de cette rencontre

Les nombreuses prises de paroles traduisirent l’acuité des conflits sociaux, la brutalité de la répression et la ténacité des travailleurs dans leurs combats. Au-delà de la diversité des situations, ce que montraient ces interventions, c’est que les salariés des différents pays sont confrontés à des politiques analogues, à des "réformes" qui vont toutes dans le même sens. Ainsi, dans l’enseignement, le trait général est celui de la privatisation, et du coût croissant des études. De même la répression, d’ampleur variable selon les pays, souvent très violente avec l’assassinat de militants syndicaux (comme en Colombie), va se durcissant partout, avec notamment l’armement accru des forces de police contre les manifestants.

Mais au-delà de la confrontation d’expériences, cette rencontre était marquée par une grande liberté de parole, une écoute mutuelle, et une réelle fraternité ; rien à voir avec le caractère bureaucratique (et asphyxiant) des congrès syndicaux comme nous en connaissons trop en France.

Et la compréhension que, partout les travailleurs, les jeunes sont confrontés à la crise du capitalisme, s’est largement exprimée, avec la conscience qu’il n’y aura pas de "retour en arrière" vers de "nouvelles Trente glorieuses". D’où la nécessité de mener des "combats de classes", de s’opposer aux "pactes sociaux" et au "dialogue social" prônés par les bureaucrates syndicaux qui recherchent la "paix sociale".

Femmes, travailleurs immigrés, étudiants

Le premier jour, la discussion porta notamment sur "la crise du système capitaliste, les réponses des travailleurs", et sur "la relation avec les mouvements sociaux (la précarisation du travail, oppression des femmes, les immigrants…)".

Une place particulière fut faite au combat des "femmes travailleuses". C’est ainsi que Movimento Mulheres em Luta (Mouvement Femmes en lutte), constitué en 2008, et affilié en tant que tel à CSP-Conlutas, est intervenu dans les débats.

De même, plusieurs organisations étudiantes étaient présentes, en particulier un syndicat étudiant brésilien (ANEL), lui aussi membre de Conlutas. Sont également intervenus dans les débats des étudiants de la Fédération générale des travailleurs de Belgique (Étudiants FGTB Bruxelles) et de Sud étudiants pour la France.

Des militants (d’Italie, d’Angleterre…) ont aussi fait part du combat des travailleurs immigrés.

L’intérêt de ces rencontres

L’aspect chaleureux de cette rencontre était, pour une part, dû à l’importance des délégations latino américaines, dont l’enthousiasme est à l’image des prolétariats de ces pays ; des prolétariats "jeunes" et combatifs.

Mais, plus largement, il était dû au fait que les participants étaient non pas de quelconques bureaucrates faisant du "tourisme syndical", mais des militants qui se sont dégagés dans les luttes (comme, par exemple, celle des "piqueteros" en Argentine), des militants en butte, très souvent, à la répression.

Bien évidement, la force de ces organisations était très diverse selon les pays, certaines ne représentants que de petits groupes militants, ou des minorités à l’intérieur de plus grands syndicats, tandis que d’autres représentent des dizaines des milliers d’adhérents, sans parler de Conlutas représentant des millions de travailleurs.

À partir de ce constat, l’objectif est tout à la fois d’élargir le nombre de pays représentés et de renforcer chacune des organisations présentes. Et le renforcement de ces liens internationaux est aussi un moyen de conforter la construction de chacune de ces organisations.

Un accord général

Toutes ces organisations n’ont pas la même histoire, ni souvent les mêmes références idéologiques. Il en résulte une diversité d’analyses. Le texte final adopté par cette rencontre constitue donc un point d’équilibre entre ces sensibilités diverses. Après discussion, Émancipation a décidé de signer cet appel, car l’essentiel est qu’il y a dans ce rassemblement une dynamique, et le début d’un réseau syndical international qui reste à consolider et développer. Nous en partageons les valeurs essentielles, dont l’internationalisme, la volonté de combattre contre le capitalisme et toutes les oppressions. Et nous partageons les premiers objectifs fixés tout en ayant conscience des difficultés de ce travail collectif. Il ne s’agit donc pas de proclamer (d’auto-proclamer) une nouvelle internationale syndicale mais d’engager la construction d’un réseau syndical international.

Dans cette voie, le texte adopté constitue un pas supplémentaire : il ne se contente pas d’affirmations générales mais définit un certain nombre de taches pour la période à venir.

Des campagnes communes en préparation

Ainsi, Solidaires coordonnera le travail de trois secteurs professionnels : la santé, les centres d’appels, et le transport ferroviaire. CSP-Conlutas prendra en charge la coordination des syndicalistes du bâtiment, de l’automobile, de la métallurgie, ainsi que du regroupement des femmes travailleuses ; et la CGT de l’État espagnol l’activité syndicale dans l’éducation.

Différents axes de campagnes internationales étaient également définis. Première concrétisation : un texte – manifeste à diffuser internationalement à l’occasion du 1er mai fut discuté le second jour.

Furent ainsi abordées la question du paiement de la dette (qui a fait l’objet de débat) la protection des droits du travail et de la sécurité sociale, la nationalisation (ou l’expropriation) des banques, l’internationalisation de la lutte, le rejet de tous les gouvernements mettant en œuvre les plans d’austérité.

Fut également affirmé le droit à l’autodétermination des peuples, en particulier du peuple palestinien et du peuple sahraoui (Sahara Occidental), le refus de toutes les formes d’oppression.

En outre, dès le lendemain de cette rencontre eut lieu une réunion de travail des militants enseignants, qui discuta de la mise en place de premiers outils de travail communs, et de la perspective de campagnes et mobilisations communes.

De l’avancée dans ce travail commun, en particulier par secteurs professionnels, dépendra la tenue d’une future et nouvelle réunion internationale. Les avancées de ce travail seront inévitablement liées aux développements de la lutte des classes.

Mais il dépendra aussi de la volonté de ces participants, c’est-à-dire des orientations qui seront affirmées. De ce point de vue, la crise profonde du système capitaliste, les politiques réactionnaires développées partout, ne peuvent que renforcer la volonté de construire et consolider ce réseau, et amener à clarifier les réponses en termes d’orientation.

Laure J., Mathieu P., Hélène B., Serge G.

À lire :

* dans L’Émancipation n°3 de novembre 2010 : “CSP-Conlutas, une confédération « lutte de classe » du Brésil” (une interview de deux dirigeants de CSP Conlutas, Didi et Cacau).

* dans le n° 10 de juin 2012 deux articles : “Un syndicat jeune et combatif, à l’image du prolétariat brésilien” et “Rencontres syndicales internationales de Sao Paulo”.

* voir aussi dans le n°8 d’avril 2013 : “Expérience de la lutte des femmes travailleuses au Brésil”.


Brèves

8 décembre - Réunion publique - jeudi 14 décembre à 19h - Après les récentes défaites de Daesh, où va la Syrie ?

Réunion publique avec :
Joseph Daher, militant syrien originaire d’Alep
Sakher Achawi, (...)

7 juillet - RELAXE POUR ELIE DOMOTA !

Message de soutien d’Émancipation à Élie Domota
Le syndicaliste guadeloupéen Élie Domota, (...)

14 février - Réunion publique - Jeudi 23 février à 19h - Alep : un tournant ?

Résistances populaires en Syrie et manœuvres internationales
Réunion publique avec :
Ziad (...)