Rythmes scolaires : le grand foutoir

mardi 17 septembre 2013
par  Catherine

La réforme des rythmes scolaires va être appliquée à la rentrée dans 5 communes de la Seine Saint Denis malgré l’opposition et les mobilisations massives des enseignant-es. Vincent Peillon qui a mis en avant, comme enjeu de cette réforme, la réussite des élèves, n’aura réussi qu’à convaincre ses ami-es politiques, qui pour sauver sa peau vont appliquer la réforme dans leurs communes au détriment des conditions d’enseignement pour les élèves et des conditions de travail pour les enseignant-es.

Alors que la Seine Saint Denis est un département sinistré en matière d’éducation, la priorité pour la réussite et le progrès des élèves, serait d’abord d’avoir les moyens suffisants et nécessaires en terme de moyens humains et matériels, ce qui n’est pas le cas actuellement dans ce département.

Un prétexte pour gérer la pénurie de moyens
Sud éducation a dénoncé le peu d’ambition de la réforme et la supercherie du bien-être des enfants qui au final passeront plus de temps à l’école qu’avant.
Figure de proue dans le 93 de cette allégeance au gouvernement : la commune d’Aubervilliers qui a décidé d’appliquer la réforme des rythmes scolaires en passant outre les avis négatifs des conseils d’école.
L’organisation qu’elle propose est totalement absurde. Les enfants auront école du lundi au vendredi le matin de 8h30 à 11h30. Deux après-midi, ils finiront à 16h et deux après-midi à 14h30. Pour couronner le tout, cette organisation s’applique en alternance sur des écoles A et des écoles B.
Les écoles A terminant un jour sur deux à 16h pendant que les écoles B terminent un jour sur deux à 14h30.
Ce système permettra à la mairie de faire des économies de locaux et de personnels en faisant tourner les animateurs-trices un jour sur deux d’une école à l’autre.
Le directeur académique de Seine Saint Denis lui, n’a pas hésité à valider cette organisation. Cependant pour pouvoir organiser le temps de service des enseignant-es, il s’est assis au passage sur leur statut en annualisant la totalité de leur temps de travail. La nécessité de continuité du service Public, primant selon lui, sur les statuts !
Dans un département, où c’est peu dire que l’état n’assume pas cette fameuse continuité du service public et ses responsabilités en matière de remplacement avec des milliers de journées non remplacées, faire porter cette responsabilité par les personnels en remettant en cause leur statut est d’un cynisme absolu.

Précarité et remise en cause des statuts
Ainsi, il compte faire travailler les remplaçant-es qui interviennent sur plusieurs communes qui n’ont pas les mêmes horaires, plus que les 24h réglementaires devant élèves à cause des horaires qui vont varier d’une école à l’autre mais aussi d’une ville à l’autre. Certains-es remplaçant-es pourront faire jusqu’à 28h devant élèves par semaine (+ les APC). Ces heures seront récupérées à la fin de l’année scolaire, dans le flou le plus total.
Pour la mise en place des activités périscolaires, faute de moyens et de personnels suffisants, les communes vont avoir recours massivement à la précarité en faisant appel à des emplois d’avenir, qu’elles ont l’intention de former en deux mois !
La mairie d’Aubervilliers compte aussi sur « la collaboration » des enseignant-es pour assumer une réforme à laquelle ils et elles se sont massivement opposé-es, en leur demandant de participer aux activités périscolaires et/ou en laissant leur salle de classe pour avoir assez de locaux.
Elle veut même recruter les AVS pour l’accompagnement des enfants handicapés en leur faisant signer des contrats sans mention de leurs horaires de travail et sur la base d’une rémunération inconnue jusqu’ici.
Une fois de plus, l’éducation nationale et les municipalités comptent sur la conscience professionnelle des personnels pour faire que les écoles et le périscolaire tournent malgré tout alors qu’à tous les niveaux, les personnels subissent déjà les conséquences néfastes de cette réforme sur le travail et sur leur organisation personnelle.


En grève le 17 septembre
En Seine Saint Denis, cette situation sera aggravée par la pénurie de postes qui s’annonce encore plus catastrophique que les années précédentes puisqu’il manquera dans le 1er degré, 300 postes à la rentrée.
C’est dans ce cadre que l’intersyndicale 1er et 2nd degré Sud éducation, CGT éduc’action et FSU appelle à la grève le 17 septembre dans le 1er et le 2nd degré, sur la question des moyens dans les écoles, collèges, lycées et lycées professionnels mais aussi pour l’abrogation du décret sur les rythmes scolaires.
Le passage en force de la réforme voit se confirmer les dérives que nous avions dénoncées : remise en cause des statuts pour les enseignant-es, accentuation des pressions hiérarchiques et précarisation des personnels. Elle ouvre la porte à la privatisation de services relevant du public : notamment dans l’animation.
Le projet éducatif territorial annonce l’entrée des collectivités territoriales sur le champ des prérogatives éducatives nationales et instaure une inégalité inévitable sur le territoire. Les 20 % des communes ayant validé cette réforme seront le théâtre de son grand foutoir.
Sud éducation sera là, avec d’autres, pour dénoncer les dysfonctionnements à tous les niveaux.
Nous serons là pour reprendre la mobilisation pour que ce décret soit abrogé et que les 80 % de communes qui ne l’ont pas appliqué soient encore plus nombreuses en 2014.

Sabine Durand