Un mois dans le monde

mardi 24 septembre 2013

Égypte

Ni sabre ni goupillon ! Ni dictature militaire, ni république islamique !
Après quelques mois de pouvoir, les Frères Musulmans auront fait la preuve de ce qu’ils sont : des ennemis des travailleurs/ses, des femmes, des ChrétienNEs, des libertés, du pluralisme. Ils ont réprimé les révoltes ouvrières, instauré une constitution cléricale et installé leurs hommes à tous les postes-clés (à l’image d’un ancien chef salafiste auteur de nombreux attentats et nommé à la tête de la province de Louqsor). Sous pression américaine, un partage du pouvoir s’est fait entre eux et l’armée.

S’il ne faut pas douter de la spontanéité et de la radicalité de la révolte populaire contre eux, on doit constater que la plupart des révolutionnaires ont fait preuve d’un grand manque de clairvoyance. Ils/elles ont été manipuléEs par une armée qui a trouvé là l’occasion rêvée de restaurer l’ordre ancien et la possibilité de rompre le partage du pouvoir imposé. La violence de la répression (on assiste à un véritable carnage, les mortEs se comptent par centaines) rappelle les pires heures du règne de Moubarak. La démission d’El Baradei intervient beaucoup trop tard. Lui et les courants qui le soutiennent auront accompagné un coup d’État sanglant. Le premier acte du nouveau régime est significatif : un bouclage strict de la bande de Gaza et une destruction de plusieurs tunnels. L’exemple algérien où, plus de 20 ans après le putsch, les militaires et les voleurs sont toujours au pouvoir, montre le danger. La révolution égyptienne n’est toujours pas achevée. Après avoir chassé les Frères Musulmans, les révolutionnaires vont devoir chasser l’armée.

Tunisie

Après Chokri Belaïd, un autre dirigeant de la gauche laïque, Mohamed Brahimi, est tombé sous les balles de tueurs, probablement salafistes. Ces groupes qui ont grandi à l’ombre du parti Ennahda, n’hésitent plus aujourd’hui à tuer, à s’en prendre à l’UGTT et même à tenter de déclencher la lutte armée. Le parti Ennahda continue d’ignorer les revendications de l’opposition qui combat sa tentative d’imposer une constitution cléricale. Il manifeste une grande ambiguïté vis-à-vis des Salafistes. Ses alliés (deux partis bourgeois dits « laïques ») semblent se diviser. Le parti du président Marzouki continue de le soutenir tandis que celui de Ben Jaafar hésite à affronter l’UGTT.

Syrie

Le régime Assad a reçu une aide militaire importante de la part de ses alliés (Russie, Iran) et le déséquilibre des forces lui donne un répit. Le régime a reçu un appui inattendu de la part de deux groupes armés proches d’Al Qaida : le « Front Al Nosra » et « l’État islamique en Irak et au Levant » qui combattent les forces kurdes de l’YPG (forces de protection du peuple kurde) et celles de l’ASL (Armée Syrienne Libre). Les insurgés sont toujours privés d’armes efficaces.

Turquie

L’AKP est au pouvoir depuis plus de 10 ans. Au-delà de l’usure du pouvoir, le régime d’Erdogan s’est totalement coupé de la jeunesse. Le mouvement de protestation, initialement opposé à la destruction du parc Gezi d’Istanbul, a fait descendre des centaines de milliers de manifestantEs dans tout le pays dans une ambiance Mai 68 avec des revendications mêlant le respect des droits de l’homme, la liberté de la presse, la commercialisation de l’alcool et le droit à l’avortement. La police a tué. Et le régime tente une diversion en faisant condamner à de très lourdes peines les militaires et les politiciens nationalistes du réseau Ergenekon accusés d’avoir voulu faire un coup d’État.

Iran

Cette dictature a encore la capacité de faire croire qu’il existe une alternative en son sein. Les électeurs/trices qui se sont précipitéEs en votant pour un « réformateur » réputé opposé aux Gardiens de la Révolution connaîtront les mêmes déceptions qu’à l’époque du président Khatami. Ce régime ne tombera pas de lui-même. Les plus déçus dans cette élection sont sûrement les dirigeants israéliens. Comme le nouveau président a été salué par l’Occident, ils auront plus de mal à convaincre de la nécessité d’une attaque « préventive » contre le nucléaire iranien.

Israël/Palestine

Les sionistes ont connu en France deux importantes défaites judiciaires. Les excités qui s’acharnent depuis 10 ans contre Charles Enderlin en l’accusant d’avoir trafiqué les images de l’assassinat en 2002 du petit Mohamed ont définitivement perdu malgré l’appui officiel du gouvernement Nétanyahou. Et les 3 inculpéEs de Perpignan pour action de boycott ont été relaxéEs. Plusieurs éluEs du parti « Europe Écologie » ont fait un voyage en Israël organisé par une officine sioniste, ce qui a provoqué de nombreuses protestations.

En Israël, la routine coloniale quotidienne se poursuit. La Knesset a voté le plan Prawer qui prévoit l’expropriation de dizaines de milliers de Bédouins du Néguev de leurs villages. Et de nouvelles constructions sont annoncées dans les colonies. Du coup bien sûr, la « relance du processus de paix » initiée par John Kerry apparaît comme une sinistre farce et Mahmoud Abbas est très vivement critiqué en Palestine pour l’avoir acceptée.

Brésil

Les « réformes » de l’ancien président Lula ont respecté les consignes du FMI et n’ont pas touché à la richesse insolente de l’oligarchie. Du coup, quand la conjoncture économique est moins favorable, le sous-développement devient insupportable. Dans les grandes villes, l’absence d’un réseau de transport en commun digne et le prix des tickets ont provoqué une explosion de colère et une capitulation rapide du pouvoir. Dans ce pays émergent, il y a de l’argent. Il est utilisé pour financer l’armée envoyée dans les favelas, le voyage du pape ou la prochaine coupe du monde de football.

Bolivie

Parce que la rumeur a longuement couru qu’Edward Snowden (celui qui a révélé l’espionnage téléphonique mené à très grande échelle par les Etats-Unis) pourrait se trouver dans l’avion du président Morales, celui-ci a été victime d’un véritable acte de piraterie. L’avion a été interdit de survol au-dessus de plusieurs pays européens dont la France et forcé d’atterrir à Vienne où, en violation de tous les usages diplomatiques, la police a essayé de le fouiller. L’Europe est bien ingrate puisque c’est elle qui a été la principale victime de l’espionnage américain.

Grèce

Pour la sixième année consécutive, le pays est en récession. Dans la routine quotidienne, un adolescent est mort en sautant d’un bus pour fuir un contrôleur qui voulait lui faire payer un ticket devenu hors de prix pour les chômeurs (plus d’un jeune sur deux). Les politiciens qui dirigent le pays sont allés au-delà des souhaits du FMI en liquidant l’audiovisuel public. Ils ont dû partiellement reculer. Et puis les néo-nazis d’Aube Dorée ont obtenu l’inculpation de Savas Mikhail, un intellectuel marxiste, accusé de les avoir « diffamés ».

Berlusconi

Comme Al Capone, Berlusconi aura échappé à toutes les poursuites … sauf la plus anodine, une banale histoire de fraude fiscale. Fin de partie, sauf si le président Napolitano, ancien communiste, le gracie, ce qui n’est hélas pas exclu. Que cet homme ait pu diriger un pays comme l’Italie pendant 10 ans dépasse vraiment l’entendement.

Lettonie

Selon l’Union Europénne et le FMI, ce pays remplit tous les critères pour adopter l’Euro : peu de dettes, un budget équilibré, des « réformes » bénéfiques. Réformes qui ont provoqué une explosion du chômage et de la pauvreté, mais ça c’est un détail.

Pierre Stambul


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