L’EDMP, un local coopératif

dimanche 10 février 2013

Les lecteurs et lectrices de la revue sont habitué-e-s à voir évoquer l’EDMP (Édition et Diffusion de Matériel Pédagogique) au détour d’un article : l’EDMP est en effet une librairie coopérative. Mais elle est très loin de se limiter à cette dimension. L’EDMP c’est aussi un local mis en place au cours des années 1970 par les militant-e-s de l’École Émancipée. Local fonctionnant sur le mode associatif et coopératif (comité de gestion élu par une Assemblée Générale annuelle). Récemment, une série de difficultés l’ont conduite à chercher un second souffle : en étant encore davantage un lieu de vie sociale et militante. Émancipation et ses militant-e-s se reconnaissent pleinement dans ce projet, et par conséquent s’y investissent avec d’autres. Dans ce numéro, nous présentons le projet de l’EDMP, avec un article issu du texte adopté lors de l’AG de l’EDMP tenue en mars 2012. Nous publierons dans les numéros suivants des articles sur des militant-e-s sans qui l’EDMP ne serait pas ce qu’elle est (Lily et Volo notamment), et sur des structures qui jouent un rôle tout particulier pour ce lieu (les éditions Spartacus). Nous espérons que nos lecteurs et lectrices appréhenderons encore mieux ce qu’est l’EDMP, son originalité… voire seront motivé-e-s pour s’y impliquer : toutes les bonnes volontés sont les bienvenues !

Une situation difficile provisoirement résolue 

La situation financière de l’EDMP est connue : une diminution lente des virements trimestriels, non compensée au stade actuel par l’arrivée de nouveaux/nouvelles coopérateurs et coopératrices ; une augmentation parallèle de nos dépenses (loyer, mais aussi impôts locaux et charges diverses).

Des solutions ont été apportées, sous la forme de virements supplémentaires de structures utilisant l’EDMP.. L’EDMP continue donc.
Mais ces solutions d’urgence ont leurs limites, elles ne sont pas pérennes. Des réponses à plus long terme doivent être apportées : des réponses avant tout politiques (conforter et populariser le projet) d’où découleront des réponses sur le plan du renforcement du comité de gestion et du financement du local.

Conforter le projet

Le projet coopératif initial qui a présidé à la création de l’EDMP, impulsé par les AG de coopérateurEs et que Lili et Volo ont largement contribué à animer, avec le relais du comité de gestion, a permis que, dans la durée, vivent dans ce local l’École Émancipée et Émancipation, des collectifs de lutte et coordinations de luttes (RESF, non titulaires, AG des établissements d’Ile-de-France…), une librairie coopérative et les éditions Spartacus (l’EDMP ayant elle-même une raison sociale d’éditeur) puis un certain nombre de structures syndicales, d’associations (dont une AMAP, et une université populaire) et des groupes politiques ont pris l’habitude de se réunir au local…

Cette diversité d’activité au service de l’action militante de transformation sociale et émancipatrice a peu d’équivalents ; ce qui entraîne l’admiration et/ou l’adhésion de celles et ceux qui ont l’occasion de la connaître. Malheureusement, ces soutiens ne sont pas assez nombreux. Dans l’espoir de faire mieux connaître l’EDMP et pour donner plus de visibilité au projet, le comité de gestion a considéré que ces activités correspondaient à celle d’une Bourse du travail et propose d’approfondir et de revendiquer cette "filiation".

Pour une "Bourse du Travail du 21e siècle"

Si nous utilisons la référence aux Bourses du Travail, ce n’est pas par rapport à ce que les structures ainsi nommées représentent actuellement (souvent elles se réduisent à des locaux syndicaux), mais par rapport à la réalité qu’elles ont représenté, aux aspirations qu’elles ont concrétisé et qui avaient été à l’origine de leur création.
Au-delà de l’étiquette, c’est la substance qui importe : les Bourses du Travail comme lieux d’un mouvement ouvrier vivant, où prennent place de multiples activités : soutien aux luttes, lieux de culture, de formation, de permanences juridiques, de réunions diverses et variés, d’une vie sociale militante où se croisent de multiples activités… bref des lieux d’éducation populaire, entendue au sens large et où les catégories salarié-e-s, exploité-e-s et dominé-e-s prennent une part active.

Au-delà des différences de contexte social et politique, des formes et conditions différentes de militantisme aujourd’hui, c’est la mise en place de ce type de bourse du travail que nous proposons. À notre échelle, et avec les moyens qui sont les nôtres. Et à partir de propositions concrètes pour faire évoluer l’EDMP actuelle.
Ce projet, qui renforce le projet coopératif initial de l’EDMP à la fin des années 70, se propose outre les activités syndicales et de collectifs de luttes, de renforcer les aspects éducation populaire et coopération / mutualisation.

Éducation populaire

L’EDMP doit pouvoir renforcer son rôle de pôle d’éducation populaire multiforme. Cela pourrait se concrétiser de plusieurs façons :

- en étant le lieu où prennent place des structures de type université populaire, comme cela a d’ailleurs été amorcé avec l’Université Conventionnelle.

- en valorisant et en développant le rôle de la librairie coopérative - dont il nous faut relancer les activités qui permettront également de retisser des liens avec les coopérateurs/trices et les structures en province.

- en relançant les possibilités d’activité d’édition de l’EDMP.

- en développant des activités de formation au sens large : formation de type péri-scolaire sous toutes ses formes (exemple : activités de soutien scolaire, d’alphabétisation...) ; formation d’adultes y compris éventuellement avec une dimension professionnelle (nous pensons particulièrement à l’enseignement, où l’actuelle destruction de la formation initiale, et également continue peut provoquer un intérêt des jeunes enseignant-e-s pour des formations dans le cadre de l’EDMP) ; présentation et diffusion de formes d’activités pédagogiques innovantes ; formation syndicale...

- par le développement d’activités sociales alternatives diverses, comme c’est le cas actuellement pour l’AMAP du "Trognon de la Nation" (12e arrondissement).

- en confirmant l’ancrage pour les mouvements sociaux, comme c’est déjà le cas avec RESF.

Il ne suffit cependant pas d’afficher un catalogue de bonnes intentions, encore faut-il les concrétiser dans notre fonctionnement quotidien. Voici donc le second pilier que nous proposons pour donner un nouveau départ à l’EDMP : la mutualisation.

La mutualisation

Actuellement, la gestion du local repose sur une structure limité en nombre de personnes : le comité de gestion de l’EDMP, issu des coopérateurs Ces coopérateurs pourrait être rejoints par toutes les structures utilisant le local.

Nous proposons de réfléchir concrètement à ce renforcement du comité de gestion selon des modalités qui garantiront la poursuite du projet coopératif et la tenue à distance des visées marchandes.

Concrètement, il s’agirait :

- de mettre en place une prise en charge collective du local, de ses activités et de sa vie sociale, de son entretien. Prise en charge formalisée par un comité de gestion renforcé les différents partenaires, se déchargeant éventuellement de certaines tâches, en rotation, sur les structures qui vivent au local… et surtout

- de faire participer à la vie du local d’autres structures non encore impliquées, et issues du tissu militant de région parisienne.

Si les conditions pour un nouveau départ de l’EDMP sont réunies, le problème financier devrait être réglé par la même occasion.

Nous proposons donc de nous atteler ensemble à cette tâche.

Texte adopté à l’AG de l’EDMP du 24 mars 2102