Brèves féministes (décembre 2013)

samedi 14 décembre 2013
par  Rosine

Une société où les énoncés sexistes, misogynes, homophobes, seraient littéralement imprononçables

Trouvé en feuilletant une grammaire destinée aux enseignantEs (1), l’exemple suivant censé illustrer la fonction complément d’objet : “Gérald bat sa femme”. L’image mentale semblant satisfaire le souci didactique de l’auteur, l’énoncé devient un peu plus loin “Gérald tape sur sa femme” pour exemplifier les constructions indirectes. Le cas pourrait malheureusement sembler banal au vu des millions d’énoncés sexistes qui remplissent les manuels de nombreuses disciplines, y compris celles qui pourraient sembler s’y prêter le moins (2). Ces énoncés misogynes auraient-il été publiés en 2013, quand les pouvoirs publics affichent comme priorité la “lutte contre les violences faites aux femmes” et “contre les stéréotypes sexistes”, notamment à l’école ? Dans un manuel à vocation pédagogique, on peut éventuellement en douter. Expurger les manuels (anciens ou nouveaux) de ce genre d’énoncés, encourager les énoncés égalitaires, semble indispensable. Pour autant, cela ne saurait suffire : sans un changement profond dans les mentalités, de telles mesures ne feraient qu’euphémiser les discours, voire donner bonne conscience au “législateur” — sans éradiquer les rapports de domination, les assignations de places, les rendant au contraire plus insidieuses, et partant, d’autant plus difficile la lutte contre le patriarcat. Un tel changement implique nécessairement une autre société. Lutter pour une société anti-patriarcale, c’est aussi lutter pour une société où les énoncés sexistes, misogynes, homophobes, seraient littéralement absurdes, contrefactuels : culturellement imprononçables.

Emilie Devriendt

(1) Grammaire pour enseigner / 2 . La phrase verbale : les fonctions et les catégories , p. 198-199, Collection "Formation des enseignants", Armand Colin, 1995.

(2) Il existe sur ce point des travaux portant sur les manuels scolaires de mathématiques, par exemple.


Le sexisme, cet autre racisme

À propos des insultes qu’aura reçues Christiane Taubira, on n’aura entendu parler que de racisme. Pourtant, la représentation injurieuse (1) et l’insulte véhiculées sont éminemment sexistes. La "guenon", ce n’est pas seulement une espèce animale supposée inférieure à l’humain. C’est aussi une insulte sexiste trop courante qu’essuient les femmes, épilées ou non… Imaginerait-on Obama traité de la sorte ? Non et pourtant, les USA ne sont pas en reste question racisme ! En revanche, même traitement en Italie pour la ministre noire Cécile Kyenge, que le vice-président du Sénat a comparée à un "orang-outan", tandis que le député européen de la ligue du Nord M. Borghezio lui trouve "une tête de femme au foyer", et qu’une élue de ce même parti lui a souhaité d’"être violée" (2). Décidément, il est temps que le peuple lucide de gauche, celui qui se bat contre toutes les oppressions, celui qui a le courage de ses opinions et laisse les récupérations pour ce qu’elles sont, se lève contre la barbarie et mette fin à l’inertie mortifère à laquelle trop se prêtent.

Claire Demel

(1) Sur le compte facebook d’A.S. Leclere, candidate du FN à Rethel (Ardennes), un photomontage comparait Mme Taubira à une guenon.

(2) "Cécile Kyenge, ministre italienne en proie à toutes les insultes", Le Monde du 08/11/13.

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