Grèves et manifestations ouvrières en Haïti

À bas les salaires de misère !
vendredi 17 janvier 2014
par  Catherine

Les firmes des puissances impérialistes (États-Unis, Canada, France…) délèguent à la bourgeois compradore d’Haïti, l’organisation de la surexploitation des ouvriers des entreprises de sous-traitance. Profitant de "l’armée de réserve" de chômeurs, les patrons haïtiens maintiennent les salaires au dessous du niveau nécessaire à la seule reproduction de la force de travail. Pour faire régner l’ordre capitaliste, ils font appel à la police nationale épaulée par les troupes de l’ONU (la MINISTA) et au "partenariat social" auquel se soumet la bureaucratie syndicale corrompue.

Les 10, 11 et 12 décembre 2013, des milliers de travailleurs de la zone industrielle de Port-au-Prince ont manifesté, armés de branches d’arbres, pour exiger un salaire minimum journalier de 500 gourdes (10 euros). C’est 15 000 à 20 000 travailleurs dont une majorité de femmes, qui avec "l’appui enthousiaste, fier et encourageant" des riverains des quartiers populaires, se sont rassemblés devant le Parlement pour exiger des parlementaires qu’ils soutiennent leur revendication : la hausse du salaire minimum à 500 gourdes.
Fin novembre dernier, le Conseil supérieur des salaires (CSS), instance de concertation tripartite chargée d’assurer l’augmentation du salaire de tous les secteurs de travail du pays, a suggéré de faire passer de 200 à 225 gourdes le salaire minimum des ouvriers des usines travaillant dans le textile, alors que la loi sur le salaire minimum de 2009 prévoyait sa revalorisation à 300 gourdes en octobre 2013. Depuis plus d’un an écrit Bataille Ouvrière, "les gérants de la sous-traitance ne respectent pas la loi", couverts par tous les gouvernements (1).

À bas les salaires de misère !
À bas les 225 gourdes !
À bas l’oppression du Conseil supérieur !
À bas les syndicats jaunes !

Les ouvriers et ouvrières dénoncent aussi les conditions de travail de ces usines de sous-traitance qui emploient environ 32 000 salariés : ils sont contraints de consommer de l’eau non potable et de travailler sous une chaleur intense.
Le premier jour, la production s’est arrêtée dans la quasi-totalité des entreprises de sous-traitance de la zone industrielle. Face à cette révolte massive, le président du Sénat a été contraint de prendre la parole face à la foule pour appuyer la revendication des 500 gourdes. Le gouverneur de la banque centrale d’Haïti de même que les représentants du patronat n’ont pas caché leur inquiétude. Le ministre des Affaires sociales et du Travail a convoqué en urgence les délégués des centrales syndicales concernées. Mais ces bureaucrates syndicaux n’ont aucune prise sur les événements. La manifestation ouvrière du 11 décembre a du rebrousser chemin pour retourner à la Société nationale des parcs industriels (Sonapi). Des agents de la police avaient mis en place un barrage. Le 12 décembre, les patrons du secteur de l’assemblage, regroupés au sein de l’Association des industries d’Haïti (Adih) ont fermé des usines de sous-traitance de la zone métropolitaine.
Le18 décembre, les ouvrières et ouvriers ont tenté de redémarrer le mouvement devant la Société nationale des Parcs Industriels (Sonapi). Ils voulaient à nouveau se rendre devant le Parlement. Cette manifestation a été dispersée violemment par les agents de la Brigade d’intervention motorisée (Bim). Dans l’usine la police spécialisée s’en est pris à des travailleurs. La répression policière a donné lieu à des arrestations violentes et des blessés parmi les ouvriers. "Nous le savons pertinemment, la police est le bras armé des patrons et de l’Etat. Il y a aucune différence entre l’Etat et les patrons", a déclaré Télémarque Pierre, coordonnateur général du Syndicat des ouvriers du textile et de l’habillement (Sota). Les principaux responsables des comités d’usine ont été de façon arbitraire sanctionnés voire licenciés
À ce jour, un communiqué de Bataille Ouvrière annonce que la lutte continue.

19 décembre 2013

Hélène Bertrand

(1) http://batayouvriye.wordpress.com/


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