Un mois dans le monde

samedi 26 janvier 2013
par  Catherine

Mandela

Les vautours amnésiques se précipitent à ses obsèques : Hollande, Sarkozy ("tiens, l’homme africain est rentré dans l’histoire ?"), Bush… Il s’agit de faire oublier que, jusqu’au changement de régime en Afrique du Sud, les dirigeants occidentaux considéraient l’ANC comme un groupe terroriste et condamnaient le recours à la lutte armée que Mandela a prônée et pratiquée. Pour la France, la vérité sur le rôle des services secrets français dans l’assassinat de Dulcie September ne sera jamais révélée.
Quelques années avant sa libération, Mandela avait été approché dans sa prison. On lui avait proposé l’indépendance de trois bantoustans, leur admission à l’ONU et la présidence du Transkeï. Mandela avait refusé, posant trois conditions non négociables : la reconnaissance du caractère criminel de l’apartheid, l’Afrique du Sud une et indivisible, une personne = une voix. Il n’avait rien exigé sur la question sociale et là, l’échec est patent. 20 ans après la fin de l’apartheid, les inégalités se creusent. Plus de 50% de la population vit sous le seuil de pauvreté. L’ANC est devenu un parti clientéliste dirigé par la nouvelle bourgeoisie noire à l’image de Cyril Ramaphosa, ancien dirigeant du syndicat des mineurs devenu un des capitalistes les plus rapaces du pays. La fusillade de Marikana a montré cette évolution tragique où les guérilleros d’hier font régner aujourd’hui l’ordre patronal. Les violences contre les femmes, contre les immigré-e-s, contre les pauvres n’ont jamais cessé alors que le pays se remplit de villes fortifiées réservées aux riches et gardées par des miradors.
Cette évolution montre que si l’extraordinaire lutte anti-apartheid était un préalable, sans lutte anticapitaliste, elle ne permet pas à un peuple de se libérer complètement.
Mandela aura su se retirer après cinq ans de présidence. Quand on voit comment son voisin Mugabe s’est transformé en dictateur, on ne peut qu’être admiratif.
Et puis, les dirigeant-e-s occidentaux/ales venuEs se blanchir aux obsèques de Mandela, oublient ce qu’il a toujours dit sur la Palestine : "Nous savons très bien que notre liberté est incomplète sans celle des Palestiniens". C’est en Afrique du Sud que le Tribunal Russell a estimé que l’État d’Israël était coupable du crime d’apartheid. Faisons nôtre la déclaration que vient de faire Marwan Barghouti depuis sa prison : "L’apartheid n’a pas survécu en Afrique du Sud, il ne survivra pas en Palestine".

Sotchi

Les grandes compétitions sportives sont devenues la forme la plus achevée du capitalisme mondialisé. Le Qatar a acheté la coupe du monde de football, il était logique que le grand maître de Gazprom achète les Jeux Olympiques d’hiver.
Le FSB a mis le paquet pour mettre au pas tou-te-s les opposant-e-s. face aux menaces de boycott. Hollande a expliqué "qu’il ne faut pas donner de leçons à la Russie et résumer la relation franco-russe à la question des droits de l’homme". Effectivement, on pourrait aussi parler écologie. Par manque de neige, ces jeux seront les jeux d’hiver les plus chers de l’histoire. Sotchi a été bétonné ainsi que les rives de la Mer Noire sur plusieurs kilomètres. On pourrait parler des lois homophobes russes qui "préoccupent" nos dirigeant-e-s occidentaux/ales. Ou des guerres sanglantes en Tchétchénie, au Daguestan, en Ossétie à quelques pas de nos grand-e-s sportifs/ves. Ah, la glorieuse incertitude du fric !

Ukraine

Le pays est au bord de la banqueroute. Et la population est divisée entre ceux/celles qui veulent livrer le pays pieds et poings liés à l’Union Européenne et ceux/celles qui veulent le livrer à Poutine. Apparemment, ce dernier a mis plus d’argent sur la table. Et l’exemple de la situation économique de la Roumanie ou de la Bulgarie ne rend pas vraiment l’attrait de l’Europe irrésistible.
On peut s’interroger sur la spontanéité des grandes manifestations à Kiev qui protestent contre la rupture des négociations avec l’Europe. Elles rappellent la "révolution orange" dont on sait maintenant qu’elle avait été en grande partie manipulée.

Centrafrique

Après la Côte d’Ivoire, la Libye, le Mali et l’Afghanistan, notre glorieuse armée, qui vient de perdre un de ses maîtres à penser (le général Aussaresses), vient donc ramener "la paix et la sécurité" en Centrafrique. Dans ce pays qui est un des plus pauvres du monde, les oukases du FMI et de la banque mondiale ont liquidé ce qu’il restait d’État. Alors les présidents sont des chefs de clan et de milice. Ils pillent les ressources en redistribuant le fruit de leur pillage à leurs hommes de main. Gros dilemme pour Hollande : quand l’ordre de la Françafrique aura été rétabli, à qui donner le pouvoir ? L’ancien et le nouveau président sont désormais des complices de génocidaires.

Pierre Stambul


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