Brèves Féministes

jeudi 23 janvier 2014
par  Catherine

Où sont les rockeuses ?

Un ami me contait récemment sa déconfiture à la suite d’une émission sur les groupes de rock féminins : "Les questions tournaient toutes autour de : « pourquoi pensez-vous qu’il y ait si peu de femmes dans le rock ? » et autres stupidités. C’est pourtant simple, seuls les hommes sont capables d’endurer les tournées, manger n’importe comment, dormir n’importe où, dans de telles conditions…". Au-delà de l’expéditive justification digne du plus simple des clichés, mon ami, qui aurait préféré qu’on parle de la qualité de la musique des groupes présentés, ne voit surtout pas l’intérêt de soulever cette question. Et ce faisant, comme beaucoup, il ne fait qu’obéir à la force de l’habitude qui perpétue la domination masculine, tout en ignorant celle-ci. Bien entendu, il faut compter aussi avec la passivité des artistes elles-mêmes, directement liée à l’autocensure consécutive aux refus et réflexions machistes qu’elles doivent essuyer sur leur chemin. Le rapport de Reine Prat (2009) a montré tout cela. D’autres constats peuvent être faits : seuls 29% des spectacles diffusés sont mis en scène par des femmes (saison 2011-2012) ; seuls 8% des centres dramatiques nationaux et régionaux sont dirigés par des femmes, seuls 14% des postes d’encadrement supérieur des orchestres sont occupés par des femmes… Sans doute la vie y est-elle aussi dure que dans les tournées.

Veil, Cresson, Duflot, Massonneau, Taubira…

On voudrait croire qu’il s’agit d’une liste de femmes politiques célèbres. Tristement : injures et attaques personnelles pour la première quand elle défend la loi dépénalisant l’avortement (1974). "Est-ce qu’elle a une culotte en dessous ?", s’entend dire la seconde lors de son discours de politique générale (1991). La troisième, ministre du logement, va s’exprimer quand des sifflets mâles retentissent à la vue de sa robe fleurie (17 juillet 2012) ; elle sera aussi raillée pour son jean au premier Conseil des ministres. La quatrième, députée verte, aura droit à des caquètements de la part de l’UMP Philippe Le Ray lors de son intervention (9 octobre 2013). La dernière n’a pas été attaquée dans l’hémicycle, mais les insultes sans aucun doute sexistes dont elle a été victime ne font que répéter celles publiées sur le blog d’une candidate du FN (1). C’est vrai qu’être éluE donne droit à une im/p/unité large... Les injures à caractère sexistes sont-elles donc vraiment passibles de sanction ? C’est encore à démontrer en 2014.

(1) voir les Chroniques des sexismes ordinaires de notre précédent numéro.

Paris, Kaboul : tous les pays sont concernés

2013 s’achève, et les droits des femmes ont un nom en Afghanistan : Sahar Gul. Vendue en mariage à 12 ans, séquestrée et torturée pour avoir résisté à la volonté de sa belle-famille de la prostituer, elle a 15 ans quand elle dépose un recours devant la Cour suprême, qui lui donne raison le 9 octobre dernier. Un jugement historique, pour la première fois en faveur d’une victime de violences domestiques. Sept femmes sur dix dans le monde sont victimes de violences – viols, mutilations génitales, mariages forcés… En France, une femme est tuée tous les 2,5 jours sous les coups de son conjoint ; une femme est violée toutes les 7minutes. Les droits des femmes restent plus que jamais à défendre, ici comme ailleurs.
Pour soutenir Sahar Gul : signer la pétition lancée par son avocate sur change.org
En France, des outils : Violence femmes info : 3919 (appel anonyme et gratuit) ; http://www.stop-violences-femmes.gouv.fr/

Claire Demel