Une des missions des CPE : « l’animation »

mardi 6 mai 2014
par  Catherine

Bien souvent, la/le CPE est cantonnéE dans sa mission sécuritaire, parfois elle/il arrive à s’impliquer dans sa mission de suivi des élèves et trop rarement elle/il peut également assurer sa troisième et dernière mission l’animation. Dernière car c’est non seulement celle qu’elle/il est contraintE de négliger mais aussi car elle figure en dernière position dans la célèbre circulaire de missions de 1982.

Dans cette « dernière mission » l’activité que nous exerçons le plus souvent (c’est même très souvent la seule), c’est la formation des déléguéEs élèves, en effet, elle est obligatoire, il est donc plus aisé de « l’imposer » aux chefs d’établissement.

La formation des déléguéEs élèves

Elle me semble réellement importante, ce qui n’est pas le cas pour touTEs mes collègues, son efficacité en terme d’éveil à la citoyenneté et de sensibilisation à la démocratie étant décrié, c’est à nous de faire vivre cette « entrée en démocratie », même si pour cela nos nous devons nous heurter aux chefs et aux collègues enseignantEs. Outre cet objectif, cette formation nous permet de créer un lien, débarrassé de toute connotation disciplinaire avec des élèves. Elle nous permet également de rencontrer des jeunes que nous ne verrions jamais, les élèves que nous rencontrons le plus souvent étant celles et ceux qui ont des problèmes, surtout de discipline. Cette mise en place de lien aboutit souvent à la révélation de situations plus ou moins graves, car la vision du CPE est très largement modifiée et élargie lors de ces moments de formation.
Il nous arrive également de co-intervenir dans des classes notamment avec l’infirmière et l’assistante sociale sur des actions de prévention.

Un parrainage d’élèves

Mais nous pouvons également être initiatrices/teurs d’autres actions collectives au service des élèves. Je prendrais pour exemple celle que je viens de mettre en place et qui consiste en un parrainage des élèves de 6ème par des élèves de 3èmes, touTEs volontaires.
Cette action est née du constat fait par l’infirmière, qui en intervenant sur les classes de 6ème dans le cadre d’une action contre le harcèlement s’est rendu compte que les « petitEs » se plaignaient d’être régulièrement victime de violences verbales et physiques de la part des « grandEs ».
J’ai donc décidé de faire le tour des classes de 3èmes pour évoquer avec eux ce phénomène.
J’ai entendu nombre d’élèves trouver ça normal car elles/eux-mêmes l’avaient vécu, certainEs s’offusquant de la réaction de 6èmes se « rebellant ». Enfin une élève a proposé cette opération de parrainage, entraînant des réactions positives au sein de sa classe.

Dans un second temps j’ai convoqué les déléguéEs de 3èmes et 6èmes pour leur exposer le projet et leur demander de faire une liste des élèves volontaires pour y participer.

Puis une réunion de touTEs (environ 150) fut organisée pour que les élèves se rencontrent et se choisissent. La principale du collège les a reçuEs pour mettre en place concrètement l’action. Il est évident que sans l’appui du chef d’établissement, cette action n’aurait pas été possible.

Si ça marche, nous envisageons de reconduire ce parrainage l’an prochain, mais dès le début de l’année avec pourquoi pas un temps de rencontre 6èmes / 3èmes le jour de la rentrée. Cette modalité m’ayant été suggérée par un collègue ayant déjà mis en place ce dispositif.

Casser l’image répressive du/de la CPE

Cette mission d’animation est particulièrement importante car elle permet de casser l’image purement répressive du CPE, image à laquelle nombre de chefs d’établissement voudraient nous cantonner. Elle autorise un autre type de rapport aux élèves qui facilite les contacts et améliore le climat de l’établissement. Elle n’est pas seulement agréable, elle est aussi réellement efficace, mais elle est chronophage, et c’est celle que nous sacrifions le plus souvent. Ses résultats ne sont visibles qu’à moyen ou long terme et compte tenu du manque de plus en plus criant de personnel dans les vies scolaires, nous gérons l’urgence quand nous ne sommes pas obligéEs de pallier au manque d’AED en nous transformant « en « super surveillantE ». De plus il est à noter que de nombreux chefs d’établissement voudraient voir revenir les surveillants généraux et voudraient donc nous cantonner à des tâches purement répressives et de surveillance, ils voudraient faire de nous des gendarmes scolaires. Outre un changement de mentalités (des critères de recrutement ?) des personnels de direction, la réalisation sereine de notre mission d’animation ne pourra se faire qu’avec un recrutement massif de surveillantEs (je ne dis pas AED, car je reste fermement attachée au retour des MI-SE) et de CPE. Plus d’adultes permet un apaisement du climat par le seul fait de leur présence mais aussi par la possibilité de mener des actions qui se voient moins et qui s’appréhendent à plus long terme. Mais pour les réaliser, il faut quitter le terrain et donc il est indispensable que la présence d’autres adultes soit suffisante.

Catherine Laurenti