La répression des insoumis en Grèce

dimanche 11 mai 2014
par  Catherine

L’insoumission en Grèce a toujours été durement réprimée. Avec la crise actuelle, cette répression prend de nouvelles formes, qui visent à emprisonner les objecteurs de conscience pour dette.

Cette dernière année, tout ceux qui refusent se présenter à l’appel de l’armée, se retrouvent en face d’une répression de plus en plus sévère d’autant plus qu’ils décident de soutenir ce choix en public.
Les nouveaux éléments qui viennent s’ajouter aux persécutions déjà connues, sont les adductions obligatoires, le ciblage de certaines personnes et le harcèlement constant dans les lieux quotidiens et sur les lieux de travail.

De l’asphyxie financière …

Mais le changement le plus important est l’amende qui vient s’ajouter comme punition contre ceux qui choisissent d’être objecteurs de conscience, ou encore pire, ceux qui choisissent de refuser totalement l’armée et le militarisme en général. Il y a maintenant trois ans que cette nouvelle mesure sévit : il s’agit d’une amende de 6000€ pour chaque “insubordonné” (terminologie juridique officielle).
Cette somme d’argent doit être payée aux impôts sinon l’insubordonné est persécuté comme quelqu’un qui a des dettes envers l’État ou le public, avec tous les inconvénients que cela comporte. En plus, tous les mois, 1% de taux d’intérêt vient s’ajouter à la somme initiale.
Il s’agit donc d’un chantage économique fait par l’État néolibéral et intolérant, pour punir ceux qui refusent le militarisme et lui doivent de l’argent et dans le même temps, paralyser préventivement tous les autres.

… à l’emprisonnement

La loi N3943/2011 prévoit que les débiteurs envers le public qui dépassent les dettes s’élevant à 5000€ sont poursuivis en justice. Les insubordonnés font donc face à une peine de prison (due aux dettes cette fois) mais aussi à une saisie sur leurs comptes bancaires ou sur leurs propriétés. Même si la somme de 6000€ parvient à être payée, les insubordonnés sont toujours obligés de se présenter au service militaire et de l’accomplir comme il est prévu.
Tout cela provoque une “asphyxie économique” à tous les insubordonnés qui refusent l’armée (y compris le service alternatif). C’est pour ces raisons que l’on décide maintenant - plus que jamais - d’informer tout le monde sur la situation qui existe en Grèce. Pour que tous ceux qui sont contre l’armée puissent rejoindre cette lutte. Il est nécessaire de se s’organiser collectivement et d’agir de façon politique et solidaire contre cette politique inhumaine et militariste.

La répression des insoumis dans les années 1980

Le service militaire est obligatoire en Grèce depuis 1911, sous le gouvernement de Eleftherios Venizelos. Les premiers objecteurs de conscience font leur apparition dans la dizaine d’années qui suit. Depuis, et jusqu’au début des années 80, le renoncement du service militaire était un monopole qui appartenait aux Témoins de Jehovah.
En 1977, suite à un Rapport de Recommandation du Conseil de l’Europe sur les objecteurs de conscience militaires, une loi qui reconnaissant partiellement les objecteurs de certaines convictions religieuses, est votée. Celle – ci les oblige à accomplir un service militaire de 4 ans, non armé ou bien de subir une peine de 5 ans d’emprisonnement dans une prison militaire.
Durant les années 80, les premiers objecteurs politiques – idéologiques apparaissent. En 1986 Mihalis Maragakis suivi de Thanasis Makris, sont les premiers qui annoncent au public leur renoncement au service, militaire pour des raisons politiques. La grève de la faim de ces deux, l’oppression des solidaires et les nombreux renoncements qui suivront, contribuent en 1988, à l’extension de la Loi de 1977.

De nouvelles formes de répression

Le mouvement qui se forme les années qui suivent, réussira à faire reconnaitre les objecteurs militaires de conviction politique et/ou idéologiques avec la nouvelle Loi de 1997. Celle – ci établit une sorte de service sociale impayé, qui est considéré comme une alternative au service militaire, mais qui dure 18 mois de plus. Le terme “objecteur absolut ou objecteur total”, fait son apparition et caractérise ceux qui renoncent également au service alternatif.
À partir des années 2000, la répression de l’insoumission change de forme : de crime elle devient délit et l’État désormais sanctionne avec des amendes très élevées, des tribunaux fatiguants et des obstacles institutionnels.
Les faits décrits ci-dessus, se sont multipliés durant les années 80. Des milliers de renonceurs ont été emprisonnés et torturés. Des organisations internationales et européennes, qui protègent les droits de l’homme, ont condamné à plusieurs reprises la Grèce et sa politique en ce qui concerne les objecteurs de conscience.

Nathalie