Un mois dans le monde

mercredi 21 mai 2014
par  Catherine

Turquie

Malgré des manifestations gigantesques contre sa mainmise sur le pays et son autoritarisme, malgré une corruption avérée et dénoncée, preuves à l’appui, malgré la radicalisation d’une partie de la société décidée à obtenir sa chute, le régime « islamo-conservateur » d’Erdögan est loin d’avoir perdu son appui populaire. Il a certes légèrement baissé lors des élections municipales turques, mais l’opposition « laïque » n’a pas réussi à lui reprendre les principales villes du pays (en particulier Istanbul et Ankara). La seule vraie défaite de l’AKP a eu lieu dans les régions kurdes où le parti lié au PKK, malgré une répression impitoyable, confirme et amplifie son hégémonie. Erdögan vient de prendre une initiative qu’aucunE dirigeantE « laïque », militaire ou civilE, n’avait jamais osée : envoyer des condoléances au peuple arménien pour le 99e anniversaire du génocide de 1915. Le mot « génocide » n’est pas encore prononcé, mais on n’en est plus loin.

Hongrie

Ce pays a toujours été une espèce de laboratoire d’une « autre » Europe. À l’époque où l’Europe de l’Est était, paraît-il, « communiste », on y avait expérimenté des privatisations partielles et une cohabitation secteur privé-secteur public. Depuis la chute du mur, des dirigeants que l’opinion a identifiés comme « ex-communistes » et « juifs » ont imposé au pays les thérapies de choc du FMI : privatisations, austérité, ultralibéralisme. Résultat, la Hongrie renoue avec la pire période de son histoire : le régime autoritaire de Victor Orban a la totalité des pouvoirs grâce à sa réélection écrasante. Il peut se présenter comme « centriste » parce que son opposition « de droite » (Le Jobbik, un parti ouvertement fasciste) est aussi forte que l’opposition dite « socialiste ». Il peut ainsi se permettre des dérapages racistes (centre les Roms et les Juifs), une confiscation des médias et une opposition de façade contre les diktats de la Commission européenne.

Autriche

En régime capitaliste, le sport national qui consiste à privatiser les gains et socialiser les pertes se doit d’être en perpétuel renouvellement. En Autriche, la banque Hypo Adria avait déjà perdu au grand monopoly de l’affairisme en 2009 et l’Etat l’avait sauvée. Dès que sa caisse a été sécurisée, la banque a bien sûr récidivé. Comment trouver 15 milliards d’euros pour renflouer à nouveau l’appétit de ses dirigeants ? La coalition sociaux-démocrates/droite qui dirige l’Autriche ne manquant pas d’imagination, elle a décidé de les prendre sur le budget de l’Education en augmentant le nombre d’élèves par classe. Damned ! Pourquoi n’y a-t-on pensé plus tôt ?

Rwanda

Alors qu’en Turquie le négationnisme sur le génocide de 1915 commence à se craqueler, le négationnisme français sur le rôle du gouvernement Mitterrand/Balladur dans le génocide rwandais de 1994 a encore de beaux jours devant lui. Les journalistes qui ont vu à l’époque les soldats français empêcher les victimes de monter à bord de camions militaires français ont rêvé. Ceux qui ont enquêté sur l’aide politique, financière et militaire considérable apportée aux génocidaires ont forcément exagéré. Ceux qui ont constaté que l’opération « Turquoise » a essentiellement servi à exfiltrer les dignitaires et à assurer la vie sauve aux massacreurs, se trompent. Alors que le moindre employé du régime rwandais connaissait précisément, dès que le signal a été donné, la liste des gens à éliminer à coup de machettes, comment les conseillers militaires français auraient-ils pu ignorer ce qui allait se passer ? Cette amnésie, caricaturée aujourd’hui par l’indignation d’un Alain Juppé, rappelle bien d’autres négationnismes. Elle a surtout pour fonction de « légitimer » les nouvelles interventions de l’armée française en Afrique.

Brésil

La « noble incertitude du sport » a son prix. L’arrivée de centaines de milliers de touristes étrangers pour le mondial de foot a des conséquences immédiates. L’armée est à l’offensive contre les favelas. « Cachez-moi cette pauvreté que je ne saurais voir » ! Les méthodes utilisées n’ont pas changé depuis l’époque de la dictature (Dilma Roussef, ancienne guérillera serait-elle amnésique ?) : plus de 1000 policiers militaires avec 15 blindés et 4 hélicoptères ont investi le complexe de Maré (130000 hab). Des opérations semblables ont déjà provoqué de nombreux morts et des assassinats camouflés.

Finkielkraut

Après avoir hébergé le maréchal Pétain et les pires fachos, l’Académie Française ne risque plus aucun « déshonneur ». D’ailleurs Finkielkraut aura à prononcer l’éloge funèbre d’un collabo notoire, Félicien Marceau, déchu de sa nationalité belge et condamné par contumace pour antisémitisme et collaboration avérée. Il s’est déjà entraîné à ce genre d’éloge en prenant la défense du lepéniste Renaud Camus avec lequel il partage l’idée que l’hospitalité française pour les immigrés est « excessive ». Finalement Finkielkraut à l’Académie, c’est le complément du FN à la tête de nouvelles municipalités. On vit une époque formidable.

Israël/Palestine

Toute comédie a une fin. Depuis le début du dernier « processus de paix », plus de 14000 logements nouveaux ont été construits et une soixantaine de PalestinienNEs ont été assassinéEs. Ce qui est nouveau, c’est que les dirigeantEs de l’Autorité Palestinienne semblent (enfin) mesurer que leur stratégie est dans l’impasse, qu’Israël ne leur lâchera pas la moindre miette pour redorer un blason bien terni et que l’asphyxie de la Palestine les déconsidère chaque jour un peu plus. Des membres de l’Autorité ont même évoqué une dissolution de cette « entité » et ils accélèrent l’adhésion de la Palestine à diverses institutions internationales.
Le Hamas aussi est dans l’impasse. Est-ce à dire que la nième annonce d’une réconciliation palestinienne aboutira vraiment à un gouvernement d’Union Nationale ? Rien n’est moins sûr. L’accord Fatah-Hamas ne parle pas de la colonisation et la stratégie de ces deux partis continue à être dictée de l’extérieur et non pas de l’intérieur de la société palestinienne.
La riposte israélienne a été immédiate. Les coureurs de Gaza n’ont pas eu le droit d’aller à Bethléem participer au marathon. Bombardements et attaques se sont multipliés. À Gaza, l’armée israélienne tire sur les paysans malgré la « protection » des internationaux/les qui sont sur place. La nuit, les tanks viennent écraser le blé. De l’autre côté de la frontière, les agriculteurs israéliens narguent les Gazaouis car ils disposent à profusion de la bonne eau dont Gaza est privé.
L’armée israélienne s’est livrée à un nouvel acte de piraterie en dynamitant « l’Arche de Gaza », un bateau qui entendait sortir de Gaza avec à son bord les marchandises que les Gazaouis ne peuvent plus exporter.
Nétanyahou et Lieberman ont fini par indisposer John Kerry qui a parlé « d’entrave au processus de paix » et du « risque qu’Israël ne devienne un pays d’apartheid » ( !!). Avant lui, tous les dirigeantEs américainEs insatisfaitEs ont toujours fini par céder face à l’arrogance.
La question du boycott devient centrale en Israël. D’un côté, EDF va installer des panneaux solaires dans le désert du Néguev. De l’autre le grand syndicat des enseignants britanniques vient de se rallier au BDS. Celui-ci est devenu en Israël le premier sujet d’inquiétude des dirigeantEs.

Pierre Stambul


Brèves

7 juillet - RELAXE POUR ELIE DOMOTA !

Message de soutien d’Émancipation à Élie Domota
Le syndicaliste guadeloupéen Élie Domota, (...)

14 février - Réunion publique - Jeudi 23 février à 19h - Alep : un tournant ?

Résistances populaires en Syrie et manœuvres internationales
Réunion publique avec :
Ziad (...)