Brèves Féministes

samedi 24 mai 2014
par  Catherine

La victime est la coupable

Actuellement, j’aide une amie ayant subi des violences : mère de deux fillettes et forte d’un dynamisme acquis au cours de séances organisées auprès du Programme d’Action Sociale (PAS), elle lutte "becs et ongles" pour que le père de ses deux filles ne puisse pas obtenir la garde de ces dernières car il leur a fait subir toutes sortes de violences y compris sexuelles.
La liste des méfaits qui sont reprochés à cette jeune femme est longue : elle s’exprime mal, ne tient pas bien son logis, est immature, a contraint son ex-conjoint à ces deux grossesses ! (sic), ne mange pas de porc (ses origines algériennes seraient-elles une tare ?). Ayant subi expertises contre-expertises, j’en passe et des meilleures, reproche lui a été fait de garder des relations avec une amie qui a elle-même été victime de violences. Ce serait mortifère. Et pourquoi donc refuse-t-elle de régler des dettes occasionnées par monsieur ? Et comment se fait-il qu’elle n’ait pas encore retrouvé du travail : il est sûr que dans le Trégor il suffit de "soulever le sabot d’un cheval" pour en trouver surtout quand on n’a pas de moyen de locomotion et qu’on se trouve dans un "bled" paumé à une dizaine de kilomètres d’une ville avec des commerces. Quand j’vous dis qu’il y a du boulot avant l’égalité.

Isabelle Quinton

Soldissimes

Que découvre-t-on en ce 27 avril sur le site de yahoo France ? Dans les "actualités" qui s’imposent à vous, ce début d’article alléchant : "si elle me quitte, je la tue". Si le choc de la phrase doit attirer l’attention, l’accroche normalise tout à fait celle-ci : "ensemble depuis déjà 22 ans, ce couple phare du cinéma français ne s’aime pas moins passionnément pour autant. Il y a pourtant eu des bas…" En une ligne, le féminicide évoqué est justifié : s’aimer "passionnément". La suite sur le site Yahoo pour elles, puis Puretrend, où il est valorisé comme preuve d’amour. "Amoureux transis, ils ont de quoi faire rêver " annonce l’article, qui enfonce le clou : "pas question que les années les condamnent à la routine. Yvan Attal l’affirme, il est toujours « fou d’amour » pour sa compagne. D’ailleurs, à Marie-Claire, il a fait une confidence choc : « Si elle me quitte, je la tue ». « J’aime bien ce côté passionnel », a répondu Charlotte Gainsbourg dans ELLE. « Je trouve ça super. Personne n’a envie de train-train dans sa vie de couple »". Affligeant. Est-il utile de préciser que dans cette si belle passion commune, elle n’a étrangement jamais envisagé de le tuer s’il la quitte. Encore se doit-elle d’être heureuse puisqu’il est "fier avant d’être jaloux" : "Voir sa femme dénudée à l’écran n’est pas chose aisée. Mais Yvan Attal la laisse faire ses choix". L’espace de liberté accordé est le fruit d’un compromis entre la fierté et la jalousie du mâle, évidemment décideur, possédant et dominant. Le site Puretrend, "site de référence sur la mode et son actualité au services des marques", a pour fond d’écran et sponsor les Galeries Lafayettes. Sa rubrique Stars regorge d’"informations" au paroxysme de la femme-objet : "Les 15 plus beaux décolletés de Clara Morgane", "Kim Kardashian, ses fesses XXL et des robes prêtes à craquer (12 photos)"… Le site n’est qu’un exemple du bain de "littérature" féminine qui nous entoure et dont les femmes sont le segment de marché visé. Son équipe comprend 10 femmes donc la rédactrice en chef, et un homme secrétaire de rédaction. De l’esclavage par les femmes et pour les femmes : soldissime. Tant que les femmes participeront elles-mêmes à la perpétuation du système, tant qu’elles trouveront "super" leur liberté soldée, on pourra toujours parler d’égalité. L’émancipation des femmes sera l’œuvre des femmes elles-mêmes.

Claire Demel


Brèves

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