Brèves Féministes

dimanche 20 avril 2014
par  Catherine

Le Fils est assis à la droite du Père

On se souvient, il y a un an, du défoulement de la droite lors de l’examen au Sénat du projet de loi portant sur le scrutin paritaire dans les départements (17/01/13). La parité ferait des femmes des "potiches", "gadgets", ce à quoi bien entendu, le système machiste inégalitaire ne les condamne pas du tout. "La parité doit-elle être absolue compte tenu de tout ce qu’on entend sur la théorie du genre, le mariage pour tous ?" avait demandé C. Béchu (UMP). Un an après, nous y voilà. Après la fronde contre le mariage pour touTEs, le Fils est toujours fidèlement assis à droite du Père. On y défend le patriarcat bec et ongles : il ne s’agirait pas que l’égalité devienne réelle. Tant que la notion de genre était cantonnée au monde de la recherche, pas de vraies levées de bouclier. Le feu ouvert sur les dispositifs expérimentaux ABCD dans certains établissements (1), avec un appel à la désertion des écoles à l’aide d’une vraie cabale contre l’éducation sexuelle, montre l’importance des avancées en cours. Quand cela dérange, c’est qu’on touche juste (ainsi en est-il des féminisations des textes qu’on va violemment décrier - tout en clamant que c’est un combat anecdotique). Enfin, la déconstruction du sexisme est à l’œuvre, enfin, les écoles commencent à ne plus transmettre les stéréotypes genrés qui asservissent les femmes. Et, diable, voici que le progrès attaque de tous côtés : le changement des mentalités se fait sentir jusque dans les livres. Qu’à cela ne tienne, les mouvances autour de Farida Belghoul (meneuse du boycott scolaire) et du Printemps français y poursuivent leur guerre, jusqu’au ridicule : le titre le plus hué, Papa porte une robe, n’est plus disponible en librairie depuis des années… Tout irait bien si l’institution tenait le cap face à ces lobbys droitiers. Sans caner vraiment, beaucoup d’actions en milieu scolaire ont été annulées pour calmer le jeu. D’où la nécessité de s’engager dans la bataille, dont l’enjeu est tout sauf infime, et de relayer des initiatives comme celle du collectif "Genre, recherche, éducation : la bonne rencontre", qui ont lancé sur le sujet une pétition nationale (2).

(1) voir la Chronique des sexismes ordinaires de notre revue n°1, sept. 2013
(2) A signer sur http://petitionpublique.fr/PeticaoVer.aspx?pi=P2014N45876

Et pourtant, elle tourne !

La réalisatrice Eléonore Pourriat ne revient pas du buzz que connaît son court-métrage en ligne, Majorité opprimée, pourtant déjà ancien (2010). Elle y décrit une société où les rapports de sexe se sont inversés. C’est le sous-titrage en anglais qui a déclenché l’engouement, mais aussi, en France, la période où s’invitent nombre de débats sur l’égalité, et avec l’abandon dans la loi de la notion de "détresse" pour les femmes ayant recours à l’IVG (vote du 28 janvier). Cela non sans polémique, à l’heure où l’Espagne se dirige vers une régression historique du droit à l’avortement, et même si les soutiens à ce droit ont été nombreux lors des manifestations du 1er février. La vigilance reste de mise, et la lutte pour de nouveaux acquis égalitaires, d’actualité... Ce film, c’est l’occasion de mettre à jour l’une des multiples facettes, jusque-là trop ignorée, de l’oppression sexiste : le harcèlement de rue. Sa médiatisation aidera sans doute à la prise de conscience, comme la mort dramatique de Marie Trintignant pour les violences conjugales, et malgré les récupérations possibles autour du foulard. Sur le sujet, le clip en ligne de la chanson Crawling on the ground, d’Anita Drake, qui utilise le même procédé d’inversion des sexes, est vraiment plus percutant. Dénoncer, c’est le premier pas.

Claire Demel