Brèves féministes (juin 2014)

dimanche 22 juin 2014
par  Rosine

Parce que c’est aussi une forme de haine…

Au risque de paraître bégueule...

… l’utilisation du mot « putain » tous les trois mots me crispe au plus haut point. On me répondra que c’est la traduction de « gast » son pendant breton. Voilà, ça m’fait une belle jambe !

Malgré le discours qui consiste en « Mais non, ce n’est pas sexiste, c’est juste que ça a remplacé le mot m..... qui n’est plus tendance », je continue à penser que l’utilisation normalisée de ce terme est significatif de la place qui est réservée aux femmes. Quand je suis de bonne humeur, je rétorque « Non, purée je préfère », souvent hélas je laisse glisser sur moi cet affront qui de toute façon est multiplié par toutes les pubs sexistes et autres attaques en règle de la gentE féminine.

Ce qui m’effare le plus, c’est l’indifférence des femmes (je n’ose même pas écrire de la plupart) par rapport aux« costumes qui leur sont taillés » à longueur de temps. Il est vrai que les journées de 24 heures ne suffisent pas à essayer de diminuer ce phénomène voire à l’éradiquer (mais là c’est carrément de l’utopie). On dit que « l’espoir fait vivre », là il en faut une bonne dose.

Isabelle Quinton

Embrassez qui vous voudrez ?

On commente souvent les variations inter-régionales relatives à ce rituel social français qu’est la bise : “C’est combien chez vous ? Deux ? Ah oui, nous c’est trois (quatre). J’oublie toujours”. On retrouve cette rengaine dans un film récent, Pas son genre (L.Belvaux), où elle est bien davantage qu’un stéréotype. Rythmant d’abord les différentes étapes de la construction d’une relation amoureuse (entre une coiffeuse arrageoise et un intellectuel parisien), elle finit par signifier la dimension de classe qui est au cœur du propos, articulée à la dimension de sexe. Ainsi, dans une scène clé du film, le couple rencontre inopinément une collègue du professeur parisien accompagnée de son mari avocat. Physiquement et symboliquement exclue des salutations, la jeune femme va prendre l’initiative de “faire la bise” à la seule collègue, s’excusant là encore de ne pas savoir combien – mais le geste n’a alors plus rien de trivial : il fait résonner l’assignation du personnage à une place sociale subalterne par le groupe qui l’a exclue – comme prolétaire supposée inculte, et comme (jeune) femme. Plus significative que les variations régionales de ce rituel, il est une norme, sexiste, qui n’est que rarement remise en cause dans la vie quotidienne, en France du moins, beaucoup l’ayant intériorisée : pour un homme, serrer la main aux hommes qu’on ne connaît pas, mais aux femmes, faire la bise. Pour une femme, faire la bise aux femmes comme aux hommes. Dans les interactions quotidiennes, la bise “spontanée” assigne les femmes (et les jeunes enfants) à une familiarité physique comme allant de soi, à une éternelle minorité. Encore une pratique sexiste à interroger, et à éradiquer…

Et si pour changer, on militait ?

Promenade à Paris. D’un côté, la Seine, de l’autre, les seuls gros poissons sur les panneaux électoraux, côtoyant d’autres vides. Les féministes pour une Europe solidaire n’auront pas droit au chapitre, et comme beaucoup d’autres, ne figureront pas dans le matériel de vote adressé le jeudi pour le dimanche. Qui saura qu’elles existent ? Qui imprimera son propre bulletin aux dimensions adéquates ? Dans cette mascarade électorale, l’initiative pour les droits des femmes, courageuse, rejoint le combat contre leur invisibilité ordinaire. Un combat à mener chaque jour dans un système où l’égalité des droits reste à conquérir.

Claire Demel