Brèves féministes (avril 2014)

mardi 22 avril 2014
par  Rosine

Parce que c’est aussi une forme de haine…

Entrez dans la ronde… embrassez qui vous voulez

Je suis férue de danse : j’avoue que j’écrème les festou (bals bretons) dès que je le peux. Mais il y a un hic : la danse bretonne est une danse très hiérarchisée, les costumes bretons en sont une des preuves flagrantes. La beauté des costumes était fonction de la richesse de la personne le possédant. Outre cette hiérarchie sociale, une autre hiérarchie cette fois-ci d’ordre sexiste est très prégnante. Les femmes peuvent danser en couple faute de "danseurs" mais il est hors de question qu’il en soit de même pour les hommes. Dans les rondes une femme ne peut pas mener la danse et dans les chaînes, deux hommes ne peuvent pas se donner la main. Et quand on se salue, ces messieurs ne se font pas la bise parce qu’autrement on pourrait douter de leur virilité !

Isabelle Quinton

La domination à la racine des relations

Tous ces petits jeux de pouvoir exaspérants dans l’écrasante majorité des relations, est-ce que je l’appelle ? Est-ce que je lui dis que je l’aime, ou est-ce que je la joue indifférente ? Difficile à avoir, ou bien douce et aimante ? sont les marqueurs d’une société machiste conjuguée au libéralisme. Machiste, d’abord, où l’on retrouve la construction des identités genrées. Les hommes y ont intériorisé et pratiqué un discours de l’autonomie qui exerce une forme de violence symbolique sur les femmes, dont la définition sociale n’est pas fondée sur l’autonomie mais sur l’attention qu’elles portent aux autres (le "care"). Résultat : une fabrique ubuesque de Dom Juan, les hommes ne pouvant être intéressés par une femme qu’à la condition qu’elle se montre distante ou qu’elle leur refuse quelque chose ; tout se passe comme si l’homme avait besoin de se prouver à lui-même qu’il peut la vaincre, encore et encore. Et un casse-tête pour les femmes, confrontées aux impératifs contradictoires d’être aimante (construction genrée) et détachée, sans compter la frustration affective : si une femme exprime le fait qu’elle est en besoin de quelque chose ou son désir de proximité, malheur à elle ! Libérale, cette société a construit un modèle d’échange où l’indisponibilité fonctionne comme un signal de la valeur du moi, soumise comme le reste à un calcul économique. Les femmes doivent s’y comporter en acteurs économiques rationnels : leurs demandes doivent correspondre à l’offre, et inversement. Dans ce calcul économique, le moi peut se déprécier en reconnaissant (en aimant) "trop" l’autre. Les femmes qui "aiment trop" sont coupables de refuser le calcul économique qui devrait gouverner leurs relations, de refuser de les envisager comme un échange régulé par un marché de type libéral… À quand la coopération pour l’émancipation de touTEs ? Comme l’écrivait déjà Benoîte Groult en 1975 (décidément, ça n’avance pas vite !) dans Ainsi soit-elle  : "la fierté de l’un ne se construit pas sur l’abaissement de l’autre. Cette sinistre habitude de pensée a été la plus grande cause des malheurs que les hommes et les femmes ont trouvés à vivre ensemble. C’est plus qu’une faute : c’est un mauvais calcul. (…) Pendant combien d’années encore les mâles feront-ils passer leur sécurité conjugale (…) avant la belle inquiétude d’une liberté partagée ? Pendant combien d’années encore se croiront-ils obligés de bâtir leur personnalité sur l’écrasement d’une autre personnalité et seront-ils longtemps encore atteints de cette infirmité d’esprit qui mutile aussi le cœur ?"

Claire Demel