Un épisode occulté : la Commune de Paris

Un épisode occulté : la Commune de Paris

Dossier

Nous ne nous étendrons pas ici sur l’ensemble de l’œuvre et de la portée de la Commune de Paris. Elle constitue une étape majeure : la séparation des Églises et de l’État est réalisée sans ambiguïté et en totalité, par un décret du 03 avril 1871.

Ce décret bref, simple et clair, peut être reproduit ici :

LA COMMUNE DE PARIS

Considérant que le premier des principes de la République française est la liberté ;

Considérant que la liberté de conscience est la première des libertés ;

Considérant que le budget des cultes est contraire au principe, puisqu’il impose aux citoyens contre leur propre foi ;

Considérant, en fait, que le clergé a été le complice des crimes de la monarchie contre la liberté ;

Art. 1 : L’Église est séparée de l’État.

Art. 2 : Le budget des cultes est supprimé.

Art. 3 : Les biens dits de mainmorte appartenant aux congrégations religieuses, meubles et immeubles, sont déclarés propriété nationale.

Art. 4 : Une enquête sera faite immédiatement sur ces biens, pour en constater la nature et les mettre à la disposition de la nation.

La grande peur des possédants

Pourtant voici un épisode occulté, personne n’y fait allusion en 1905. Ce relatif oubli procède d’une volonté plus générale d’occultation par l’État (et du coup l’institution scolaire) d’un épisode révolutionnaire : la laïcisation opérée par la Commune n’est pas une avancée démocratique dans un État capitaliste, mais un aspect dans le cadre de la destruction même de l’État capitaliste. Ce dont ni bien entendu l’Église, ni aussi la bourgeoisie républicaine, même laïque et anticléricale, ne veulent entendre parler.

Relevons ici seulement deux éléments. Tout d’abord, la laïcisation opérée par la Commune ne procède pas d’une influence idéologique de la bourgeoisie républicaine (1), mais d’une logique de classe. Elle accompagne l’anticapitalisme et l’hostilité à l’Église en tant que telle : elle est à juste titre perçue dans les milieux populaires comme associée à l’exploitation capitaliste, comme un de ses meilleurs agents idéologiques. Édouard Vaillant, dirigeant socialiste important en 1905, issu du courant “blanquiste” fortement imprégné par la culture de la Commune… le dira d’ailleurs sans détours : la séparation est une étape dans le cadre d’une lutte anticapitaliste.

Comme une graine plantée dans le sol, qui végète l’hiver, et s’épanouit le printemps venu, l’action visionnaire de la Commune ne sera pas sans lendemain : la lutte de classes ne produit pas forcément des résultats immédiats, mais les militant·es travaillent aussi pour le futur. Relevons par exemple que la commission parlementaire qui élabore la loi de Séparation de 1905 est présidée par Ferdinand Buisson : certes absent de France lors de la Commune en 1871, il n’en est pas moins membre de l’Internationale et collaborateur de Paul Robin…

(1) Rappelons par ailleurs que la coupure idéologique et politique entre les républicains progressistes et les différentes variétés de socialisme, n’était pas encore totalement effectuée.

(2) Il semblerait que l’ancien communard Édouard Vaillant est par ailleurs un des auteurs du décret de la Commune

La Séparation vue par un socialiste révolutionnaire

(intervention d’Édouard Vaillant dans les débats parlementaires en 1905)

À mesure que la société se transformait par le fait même du développement économique auquel la révolution avait ouvert la voie, se développait l’antagonisme ouvrier et capitaliste et avec lui l’opposition de la classe ouvrière à l’État et à l’Église. Au fur et à mesure de son développement, le prolétariat rencontrait sur son chemin la combinaison des efforts de l’État et de l’Église. La démocratie socialiste s’opposait à la fois à l’État et à l’Église et comme l’Église avait toujours secondé dans les moments critiques avec ardeur les forces de la réaction jusque dans les massacres populaires, l’Église devenait de plus en plus détestée. De plus en plus les sentiments de la démocratie sociale prenaient un caractère anticlérical, de plus en plus enfin se développait ce mouvement de libre pensée, aujourd’hui si répandu qu’il oblige le Parlement à voter la séparation des Églises et de l’État […].

Ce résultat (la laïcisation complète) ne peut être atteint que par la Révolution qui opèrera avec l’émancipation du prolétariat la transformation sociale de la société. Mais la séparation des Églises et de l’État nous permet de marcher activement dans cette direction. Par la séparation de l’Église et de l’État nous enlevons à l’institution de l’État, au pouvoir de la classe dominante, à la constitution actuelle de la famille, au droit de propriété, leurs garanties religieuses. Par ce fait ils deviennent plus vulnérables et nous pouvons mieux les attaquer et les vaincre ».

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