Pour battre Macron et ses retraites à points, l’urgence de généraliser la grève

Pour battre Macron et ses retraites à points, l’urgence de généraliser la grève

Nous publions ci-dessous la contribution de L’Émancipation lors du CDFN de la FSU du 21 janvier 2020.

Le niveau de rejet et de résistance des personnels contre le projet de retraites à points de Macron est remarquable, la durée des grèves reconductibles et de leurs capacités de blocage, ainsi que les manifestations et actions protéiformes de ces derniers jours le confirment.

Plus d’une fois, le 5 décembre et ses suites, on a dépassé les taux de grévistes et le nombre de manifestant·es attendus. Plusieurs médias ont ainsi salué une grève du 5 décembre “historique” dans l’Éducation. Tout aussi remarquables sont la diversité des publics touchés du privé comme du public, la participation très forte de l’Éducation, les manifestations énormes par le nombre et le dynamisme, l’inventivité des formes de lutte… de toute évidence, un énorme potentiel revendicatif s’est affirmé et continue de s’affirmer.

Comme d’habitude, outre le matraquage médiatique mensonger et diviseur, le gouvernement cherche à utiliser des carottes dont personne n’est dupe (ainsi la fameuse “revalorisation” des personnels d’éducation, en fait la préparation d’une attaque frontale contre les garanties statutaires, les vacances, le service hebdomadaire, etc.)… mais aussi le bâton répressif de plus en plus décomplexé. Pourtant là aussi dernièrement, des voix s’élèvent pour dénoncer la spirale des violences policières dont Macron et son gouvernement sont les premiers responsables.

Pour autant, si les qualificatifs d’“exceptionnel” ou “historique” ont pu être utilisés pour qualifier ce mouvement… ils seraient impropres pour qualifier la politique revendicative des organisations syndicales. Car à quoi avons-nous été confronté.es depuis la mise sur les rails de la réforme ?

À un schéma connu, trop connu :

presque deux années de “concertations”, qui de toute évidence n’ont RIEN permis d’éviter en termes de projets régressifs ;

une dynamique de “journées d’action”, une parfois deux par semaine, agrémentées à l’occasion d’une manifestation un samedi ;

– des secteurs engagés dans une lutte exemplaire pour l’ensemble du monde du travail (la SNCF et la RATP), – pourtant insuffisamment relayée et soutenue, notamment lors de l’annonce au soir du 17 décembre d’une journée d’action… le 9 janvier et au soir du14 pour le 24 !!!

des appels qui se bornent à soutenir la reconduction de la grève “là où les personnels le décident” (encore heureux que des organisations syndicales ne la combattent pas)… quand l’enjeu est de créer les cadres à tous les niveaux pour l’organiser démocratiquement, la faire durer, la généraliser aux secteurs encore peu investis.

Cette orientation, dans sa cohérence, ne caractérise d’ailleurs pas seulement la FSU et son exécutif UA / ÉÉ. Elle a déjà donné ses fruits amers dans le passé de la part d’intersyndicales nationales : en 2010 sur la réforme Sarkozy, en 2016 sur la loi travail… la succession des “journées d’action” a mené au piétinement, à l’essoufflement et finalement à l’échec des mobilisations. Ainsi, c’est tout le syndicalisme dit de lutte qui serait comptable d’un tel échec ouvrant un boulevard à Macron pour poursuivre son œuvre de démolition.

Pour autant, force est de remarquer aussi que la base militante a porté ce mouvement, cherche à se l’approprier et à le contrôler démocratiquement. Cela prend plusieurs formes :

– c’est bien par une volonté issue de la base militante que le 5 décembre s’est imposé comme une vraie journée de lutte, d’abord dans le secteur des transports puis au niveau interprofessionnel ;

– de même, c’est bien dans la dynamique de ce mouvement que l’intersyndicale nationale CGT/FO/ FSU/Solidaires a pris position clairement pour le “retrait total” du projet Macron/Delevoye, ce qui n’était pas le cas au départ ;

– les tentatives de négociations sectorielles visant à diviser et à suspendre les grèves ont échoué, parfois directement repoussées par les AG de personnels et leurs représentants syndicaux (ainsi de nombreuses sections de l’UNSA à la SNCF et à la RATP) ;

– le développement, à tous niveaux de l’auto-organisation de la lutte par des AG, comités de grève plus ou moins coordonnés selon les endroits… jusqu’à la coordination nationale de la “Chaîne des bahuts” qui tient ses réunions les plus étoffées depuis sa mise en place début 2019 ;

– l’entrée en lutte ou le maintien dans la lutte de secteurs qui articulent la question du retrait du projet comme axe fédérateur, et des revendications sectorielles : dans la santé, la justice, l’éducation, transports, énergie… La multiplication d’actions symboliques fortes montre la colère accumulée contre ce gouvernement : le ras-le-bol général et accumulé : annulations/perturbations, envahissements et occupations de DSDEN ou de rectorat après les avoir “murés” avec des livres il y a quelques jours, jets de blouses de soignant·es, de robes d’avocats ou de cartables, blocage ou occupation de lieux de décisions (rectorat, administrations…), démission en nombre de responsables administratifs (hôpitaux)…

– dans les lycées, la montée en flèche de la mobilisation contre les “épreuves communes de contrôle continu” (E3C), pilier du “bac” Blanquer qui n’a de baccalauréat que le nom) ; ce sont des centaines de lycées qui sont touchés, la dynamique amorcée lors de la grève des correcteur·trices lors du bac de juin 2019 est amplifiée. Elle montre à la fois la résistance des personnels contre la réforme du bac, mais constitue aussi un moyen de montrer leur opposition à l’ensemble de la politique de Macron – et en premier lieu la retraite à points – en se saisissant des outils dont ils/elles disposent.

– les actions de solidarité entre secteurs professionnels, mais aussi en convergence avec d’autres mouvements sociaux comme les Gilets jaunes. Ce phénomène a été particulièrement visible avec la floraison des caisses de grève à tous niveaux depuis le 5 décembre. Elles ont une dimension politique (expression d’un soutien “moral”), mais aussi pratique : organiser la solidarité avec les précaires (notamment dans la vie scolaire), empêcher l’isolement des personnels en grève. Au niveau local, elles constituent une volonté de contrôler et d’organiser sa mobilisation à la base. Depuis janvier, elles prennent aussi une forme nouvelle : ainsi la multiplication des piquets de grève et des blocages tournants d’établissements et écoles par des collègues d’autres écoles, collèges ou lycées, ainsi que par des camarades rencontré·es dans les blocages interprofessionnels (par exemple les machinistes RATP des dépôts de bus voisins).

Les aspects les plus frappants de ce grand mouvement de lutte de classe que nous décrivons ici… ne sont qu’une partie de la richesse, du foisonnement et de l’inventivité dont font preuve tous ceux et toutes celles qui veulent combattre cette politique. Des traditions de lutte sont redécouvertes, d’autres sont en train de se créer.

Pour l’intersyndicale nationale, être à la hauteur de la mobilisation militante la plus déterminée depuis bien des années, implique de poser quelques questions centrales :

– d’abord refuser les pièges tendus par le gouvernement, à commencer par celui de “concertations” sectorielles comme il le propose notamment dans l’éducation. En annonçant quelques primes au montant différencié selon les collègues, il s’agit de faire avaliser la retraite à points, la destruction du Code des pensions et aussi la destruction du métier. La “transformation de la gestion des ressources humaines”, c’est l’accroissement des missions, l’aggravation des conditions de travail, l’annualisation, des formations et du soutien scolaire durant les vacances…). De ce point de vue, les “concertations” sur la “revalorisation” ouvertes le 13 janvier n’ont pas lieu d’être. Comment accepter de s’intégrer dans ce dispositif clairement lié à la contre-réforme des retraites ?! Émancipation partage pleinement les critiques exprimées par des camarades et des sections départementales suite au communiqué fédéral du 13 janvier, tant que le retrait de la contre-réforme des retraites n’est pas obtenu et que la lutte n’est pas achevée, aucune “concertation” sur ces bases n’a lieu d’être ;

– les enjeux du mouvement en cours, pour l’ensemble des revendications, l’exercice des métiers et l’avenir du syndicalisme de lutte imposent que la FSU quitte immédiatement ces concertations/chambres d’enregistrement pour œuvrer beaucoup plus fortement et avec une détermination plus nettement affichée à tous les niveaux à l’élargissement de la mobilisation, dans tous le secteurs, en multipliant les assemblées générales sur les lieux de travail, les diffusions de tracts, les actions médiatiques (blocages, occupations…) et en appelant clairement à la reconduction et à l’extension de la grève. Dans l’Enseignement supérieur, Blanquer recule provisoirement sur la mise en œuvre de la réforme du recrutement et de la formation des personnels ; le développement progressif de la mobilisation des étudiant·es et des personnels du Supérieur et de la recherche doit être rapidement et fortement appuyé par toute la FSU ;

– ensuite poser la question de la grève générale, du blocage de l’économie, qui peuvent entraîner le basculement de la situation dans un contexte où le gouvernement est fragilisé et massivement rejeté ;

– cela n’est pas incompatible avec d’autres formes d’action. Par exemple, pourquoi ne pas préparer dans l’unité, à partir de la base, une grande manifestation nationale à Paris, un jour de grève ? En veillant à faire converger ce jour-là l’ensemble des mouvements sociaux qui combattent cette politique à leur manière (Gilets jaunes, “marches pour le climat”, etc.) ;

– appeler mais surtout construire dans l’unité et à tous les niveaux, les outils de la maîtrise démocratique de la lutte par les personnels et a minima participer aux AG et coordinations qui n’ont plus à prouver leur représentativité vu le monde qu’elles contribuent à mobiliser et à mettre dans la rue ;

– intégrer systématiquement dans les plateformes revendicatives le refus de la répression policière, judiciaire, administrative.

De plusieurs points de vue, un tournant dans la situation est à la fois possible mais aussi nécessaire et urgent si on ne veut pas que les secteurs en lutte s’épuisent. C’est la principale question qui doit occuper les débats de notre CDFN.

Émancipation tendance intersyndical, le 16 janvier 2020

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *