Un mois dans le monde

Un mois dans le monde

Iran

Depuis quelques mois, on pouvait se réjouir du retour de la lutte des classes dans plusieurs pays du Moyen-Orient (Iran, Irak, Liban… ) où les traditionnels affrontements communautaires laissaient place à la colère des masses populaires contre le clanisme, la corruption et la confiscation des richesses. En Iran, les pénuries généralisées et l’augmentation des prix avaient provoqué grèves et émeutes réprimées avec une grande violence par le régime. En même temps, le pays a connu l’an dernier une lutte importante des femmes, réprimée par 107 exécutions par pendaison. Patatras ! En exécutant le général Souleimani, numéro deux du régime, Trump remet en selle la dictature iranienne. Toutes tendances confondues, les Iranien·nes sont descendu·es dans la rue pour dénoncer cette exécution extrajudiciaire qui confirme que l’impérialisme n’hésitera pas à utiliser les pires méthodes. Dans le style “paillasson”, la diplomatie française s’est encore illustrée. Pas un mot sur cet acte de forban mais une demande à l’Iran de “faire preuve de retenue”. Macron poursuit dans l’atlantisme décomplexé. Il avait déjà demandé à l’Iran de ne pas réagir quand Trump avait piétiné l’accord sur le nucléaire signé par Obama.

En Irak, les dernières élections avaient vu la défaite conjointe des pro-iraniens et des pro-occidentaux. Le chiisme irakien a ses propres traditions et le courant favorable à une “république islamique” est minoritaire. L’exécution de Souleimani sur l’aéroport de Bagdad piétine un peu plus la “souveraineté” irakienne. Quasi-unanime, le parlement irakien exige le départ des troupes états-uniennes. Celles-ci restent au nom de la loi du plus fort. Quant à Daesh, sa défaite laborieuse en Irak avait assez largement été due aux troupes iraniennes de Souleimani. Une fois de plus, Trump favorise le retour de ces barbares millénaristes.

Australie

Les catastrophes écologiques se déroulent aussi dans des pays dirigés par des “climatosceptiques”. Aux élections australiennes de mai 2019, la droite de Scott Morrison était repassée alors que les sondages la donnaient perdante. Le Premier ministre est l’homme des lobbies et des grands groupes extracteurs d’énergie fossile. Il pilote le projet de mine de charbon à ciel ouvert Carmichael dans l’État du Queensland. La mine produirait plus de CO2 que la Belgique. Le projet est soutenu par la multinationale Siemens qui a annoncé pour se justifier qu’elle “financerait un projet de développement durable”. Les multinationales savent manier la novlangue. Très occupé par ses projets miniers et affirmant comme Trump qu’il n’y a pas de changement climatique, Morrison a envoyé promener les pompiers australiens qui prédisaient depuis des années qu’ils manqueraient dramatiquement de moyens. Ce qui s’est passé (près de 100 000 km2 détruits par les flammes et des mort·es par dizaines) est tout sauf un coup de malchance et annonce d’autres catastrophes.

Brésil

Personne ne peut ignorer les références idéologiques de Bolsonaro et de sa clique. Le 16 janvier, Roberto Alvim, ministre de la “culture”, lors d’un discours annonçant la création d’un “Prix national des arts”, a repris, en remplaçant juste “allemand” par “brésilien”, un discours de Joseph Goebbels. Devant l’indignation générale, il a parlé de “coïncidences rhétoriques”. Bolsonaro a été contraint de le débarquer. Dur pour tous les néo-nazis du gouvernement brésilien. L’heure n’est pas encore venue de dire ouvertement ce qu’ils pensent.

Ghosn

Vous êtes en prison et vous trouvez le temps long ? Pas de problème, il suffit de payer une petite caution de 1 300 000 euros, une bagatelle. Puis de financer quelques malfrats ou agents secrets qui vous organiseront un charmant voyage en jet privé. Puis d’atterrir dans un pays où la classe politique est tellement corrompue qu’elle vous acceptera sans sourciller. Comme certains juges français peuvent avoir envie de savoir comment vous avez utilisé l’argent de votre entreprise pour organiser des soirées privées dans le château de Versailles, vous obtenez le soutien officiel de Messieurs Macron et Sarkozy. Pour clore le tout vous jouez à la victime dans une conférence de presse devant des médias complaisants. Elle est pas belle, la vie ?

Trump

Il est le premier président états-unien à participer à une marche contre l’avortement. Il n’est pas idiot. Il pense ainsi conserver la majorité dans les États conservateurs qui l’ont fait élire. Il pense aussi que l’attaque frontale menée par Hillary Clinton pour décrédibiliser Bernie Sanders lui ouvre un boulevard.

La profanation d’Auschwitz

Se souvenir de l’indicible, de l’extermination de masse menée au nom du racisme biologique, est absolument indispensable. Cette mémoire doit aboutir au cri : “plus jamais cela !”, plus jamais de racisme, de militarisme, de violation des droits fondamentaux, de suprématisme, d’apartheid, de crimes contre l’humanité ! Célébrer Auschwitz en Israël est une injure à nos mort·es. Le crime a eu lieu en Europe, il a été l’aboutissement de centaines d’années d’antijudaïsme chrétien et d’antisémitisme racial européen. L’Europe s’est débarrassée de son crime sur le dos des Palestinien·nes qui n’avaient aucune responsabilité dans ce crime. Le mémorial Yad Vashem où la cérémonie a eu lieu a été construit sur les terres de Hirbat al-Hamama qui figure parmi les centaines de villages palestiniens nettoyés ethniquement et rayés de la carte en 1948. Quel symbole ! Parmi les invité·es, les maîtres de ce monde raciste, violent et capitaliste. Il y avait Trump (qui, parmi toutes ses horreurs fait des déclarations antisémites) et le boucher Poutine. La cérémonie était présidée par Nétanyahou, l’homme qui a déclaré qu’Hitler ne voulait pas tuer les Juif/ves et que l’idée lui a été soufflée par le grand mufti de Jérusalem. En guise d’hommage aux mort·es, Nétanyahou a appelé à faire la guerre… à l’Iran.

Notre Macron national s’est aussi distingué : “nier Israël en tant qu’État, c’est de l’antisémitisme”. Ben voyons ! On ne voit pas comment les Gazaouis nieraient l’existence de ceux qui leur envoient quasi quotidiennement des bombes. Par contre, malgré les rodomontades répétées de notre “cher” président, le nettoyage ethnique prémédité qui a fondé Israël et le fait que les 50 % de Palestinien·nes qui vivent sur ce territoire n’ont quasiment aucun droit, ça, ce ne sera jamais légitime. Le lendemain de sa déclaration, Macron a nié une fois de plus la Palestine en tant qu’État.

Angola

Isabel Dos Santos est la femme la plus riche d’Afrique. Elle est accusée par le nouveau président angolais d’avoir siphonné les finances du pays et d’avoir acquis sans concurrence réelle tous les secteurs rentables de l’économie. C’est classique mais cela doit nous amener à méditer. Isabel est la fille de Jose Eduardo Dos Santos qui a gouverné l’Angola de 1979 à sa mort en 2018. Au moment de l’indépendance angolaise, son parti (le MPLA marxiste) s’oppose à des mouvements soutenus par l’mpérialisme (le FNLA et l’UNITA). La guerre civile entre 1975 et 2002 va provoquer la mort ou le déplacement forcé de centaines de milliers de personnes. L’UNITA appelle à sa rescousse les troupes de l’apartheid sud-africain qui seront défaites par les troupes cubaines. Après sa victoire, ce président “marxiste” va devenir l’homme des multinationales du pétrole. Il va enrichir son clan (et sa fille). Ce passage de la lutte anticoloniale au capitalisme mafieux n’est hélas pas unique. Les dirigeants africains fidèles à leurs idées progressistes (Lumumba, Sankara) ont été assassinés. D’autres, Mugabe au Zimbabwe ou Sassou Nguesso, toujours au pouvoir au Congo-Brazzaville, ont trahi leurs idéaux et sont devenus des dictateurs corrompus et sanguinaires.

Pierre Stambul

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