Pendant le confinement la guerre de classe se poursuit

Pendant le confinement la guerre de classe se poursuit

Dossier

Le patronat et les hiérarchies du public utilisent la crise et les facilités des lois travail et ordonnances Macron pour licencier et virer les précaires, comme dans la culture à la BPI et à l’INRAP…

Le report du débat parlementaire sur la loi sur les retraites à points et sur l’application de la réforme du chômage était inévitable dans le contexte des mesures exceptionnelles liées au Covid-19, et aussi pour donner l’illusion d’un minimum de consensus social et pour limiter l’exposition des parlementaires. Mais alors que la maladie faisait déjà rage, le gouvernement n’avait pas perdu de temps bien au contraire, profitant du conseil des ministres extraordinaire pour mettre en oeuvre le 49-3 et utilisant un amendement cavalier dont il a la spécialité pour ramener la part de l’État dans la Poste de 73 à 34 %. Ces attaques et toutes les autres, le pouvoir les peaufine. Et il sauve les délais pour être prêt au plus vite dès la sortie du confinement.

La loi de finances rectificatives pour 2020, pour les entreprises et les banques pas pour l’Hôpital, a été votée à l’unanimité le 21 mars, ce sont les fameux 300 milliards d’euros, qui de fait seront essentiellement donnés aux banques, ce qui risque fort d’entraîner le même phénomène qu’en 2008 : aide aux banques/ endettement de l’État/ plans d’austérité.

La loi, très liberticide, d’urgence sanitaire

La loi d’état d’urgence sanitaire sous couvert de lutte contre le coronavirus, discutée et votée dimanche 22 mars par à peine une dizaine de parlementaires, les responsables des groupes et rapporteurs, illustre on ne peut mieux cette utilisation de la crise. Elle comporte outre les volets dérogatoires au droit courant et aux libertés, ainsi qu’un volet répressif pour toute contravention au confinement, ou toute autre mesure décidée par le gouvernement dans le cadre de la lutte contre le virus (dont la verbalisation pourra être faite par les policiers municipaux et… les agents de surveillance !!!). Des mesures qui risquent de durer, comme un fichier internet des places en crèche et chez les assistantes maternelles, ou l’utilisation des données de la géolocalisation, plusieurs mesures défavorables au camp des travailleur·euses : facilitation du recours à l’activité partielle ; possibilité d’autoriser les employeur·es à imposer ou à modifier les dates de prise de congés  pour  six jours de congés payés et pour toutes les autres formes de congés (RTT, compte épargne temps…) ; à modifier les dates de versement de primes ou intéressement ; à déroger, dans les entreprises particulièrement nécessaires à la sécurité de la nation ou à la continuité de la vie économique et sociale, aux règles d’ordre public et aux stipulations conventionnelles relatives à la durée du travail, au repos hebdomadaire et au repos dominical ; prolongation de quatre mois des délais dans lesquels le gouvernement a été autorisé à prendre par ordonnance des mesures relevant du domaine de la loi et de ceux fixés pour le dépôt de projets de loi de ratification d’ordonnances publiées avant la date de publication de la loi, ce qui recouvre beaucoup de choses et notamment l’application des mesures de la loi Fonction publique. Raphaël Kempf dans Le Monde du 24 mars explique pourquoi : “Il faut dénoncer l’état d’urgence sanitaire pour ce qu’il est, une loi scélérate”.

Une bonne partie de cette loi qui contrevient comme jamais aux libertés fondamentales de l’ensemble de la population va être intégrée sur proposition du Conseil d’État au Code de la santé publique dans un titre “crise sanitaire” en plus de l’existant (“menace sanitaire”).

La nomination du général de gendarmerie Lizurey, pour évaluer l’organisation interministérielle de la gestion de crise du Covid-19 (Le Monde du 30 mars), ne présage rien de bon. Son parcours de la grotte d’Ouvéa en Nouvelle-Calédonie en 1988, au commandement de la violente évacuation de la ZAD Notre-des-Dame-des- Landes, en passant par la gestion de l’explosion d’AZF à Toulouse et la nomination de Bénalla au grade de lieutenant colonel de la réserve de la gendarmerie, montre que le pouvoir entend se tenir prêt à toute gestion de la crise sanitaire et de sa sortie qui ne correspondrait pas à l’attente de Macron.

Il va falloir que les associations de défense des droits, les syndicats, les AG profitent vite de leur temps libre imposé pour, que collectivement, nous soyons prêt·es à remobiliser contre l’ensemble de ces attaques et contre leur aggravation.

D’autant que les collectivités territoriales en rajoutent, notamment celles de la droite extrême ou du RN, avec leurs couvre-feux de plus en plus ridicules du fait de l’aspect déjà suffisamment contraignant du confinement. Comme à Sanary dans le Var (maire RN) où il ne faut pas s’éloigner à plus de 10 m de son domicile.

La prétendue attention aux personnes fragiles

La prétendue attention aux personnes fragiles n’est pas effective pour les personnes âgées, les handicapé·es, les exilé·es, les SDF…

L’attention particulière vis-à-vis de personnes fragiles est inexistante aussi bien pour les personnes fragiles sur le plan santé qui sont nombreuses en milieux fermés (EHPAD, prisons…) que pour celles fragiles sur le plan social, qui sont, pour beaucoup, condamnées à vivre dehors.

Dans la communication dominante, la notion de personnes fragiles recoupe les personnes ou âgées ou atteintes de certaines maladies (respiratoires, circulatoires, déficiences immunitaires) ou handicaps. On constate déjà la condamnation des résident·es des EHPAD à y être très malades et pour beaucoup à y mourir, à cause du manque de protections et en premier lieu de masques. On voit aussi la situation très tendue dans les prisons, où peu d’incarcéré·es ont été libéré·es et aucunes précautions sanitaires ne sont prises.

Mais pour les personnes fragiles socialement, de plus en plus nombreuses, du fait des politiques de Macron et de ses semblables, de plus en plus fragiles et donc de plus en plus exposées aux risques de la maladie, font, comme à chaque fois, les frais de cette situation d’exception. Des SDF ont été verbalisé·es pour non respect du confinement dans plusieurs villes, et pour lequel·les commencent à peine à se mettre en place des solutions d’hébergement. Sur cette question, le DAL a pris l’initiative d’un référé devant le Conseil d’État, audiencé le 30 mars. Des sans papiers viennent d’être renvoyé·es au Mali, sans même qu’on se soucie de leur état sanitaire et de leur contagiosité. Les soutiens étant confiné·es, deux campements de Rroms hébergeant 800 personnes ont été démantelés à Montreuil lundi matin 23 mars. Alors que, dans un évident souci sanitaire, la date de fin de la trêve hivernale a été repoussée, les décideurs·euses de cette aberration encore plus honteuse dans la période, n’ont apparemment prévu ni propositions de relogement, ni, là non plus, de vérification de leur état de santé avant de les disperser. Voilà qui revient à ne leur laisser que l’illusoire possibilité de tenter d’aller en Roumanie, avec les frontières fermées ou de créer d’autres regroupements ailleurs dans de plus mauvaises conditions et donc avec de grands risques de développement du Covid-19 et la nécessité de prises en charge massives par les hôpitaux. Et il est prévu de faire la même chose pour le camp d’Aubervilliers. À Calais, le camp de 2000 exilé·es est gardé par des CRS munis de masques, mais il n’est rien prévu pour sortir de la promiscuité (trois par tente) et de l’état sanitaire déplorable dont les pouvoirs publics portent la responsabilité.

Beaucoup de gens et les associations s’insurgent contre ces pratiques dans une telle période et donnent à voir une toute autre approche de l’aide aux plus fragiles, malgré le risque de la maladie, et les difficultés des mesures. La solidarité se développe dans la population, vis-à-vis des “sans”, des voisin·es, des personnes isolées, des soignant·es. Le repli individuel que risquent de développer la peur de contracter la maladie et les mesures gouvernementales, est combattue par l’humour, l’imagination, plein d’initiatives de confiné·es, d’artistes, des propositions de mobilisations sur le net : pétitions, recours collectifs. La liste de l’Assemblée contre les violences d’État a pris l’initiative d’une tribune collective, parue dans Médiapart, qui résume ce que devrait être l’état d’urgence sanitaire. Un certain nombre des revendications de cette tribune sont reprises (en italique) dans l’article « Surtout ne pas baisser la garde ».

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