Reprendre l’offensive

Reprendre l’offensive

Loin d’être sous contrôle, l’épidémie de covid-19 a cruellement mis à jour le cynisme d’une politique de l’improvisation et du moindre coût financier.

Alors qu’on approche les 30 000 décès, le message subliminal du MEDEF et du pouvoir est clair : nos vies, celles de nos senior.es dans les EHPAD, des personnels hospitaliers, des personnes handicapées, de tout.es celles et ceux contaminé.es sur leur lieu de travail, valent moins que leurs profits.

Pour la classe dirigeante l’heure est à la reprise, quoi qu’il en coûte. Pour nous il s’agit de tirer les bilans, d’exiger des comptes, de juger les responsables, de satisfaire les revendications des personnels, de poser les jalons d’une autre société où nos vies valent plus que les profits. Pour nous l’heure est à la reprise du mouvement social.

Une crise sanitaire et politique…

La crise sanitaire a souligné l’incapacité du gouvernement à répondre dans l’urgence aux impératifs de l’épidémie, comme l’illustre l’exemple des masques. Elle a mis en évidence le dépérissement de l’hôpital public organisé par 20 ans de réduction des moyens, de gestion marchande de la santé avec notamment la mise en place du paiement à l’acte, de développement du secteur privé.

La réponse à la crise se traduit par l’endettement massif des États pour soutenir le secteur bancaire, les grandes entreprises, continuer à verser les dividendes aux actionnaires. Ainsi l’État français a doublé son plan de relance, qui chiffre à 100 milliards d’euros, la Banque Centrale Européenne parle d’au moins 750 milliards d’euros d’emprunts.

Cette dette nos dirigeant·es prévoient de la faire payer aux classes populaires, dont notamment les femmes, du fait de la très forte féminisation des professions qui se retrouvent en première ligne (soignantes, aide-soignantes, caissières, enseignantes,…). Cela se traduit par le développement massif du chômage et de la précarité, la casse du droit du travail introduite par l’état d’urgence sanitaire que le gouvernement tend à pérenniser, de même que les lois répressives et liberticides.

Pour y parvenir le gouvernement tente d’imposer l’unité nationale, pour juguler la colère sociale qui s’est déjà exprimée le 1er mai, et qui monte, en particulier dans les hôpitaux, très mobilisés, où des préavis de grève sont déjà annoncés.

… qui appelle des réponses impératives

Face à cela, la plupart des directions syndicales ont choisi une orientation fondée sur le dialogue social, minorant l’action des sections locales. Il faut donc s’appuyer sur l’auto-organisation des personnels mobilisés pour développer le rapport de force.

Il s’agit en priorité de soutenir les revendications formulées entre autres par le collectif inter-hopitaux et le collectif inter-urgences (augmentation des salaires, des postes,…), ainsi que la liberté de prescription pour l’ensemble des médecins.

Il s’agit aussi de réorienter les politiques de santé et de placer les industries pharmaceutiques et de production de matériel médical sous contrôle des salarié.es et de collectifs citoyens, dans la perspective de la nationalisation et de la relocalisation de ces activités.

Il s’agit de défendre et améliorer les services publics. Il faut donc exiger l’abrogation immédiate de la loi d’“amélioration” de la Fonction publique, qui isole et organise l’explosion de la précarité dans les Fonctions publiques hospitalière, territoriale et d’État.

Il s’agit encore de revendiquer l’abrogation des lois d’urgence sanitaire, de combattre le télétravail et les attaques que cela implique contre les droits des salarié.es du privé et contre le statut des fonctionnaires, de combattre contre toute forme de traçage et de fichage des personnes.

L’enjeu est aussi de regagner le droit de manifester et l’ensemble des libertés collectives : mobiliser contre les violences et la répression policière, contre l’usage des drones, la reconnaissance faciale vider les prisons; régulariser TOUTES ET TOUS les sans papiers.

Il s’agit également de poursuivre la mobilisation pour l’abandon définitif des projets de réforme des retraites à points et de l’assurance chômage, qui pour l’instant sont seulement suspendus.

Dans l’éducation, des mobilisations locales mais déterminées…

Les directions syndicales nationales de la FSU renvoient dans leur ensemble chaque établissement et école à la bonne application du protocole, et condamnent à des réactions locales. Dans ce contexte, des établissements ou des instances syndicales locales ont pris leurs responsabilités proposant des prises de positions ou des propositions d’actions qui ont eu un large impact (Lycée du Castel à Dijon, Lycée Balzac de Mitry-Mory, instances de la FSU 54, 93…)

Ces mobilisations ont déjà quelques conséquences : le gouvernement a partiellement reculé sur l’ouverture des établissements et écoles le 11 mai, Blanquer est totalement discrédité, y compris en interne dans son propre ministère.

… qui doivent être amplifiées et étendues

La protection de toutes et tous, personnels et jeunes, doit être la priorité, avec un matériel adéquat, des tests généralisés et réguliers. Et tant que les conditions ne sont pas réunies, opposons le refus collectif du présentiel !

Il faut aussi refuser l’utilisation de la crise sanitaire pour imposer et pérenniser des mesures aggravant les inégalités sociales et les attaques sur les statuts des personnels : organisation locale de l’enseignement, contrôle accru des municipalités, externalisation de certains enseignements (EPS, enseignements artistiques).

Il s’agit de soutenir les plus précaires (AED, AESH, agent·es) qui voient leurs contrats remis en cause et/ou qui sont le plus en contact avec la maladie, et d’organiser la solidarité concrète dans les établissements.

Il s’agit également de faciliter l’entrée dans le métier en titularisant automatiquement les professeur·es stagiaires dès le mois de juin sous réserve qu’ils et elles n’aient pas été maltraitant·es avec les élèves, ainsi que de leur assurer un complément de formation correspondant à la formation qu’ils et elles n’auront pas pu avoir pendant le confinement.

Il s’agit d’imposer l’abrogation et le retrait de toutes les mesures régressives : SNU, mise en place des INSPE et du projet de casse de la formation initiale, circulaire du 7 mai sur les mesures d’accompagnement des personnels, proposition de loi Rilhac sur les fonctions hiérarchiques et pédagogiques des directeurs·trices d’écoles.

Cela impose également d’exiger dès maintenant une rentrée différente en septembre, avec des conditions d’enseignement nettement améliorées pour toutes et tous, et la promotion des alternatives pédagogiques, plutôt que de leurrer sur la capacité du cadre actuel à lutter contre les inégalités.

Cela nécessite de remobiliser à partir des AG auto-organisées d’établissements, de villes, de bassins, départementales… et leur coordination démocratique à tous les niveaux, y compris national.

Émancipation tendance intersyndicale,

16-17 mai

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