Notre librairie (septembre 2020)

Notre librairie (septembre 2020)

Tout le monde sait qui a tué Steve

C’est en prenant pour point de départ la mort de Steve Maia Caniço dans la nuit du 21 au 22 juin 2019 que le journaliste Nicolas Mollé mène l’enquête. Une enquête destinée à détricoter l’ensemble des décisions qui ont conduit à la mort de Steve ce jour-là. Parti à la rencontre de la famille de Steve, de militant·es nantais·es, de syndicalistes, d’acteurs et actrices de ce drame, Nicolas Mollé livre un récit saisissant. Cet ouvrage est également une enquête sur le maintien de l’ordre à Nantes, des grèves de 1955 à la répression brutale des luttes autour de la ZAD, contre la loi Travail et, plus récemment, la répression des Gilets jaunes. Il nous invite à réfléchir sur les empilements législatifs liberticides, l’institution policière, l’éventail des équipements répressifs, l’arbitraire de l’État, la police et la démocratie.

Tout le monde sait qui a tué Steve, Nicolas Mollé, éditions Syllepse, juillet 2020, 168 p., 10 €.

Gazer, mutiler, soumettre

Nuages lacrymogènes, grenades de désencerclement, LBD 40… manifester en France expose aujourd’hui à la violence des armes non létales. Les forces de l’ordre dégainent à la moindre occasion et la liste des blessé·es et mutilé·es s’allonge de mois en mois. Face à ce qu’il perçoit comme une crise du maintien de l’ordre, l’État attise la brutalité de sa police en la dotant d’un arsenal militaire toujours plus puissant et fourni – au grand bonheur des marchands d’armes. Démontant la rhétorique humanitaire de ses défenseurs, l’auteur montre que le recours massif aux armes non létales est la marque d’un étatisme autoritaire de plus en plus intolérant à toute contestation dans une période de recul social majeur. Conçues comme des armes “défensives”, elles forment dans la pratique l’artillerie de l’offensive néolibérale en cours, rappelant, à quiconque entreprend d’y résister, la nécessité de l’autodéfense populaire.

Gazer, mutiler, soumettre -Politique de l’arme non létale, Paul Rocher, éditions La fabrique, juin 2020, 200 p., 13 €.

Pédophilie

Gérard Ponthieu est journaliste, il a dirigé de 1975 à 1980 la revue Sexpol, sexualité-politique. Il signe ici un livre-enquête autour de l’affaire Matzneff où il s’interroge sur l’impunité qui a entouré les affaires de pédophilie dès après 68 et en particulier sur cet “air du temps” qui sous prétexte qu’il est “interdit d’interdire” a permis la complicité d’une certaine élite intellectuelle. Il met en évidence le rôle de certains médias de l’époque, Libération, l’émission de télévision Apos-trophes, et la revue Sexpol qu’il avait créée. Il dit l’étrange paradoxe de cette période qui proclamait l’autonomie de l’individu, glorifiait le corps, le désir, la sexualité libre, et qui a produit des zones d’ombres telles que l’affaire Matzneff, dont des enfants et des adolescent·es étaient – et sont toujours – les victimes.

Pédophilie – de la chute de Matzneff à une lecture sexo-politique de l’après-68, Gérard Ponthieu, mars 2020, Éditions Libertaires, 101 p., 14 €.

Noires mais blanches, blanches mais noires

Après l’ouvrage de Lucie André, Être actrice noire en France (éditions L’harmattan, 2019) qui abordait les rôles périphériques et stéréotypés réservés aux actrices noires, Yasmine Modestine s’attaque à l’ idée répandue qui voudrait qu’il n’y ait pas d’héroïnes noires au répertoire et par conséquent pas vraiment de grands rôles au théâtre pour les comédiennes afro-descendantes. Mais est-ce bien vrai ? Occultation, invisibilisation, décoloration… les figures théâtrales à la peau sombre ont disparu du paysage dramatique avec l’histoire coloniale, c’est ce qu’entreprend de montrer l’autrice, professionnelle de théâtre et chargée de cours à l’université Sorbonne Nouvelle. De quoi renverser dénis et préjugés et relire autrement le répertoire.

Noires mais blanches, blanches mais noires – Les figures féminines noires ou métisses au théâtre de Cléopâtre à Ourika, Yasmine Modestine, éditions L’Harmattan, juin 2020, 174 p., 19 €.

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