Une mobilisation essentielle pour toutes les catégories

Une mobilisation essentielle pour toutes les catégories

AED

Ces dernières années les assistant·es d’éducation se sont mobilisé·es dans plusieurs régions (Île-de-France, Bretagne, Marseille…). Depuis la rentrée de septembre, les conditions sanitaires et les alertes attentats ont encore aggravé les conditions de travail des AED. À l’initiative de vies scolaires d’établissements marseillais une coordination nationale AED a popularisé les revendications (titularisation, prime ZEP, salaires et conditions de travail, protection contre la Covid…) lors de grèves d’abord locales puis nationale le 1er décembre.

La coordination a décidé d’appeler à la grève reconductible à partir du 19 janvier. Elle propose ses actions en convergence avec les appels syndicaux concernant l’ensemble des catégories, le 26 janvier et le 4 février, attestant ainsi de sa volonté d’unité d’action. En retour il importe de ne pas laisser isolés dans la lutte ces personnels, parmi les plus mal payés, les plus précaires et les plus fragiles du point de vue de l’emploi dans les établissements. La lutte des AED pour gagner des droits et pour des réponses sanitaires à la hauteur de l’épidémie atteste des difficultés croissantes pour tou·tes, dans les établissements. Elle rejoint et renforce la mobilisation de l’ensemble des personnels et impose la solidarité active dans l’action.

Des conditions d’emploi inacceptables

Entre 40 et 80 000 AED selon les sources (le ministère ne se soucie même pas d’avoir une comptabilisation précise d’une des grosses catégories de l’Éducation nationale), vivent sous un des régimes les plus défavorables de la Fonction publique : des contrats de six mois à trois ans, pour une durée maximum de six ans, afin d’éviter la 7ème année qui impose en droit européen une stabilisation dans l’emploi. Recruté·es par les chef·fes d’établissement sur des contrats en général d’un an, les AED peuvent être soumis·es, de la part de ces dernier·es, ou de certain·es CPE qui se prennent pour les supérieurs hiérarchiques (alors qu’ils/elles n’ont que la responsabilité d’organiser leur services), à toutes les pressions pour imposer leur docilité, les diviser et casser leurs luttes. Les chantages au non renouvellement à la rentrée suivante sont monnaie courante ; de même que ceux à l’attribution de temps pleins, vu que le salaire est d’à peine 10 €euros de l’heure. Le temps de service Fonction publique annualisé de 1607 h, une véritable saloperie pour les secteurs qui comme l’Éducation nationale ont des congés longs, revient pour 39 semaines d’activité à plus de 41h par semaine ce qui est un service lourd, qui outrepasse les 35h légales.

Il semble utile de rappeler les conditions bien plus correctes du statut des maîtres·ses d’internat et surveillant·es d’externat (MI-SE), pour les comparer avec celles oh combien dégradées des AED qui ont remplacé les MI-SE. Et ce alors que dans le même temps, les difficultés des familles et donc des élèves ne cessaient de s’aggraver. Ce statut de MI-SE, datant de 1937-38, relativement protecteur, y compris contre la pauvreté étudiant·es est encore parfois invoqué par les directions syndicales, mais sans même en rappeler les avantages, ni bien sûr engager sur cette question plus de luttes que lorsqu’elles ont laissé mettre cette catégorie en extinction en 2004. À même niveau de qualification minimum exigé du bac, et pour un salaire horaire bien plus intéressant, les surveillant·es d’externat devaient pour un temps plein un maximum de service de 28 heures par semaine et les maîtres·ses d’internat de 34 heures. Les MI-SE avaient le droit d’aménager au mieux leur emploi du temps pour la poursuite d’étude et disposaient en plus des jours d’examens et de concours Fonction publique de quatre jours de congé par session universitaire, alors que les AED peuvent seulement bénéficier avec bien des difficultés pour l’obtenir, d’un forfait annuel 200h de décharge pour poursuivre des études supérieures. Sous bénéfice de réussite aux examens universitaires, le contrat des MI-SE était de sept ans, prolongeable à huit voire exceptionnellement plus. Les possibilités de débouchés dans l’Éducation nationale étaient réelles et pour le reclassement la prise en compte des années de MI-SE était correcte, tout comme pour la retraite. Pour les AED, les perspectives de poursuite dans l’Éducation, ou dans la Fonction publique sont inexistantes, que ce soit par la titularisation, ou même, en raison des six ans maximum de fonction, par contrat à durée indéterminé (CDI). Ce CDI du public est un leurre. Il n’a rien à voir avec la protection de l’emploi à plein temps d’une titularisation conférée par le statut, ni avec celle du CDI du privé même dégradé par les lois travail de Hollande et Macron et il ne met pas vraiment à l’abri du licenciement par compression d’effectif ou intérêt du service ni du temps partiel imposé, qui, vue l’insuffisance salariale, est une façon de pousser à la démission, comme on le constate fréquemment chez les AESH, ce qui n’arrange pas le manque d’AESH de plus en plus dénoncé par les parents. Ce qui peut avec l’aspect sanitaire favoriser le soutien des parents à la lutte des AED.

Des conditions de travail difficiles rendues intenables dans la période

Sous le coup des contre réformes successives dans l’Éducation (mais aussi dans tous les autres services publics), de l’indigence de l’aide aux populations en difficulté, des politiques de la ville et de l’éducation prioritaire, la gestion des élèves est devenu bien plus difficile. Pendant les cours, mais encore plus en dehors de cours, secteur d’intervention des vies scolaires. Mais au lieu de créer les postes, les améliorations statutaires et les encouragements salariaux nécessaires pour répondre à cette situation, les gouvernements successifs ont joué la politique du pire. Hautement scandaleuse et symbolique la non attribution aux seuls AED de la prime ZEP dans les établissements REP ou REP+ est la plus popularisée. Mais les suppressions de postes, ou les non créations alors que les effectifs d’élèves augmentent, l’imposition des dispositifs de type aide aux devoirs sans augmentation des effectifs d’adultes, les interventions de jeunes extérieurs aux établissements, ont fait que la gestion des permanences, des flux dans les couloirs, au portail et dans les cantines sont devenues très compliquées. Le changement des AED à chaque rentrée ou après des luttes, le recours systématique à des demi-services pour “optimiser l’organisation des services”, et le comportement de plus en plus managérial et arbitraire des chef·fes d’établissement, qui se répercute forcément sur une partie des CPE, les conflits avec les enseignant·es ou les personnels TOS souvent entretenus par les administrations ont rendu très difficile la tâche de surveillance. Dans un tel contexte la coupe ne pouvait que déborder avec la crise sanitaire. Les vies scolaires se sont retrouvées en première ligne avec les protocoles sanitaires bidons de Blanquer, sans possibilité de distanciation ni équipements adaptés. Les AED ont fait souvent les frais de l’“optimisation des flux” et des enseignements en demi-groupe puis avec les mesures antiterroristes qui ont imposé une présence renforcée aux portails. Bien sûr à chaque fois sans augmentation des effectifs d’AED, ni même remplacement des malades ou cas contacts plus nombreux·es avec la COVID.

L’enjeu de la lutte des AED, pour la catégorie et pour tous les personnels

Malgré les conditions de mobilisation difficiles de la période, la lutte des AED s’est renforcée dans de nombreux établissements avec des vies scolaires fermées et grâce aux réseaux sociaux, elle s‘est étendue jusqu’au niveau national. Et elle commence à avoir des échos dans les médias. Si ce n’est déjà fait, c’est le moment pour les syndicats, les intersyndicales, les AG, de la soutenir à tous les niveaux et particulièrement dans chaque établissement. Les formes de soutien sont diverses. Financier d’abord, avec une caisse de grève locale, ce qui est assez simple au niveau d’un bahut vu le faible nombre de surveillant·es et la modestie de leurs salaires. Ce soutien permettra que la reconduction de la grève envisagée à partir du 19 janvier soit un succès. Il faut également convaincre l’ensemble des personnels de toutes catégories de refuser de remplacer les surveillant·es en grève, comme ça c’est vu dans plusieurs établissements. Un des objectifs de la grève est de forcer l’administration à faire remonter la colère, en fermant l’établissement ou en étant obligée d’assurer elle-même la surveillance. Il est très important de faire savoir à la direction qu’on ne tolérera aucune pression contre le droit de grève des AED, comme il s’en est produit le 1er décembre, ni sanction pendant la grève ou au moment du renouvellement du contrat (en général en mai ou juin). Les AED n’ont pas plus que les autres personnels du second degré à prévenir l’administration qu’ils/elles seront grévistes, ce qui limite les pressions avant la grève ou l’organisation du remplacement des grévistes.

La mobilisation des AED permettra, si elle est forte et soutenue, de satisfaire des revendications à caractère national : la titularisation pour celles et ceux qui le veulent comme animateur·trices ou éducateur·trices scolaires, de loin préférable au CDI (Cf. supra) ; la prime ZEP pour les AED exerçant en REP et REP+ ; un barème national d’affectation des AED fondé sur les effectifs d’élèves permettant un fonctionnement correct des vies scolaires (un tel barème national existait pour les MI-SE) et le remplacement des congés, ainsi que les créations de tous les postes nécessaires…

Mais la lutte devrait aussi permettre d’améliorer les conditions de travail et d’emploi des surveillant·es au niveau local : des pleins temps pour celles et ceux qui le souhaitent, la prise en compte des 200 heures de décharge en cas d’inscription universitaire (dont il peut-être utile de rappeler l’intérêt, des contrats de trois ans, au lieu d’une année – c’est possible sur décision du Conseil d’Administration), une aide à faire valoir la valorisation des acquis professionnels (VAP) et de l’expérience (VAE)… Autant d’éléments qui sont déjà (ou devraient être) portés en permanence par les sections syndicales, les AG des personnels et les délégations d’élu·es au CA, parmi lesquel·les il est bon de compter des AED.

La lutte des vies scolaires est un révélateur des problèmes généraux de l’Éducation nationale avec les exigences sur les effectifs d’élèves et donc de personnels, sur des protocoles sanitaires à la hauteur de la gravité de l’épidémie (distanciation réelle et pas seulement “possible”, masques au moins chirurgicaux et de préférence FFP2…).

Enfin cette mobilisation des précaires parmi les précaires est une réponse claire du terrain à la réforme Macron de la Fonction publique qui prétend y imposer encore plus de précarité.

Olivier Vinay

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