La Commune, un commun

La Commune, un commun

Édito

Massacré·es, déporté·es, exilé·es, nié·es jusque dans les manuels d’histoire, les communard·es n’ont pas sacrifié leur vie ou leur liberté pour rien. Iels ont inspiré la plupart des insurrections de gauche et des révolutions dans le monde et plus récemment des mobilisations comme Nuit debout et les Gilets jaunes. Voilà qui atteste déjà que la Commune n’est pas morte, ce que confirme la multiplication de recherches, qui la font toujours mieux connaître.

Au point que nombre d’allié·es objectifs de la bourgeoisie tentent de la récupérer, à défaut d’avoir pu la rayer de l’histoire ou la cantonner dans des commémorations de la gauche institutionnelle. Des responsables politiques qui ont abandonné depuis bien longtemps toute référence à l’insurrection, à la prise du pouvoir en dehors des urnes (sans même parler de dictature du prolétariat), se revendiquent de la Commune. Iels pensent sans doute que le message de 1871 s’est aseptisé.

C’est ne pas voir que la Commune, brève démonstration de prise de pouvoir auto-organisée des exploité.es, en toute indépendance des allié.es de la bourgeoisie, est devenue, tout comme les ZAD, n’en déplaise à Mélenchon, un commun, immatériel certes, mais très utile pour l’espérance d’un autre monde à la sortie de crise. Et d’ailleurs, le FMI, garde chiourme des intérêts du capitalisme mondial, annonce pour la France “un risque augmenté d’émeutes et de manifestations antigouvernementales et de crise gouvernementale majeure”. Une telle hypothèse n’est pas à exclure, au regard des facteurs objectifs.

Les rapports de production et d’exploitation ont bien changé en 150 ans avec la mondialisation capitalise et les acquis des grandes luttes du XXe siècle, mais il y a des parallèles entre l’empereur Napoléon III défait à Sedan et le monarque Macron défait sur le front de la crise sanitaire et sociale. Entre les difficultés de toutes sortes et l’auto-organisation des habitant·es pendant le siège de Paris, et la crise sanitaire, sa gestion calamiteuse et liberticide pendant plus d’un an par l’exécutif, forçant la population à trouver d’autres formes de lutte et de solidarité.

L’héritage des communard.es a du sens pour celles et ceux, de plus en plus nombreux/ses et de plus en plus jeunes, qui veulent rompre avec le monde d’avant, par la solidarité avec les travailleurs -es en lutte, avec les exilé.es et les victimes de violences policières, ou par la dénonciation de lois sécuritaires ou climat… et qui ne veulent pas pour autant s’en remettre aux forces qui claironnent “plus jamais ça”, en ne s’en donnant pas les moyens.

Le programme social de la Commune éclaire l’actualité des mobilisations pour en finir avec “l’état d’urgence” sanitaire et économique :

– avec l’hébergement des sans logis, le moratoire sur les loyers, la limitation du temps de travail, l’égalité des hommes et des femmes, dont la commune a représenté l’irruption et l’organisation dans le champ politique, dès le 18 mars, jusqu’aux barricades de la semaine sanglante (cf. la tribune féministe page 13) ;

– avec la solidarité internationaliste vis-à-vis des peuples et des citoyen·nes étranger·es…

– avec la séparation de l’Église et l’État, bafouée par les Blanquer et Macron et avec l’École publique, laïque, gratuite et “l’enseignement intégral” qui, pour tou·tes les élèves, ne sépare pas les enseignements théoriques et pratiques.

Mais parmi les ruptures que nous propose la Commune, sa démocratie directe ainsi que la réquisition des logements vacants et des usines abandonnées par leurs patrons, avec la gestion confiée aux producteurs et productrices, posent les questions de la propriété privée, et de la façon, entre violence et résistance civile, de prendre le pouvoir à celles et ceux qui la détiennent. Ces questions que les communard·es n’avaient pas résolues à temps pour désarmer les ennemi·es de classe, il convient de nous les poser tou·tes ensemble au plus vite, pour que la sortie de la crise sanitaire ne se résume pas à l’affrontement électoral des forces que le capitalisme aura choisi de promouvoir pour maintenir ses profits. Et pour que se vérifie la prémonition de Caussimon “la Commune est en lutte et demain nous vaincrons”.

Olivier Vinay

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