On n’oublie pas, on ne pardonne pas !

On n’oublie pas, on ne pardonne pas !

Dossier

Cela fait 10 ans que la famille de Julie, violée de ses 13 à 15 ans par une vingtaine de pompiers, se bat pour la justice. Le 17 mars dernier, la Cour de cassation devait rendre son jugement, après de long mois de bataille juridique et après que la Cour d’Appel de Versailles, en novembre dernier, avait refusé les demandes de la famille : requalifier les faits en viol. C’est à un nouveau refus que la Cour de cassation a confronté Julie et sa famille, une décision scandaleuse, dans un contexte où nombre de collectifs féministes apportent leur soutien à cette lutte exemplaire.

L’affaire remonte à 2018, Julie, alors âgée de 13 ans, fait des crises de spasmophilie, qui nécessitent l’intervention de pompiers. Entre 2008 et 2010, le traitement médicamenteux de Julie nécessitera 130 interventions de pompiers à son domicile. C’est durant cette période que les faits se sont produits. Plusieurs rapports auraient eu lieu, dans des parcs, parkings, même dans les toilettes de l’hôpital psychiatrique dans lequel Julie était internée. Les pompiers affirment que la jeune fille était consentante, mais ils ont malgré tout reconnu qu’ils avaient fait circulé son numéro et l’avaient “fichée nympho”.

S i la décision du 17 mars dernier est scandaleuse, c’est dès juillet 2019 que le dossier a en réalité connu des reculs : alors que les pompiers avaient été inculpés pour “viol en réunion”, le juge avait alors requalifié les faits en “atteintes sexuelles en réunion”, présentant alors la jeune femme comme consentante. Comme trop souvent dans ces situations, il s’agissait de blâmer la victime, la présentant comme “aguicheuse”, “provocante” ou encore “entreprenante”. On estime donc qu’une jeune fille de 13 ans, face à plusieurs hommes représentant alors une autorité, une aide pour elle, avait tout son discernement et que la contrainte morale ne peut donc pas être établie.

Nouvelle violence pour Julie, déjà fragilisée par un stress post-traumatique. Elle tente de mettre fin à ses jours à l’été 2020. Ça n’est pas sa première tentative de suicide, mais c’est notamment à cette occasion que l’affaire est médiatisée et dénoncée avec virulence par nombre de collectifs féministes notamment.

Alors que le dernier jugement rendu ne revient pas sur la requalification, et alors que l’affaire est très médiatisée et soulève beaucoup de colères, la justice cède une fois de plus aux représentations sexistes et se range du côté des violences sexuelles plutôt que de les dénoncer et les juger comme telles. On le savait mais le doute n’est plus permis : les institutions judiciaires sont sexistes et il existe une impunité face aux violences sexuelles.

Ce qui est acquis, en revanche, c’est la sortie du silence : les soutiens sont là, les femmes se battent, les féministes aussi. MeToo a laissé son empreinte, et c’est irréversible. La colère gronde contre un système patriarcal qui n’a pas de beaux jours devant lui.

Pour toutes les “Julie” nous serons là, nous nous battrons !

Karine Prévot

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