Coup de colère

Coup de colère

Les mineur·es étranger·es qui arrivent seul·es en France doivent être pris·es en charge et protégé·es par les Départements en tant que mineur·es. Mais il leur faut d’abord prouver qu’ils/elles sont bien mineur·es. C’est une nouvelle épreuve qui attend ces adolescent·es et parfois l’épreuve tourne même au traumatisme.

eux adolescents guinéens, Ali et Amadou (les prénoms ont été changés), obligés de se dénuder entièrement ; un homme examine leur dentition, palpe leurs organes génitaux, les prend en photo sous toutes les coutures. Une scène de marché aux esclaves, il y a deux cents ans ? Le comportement coupable d’un touriste sexuel ? Non, pas du tout, cela s’est passé, il y a quelques jours, dans le cabinet d’un médecin généraliste à deux pas du centre-ville de la Rochelle.

Ce médecin a été chargé par une Juge des Enfants de la Rochelle, et à la demande du Département de la Charente-Maritime, de vérifier si ces deux jeunes gens sont mineurs ou pas. Pendant que des dizaines de milliers de soignant·es se battent dans tout le pays pour sauver les malades de la Covid, certains médecins acceptent donc de s’amuser à jouer les experts au service des intérêts budgétaires de notre Département : en effet, celui-ci est prêt à prendre en charge les mineur·es isolé·es étranger·es arrivé·es à la Rochelle, comme la loi l’y oblige, mais à condition qu’ils/elles soient les moins nombreux/ nombreuses possible et qu’ils/elles lui coûtent donc le moins cher possible. Et pour cela, le Département va déployer des moyens et une énergie sans limite. Le doute ne doit pas profiter à ces adolescent·es contrairement à toutes les instructions de l’État, depuis des années.

Envoi de leurs papiers d’état civil, quand ils/elles en ont, à la Police aux frontières de Bordeaux qui émet un avis défavorable s’il manque un tampon du Consulat de ces jeunes à Paris ! Ils viennent d’échapper aux tueurs en Libye et à la noyade en Méditerranée et ils/elles ont oublié ce précieux tampon !

Mais cela ne suffit pas : des pratiques, jusqu’ici rarissimes à la Rochelle, sont désormais demandées dont les tests osseux : radiographie du poignet et de la clavicule par comparaison avec des clichés de référence pris sur des jeunes américain·es dans les années 30 ! Le risque d’erreur est considérable tant le développement osseux de la population est hétérogène. Que dire alors des différences selon les populations du monde et par rapport à des références d’il y a presque 100 ans ? Enfin la finalité de ces examens était à l’origine médicale et aucunement juridique.

S’y ajoutent donc un panoramique dentaire et un examen du développement pubertaire.

Aucun de ces examens n’est illégal mais ils sont inutiles car ils ne peuvent permettre de savoir si ces deux jeunes ont 17, 18 ou 19 ans. Et ils sont traumatisants pour des adolescents. Et ce d’autant plus dans le cas d’Ali et Amadou qu’ils n’ont pas été préalablement informés des détails de ces examens et, qu’ils n’ont donné, à aucun moment, leur consentement, ce qui est une véritable faute.

Cet incident doit être le dernier à La Rochelle : le Département doit cesser immédiatement de demander, par l’intermédiaire de son avocat, que soient pratiqués ce type d’examens inutiles car non fiables et humiliants. Les Juges des Enfants de La Rochelle ne doivent plus les ordonner. Et l’Ordre départemental des médecins doit exiger que ses adhérent·es refusent, désormais, d’appliquer des pratiques contraires à toutes formes d’éthique médicale (et pourtant rémunérées…).

Solidarité migrants à La Rochelle,
15 mars 2021

One thought on “Coup de colère

  1. Comment se fait-il que l’on parle et écrit « mineurs » pour parler « d’enfants » ?
    Mineur est un terme juridique. Quand on évoque un « mineur » c’est qu’il y a de la justice derrière et ça sent pas toujours très bon. Je qualifie rarement (jamais) mes enfants, les enfants des autres, de « mineurs ».
    Malgré les tentatives de Sarkozy, le « Juge des enfants » est resté le Juge des enfants.
    Alors je suggère que l’on parle (que l’on écrive) « enfants étrangers non accompagnés » (ENNA).

    « …la critique du langage ne peut éluder ce fait que nos paroles nous engagent et que nous devons leur être fidèles. Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde… » (Camus, «Sur une philosophie de l’expression», 1944 )

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