Le point médian : s’il n’existait pas, il faudrait l’inventer !

Le point médian : s’il n’existait pas, il faudrait l’inventer !

(avec son aimable autorisation, nous publions ci-dessous un texte de François Denis dans le journal de juin 2021 de la FSU 83)

Ecrire le point médian ou milieu sur un clavier  Azerty : taper Alt puis 0183 ou Alt puis 250.

Dans une récente circulaire J.M. Blanquer reprend les propos de l’académicienne Hélène Carrère d’Encausse qui qualifie l’écriture inclusive de « réforme totalisante de la graphie ».  « Devant cette aberration inclusive, la langue française se trouve en péril mortel ». Fichtre ! Le caractère conservateur et réactionnaire de l’Académie n’est plus à démontrer ; outre qu’elle compte très peu de spécialistes de la langue dans ses rangs, les lexicologues n’attendent pas son avis pour intégrer de nouveaux mots à chaque édition de dictionnaire ! Depuis toujours, c’est l’usage qui régit les évolutions de la langue.

Avec une certaine habileté, le ministre feint de défendre la lutte contre les discriminations sexistes, précisant que dans les actes administratifs, la circulaire de 21/11/2017 en vue de participer à la lutte contre les stéréotypes de genre s’applique. On parlera ainsi de « cheffe de service », de « principale de collège, de « rectrice »… La circulaire rappelle que le CNRS et l’Institut national de la langue française ont produit un ensemble de recommandations dès 1999. Difficile de revenir sur ce Guide, alors le ministre montre une fois de plus son autoritarisme envers les personnels enseignants.

 L’injonction à proscrire l’écriture inclusive dans le cadre de l’enseignement n’est pas seulement un écran de fumée dans une situation où l’école est en grande souffrance. Le ministre caricature sciemment ce qu’Eliane Viennot nomme le versant écrit du langage égalitaire (ou épicène, ou non sexiste) oral.

Les député·es, les étudiant·es, les ouvrier·es…  
Le point médian est une convention d’écriture, il n’a pas à être lu, au même titre que chacun·e lit Monsieur en voyant  M. ; il sert à économiser des signes tout en prenant en compte l’ensemble de la population. Il contribue à rendre visibles les filles et les femmes : un manuel d’histoire évoquera les agriculteurs·rices , les Communard·es (mais on écrira les révolutionnaires, mot épicène). Les règles d’utilisation du point médian sont encore fluctuantes, il s’agit d’en expliquer l’usage aux élèves mais surtout de réfléchir au fameux neutre masculin : le mot ouvrier utilisé au masculin contribue à la minoration de la pénibilité du travail des ouvrières, à des salaires plus faibles.

Enfin, l’argument de l’obstacle pour l’accès à la langue : les personnes dyslexiques font remarquer que le point médian ne les gêne pas particulièrement ; en revanche les consignes peu claires ou l’usage de certaines polices de caractères nuisent à la lecture, or la formation des enseignant·es est inexistante dans ce domaine. J.M. Blanquer, la balle est dans votre camp.

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