Un congrès du renoncement ou d’un nouveau départ ?

Un congrès du renoncement ou d’un nouveau départ ?

Après avoir avalé encore les nombreuses couleuvres d’un “dialogue social” détournant le temps et l’énergie des militant·es, qui serait si utile dans cette période difficile pour soutenir, coordonner, centraliser les innombrables luttes pour des conditions de travail, de salaires, de vie et d’environnement décentes et pour être enfin protégés au niveau du pays, comme du monde, contre la Covid et son exploitation par le capitalisme et ses sbires, style Macron ; après avoir signé des accords qui présentent beaucoup plus de risques que les maigres bénéfices engrangés, la direction de la FSU s’apprête à signer l’accord sur la protection sociale complémentaire dans la Fonction publique. Cela reviendrait à signer une attaque déterminante pour en finir à la fois avec l’esprit de solidarité mutualiste et avec la Sécu. Elle ne se donne même pas les moyens, à l’heure où ces lignes sont écrites, d’imposer un report de la signature annoncée pour le 26 janvier, alors que le congrès national FSU est prévu dès le 31 janvier. Cette affaire est grave et à l’image des choix (partiellement présentés ci-dessous) qu’impose à la fédération la situation sanitaire, sociale et environnementale : résister à cette offensive comme à celle contre la Fonction publique et sur le précarité, toutes d’une gravité jamais osée par un pouvoir, ou finir d’abandonner définitivement les principes du syndicalisme de lutte qui étaient ceux de la création de la FSU.

Lutter contre la précarité

S‘appuyant notamment sur la loi de “transformation de la Fonction Publique” et les décrets d’application, le gouvernement poursuit sans relâche sa politique de précarisation généralisée et de destruction des statuts dans l’emploi public.

Dans l’Éducation nationale, en 2020, Blanquer a rendu 200 millions d’euros à Bercy, et encore 75 millions en 2021, alors que chaque année des milliers de contractuel·les sont licencié.es. Les recrutements par concours se tarissent, du fait de la crise du recrutement mais aussi de l’insuffisance du nombre de postes mis aux concours. Dans le même temps la part des non-titulaires parmi les enseignant·es dans le second degré public a doublé de 2008 à 2020, passant de 4,5 à 9 %, et parmi les non enseignant·es elle est passée de 42 à 62 % sur la même période. Dans l’enseignement supérieur et la recherche on compte, en 2020, 26 % de contractuel·les parmi les personnels enseignants et non enseignants.

Les personnels des bibliothèques universitaires sont parmi les plus touchés, sur les sites franciliens ils/elles ont engagé une grève de longue durée pour la fin de la précarité par la titularisation des contractuel.les, l’augmentation des salaires, contre les licenciements et la dégradation des conditions de travail.

Les secteurs de l’animation et du périscolaire sont particulièrement concernés : en 2019 45 % des moniteur·trices et éducateur·trices sportif·ves et 37 % des animateur·trices socioculturel·les sont encore en CDD au bout de cinq ans.

Les professions culturelles sont aussi gravement menacées, la part des contrats à durée limitée y est passée de 16 % en 1997 à 32 % en 2017 (Chiffres clés des différents ministères).

Les plans de titularisation ne peuvent répondre à des attaques d’une telle ampleur. Ils n’empêchent pas la poursuite des recrutements de personnels précaires et les concours spécifiques ou réservés supposent par définition une sélection parmi elles et eux.

Contre ce pouvoir qui veut en finir avec la Fonction publique par la précarité, la FSU défend sans exclusive la totalité des personnels, c’est pourquoi elle doit revendiquer :

• L’abrogation de la loi de transformation de la Fonction Publique et des décrets qui s’y rapportent.

• Le réemploi et la titularisation immédiate sans condition de concours ni de nationalité de tous les personnels précaires.

• L’arrêt des recrutements de personnels non titulaires.

• La création de tous les postes de titulaires nécessaires à la titularisation de toutes et tous et à l’amélioration des conditions de travail.

• Une augmentation uniforme des salaires de 400 € net par mois.

La FSU doit organiser le suivi du réemploi des précaires sur le terrain, et favorise leur mobilisation au sein de collectifs intersyndicaux.

Pour des services publics

qui prennent pleinement en compte les oppressions

Les manifestations contre les violences sexuelles et sexistes et la journée du souvenir trans ont rassemblé beaucoup de monde. Si elles se sont confrontées à des attaques de l’extrême droite, elles démontrent que c’est d’abord dans la rue que nous pouvons combattre les idées fascistes, en prenant toute notre part dans les mobilisations qui se développent.

Elles ont été l’occasion de rappeler les carences en matière de reconnaissance, d’accueil et d’accompagnement des victimes de violences sexuelles et sexistes, mais aussi de rendre davantage visibles les violences faites aux minorités de genre. En particulier, des personnels de l’éducation étaient par exemple présent.es dans ces manifestations dans certaines villes pour exiger un accueil digne des élèves trans dans les établissements, alors que Blanquer multiplie les hypocrisies au sujet du “wokisme” ou de l’écriture inclusive.

En effet, de même que les conditions d’accueil des femmes victimes de violences reposent souvent sur des moyens précaires et in fine sur les structures locales qui militent sur ces questions, les délais et procédures administratives de changement d’état civil par exemple sont un véritable parcours du combattant.e pour celles et ceux qui s’y engagent. Dans les établissements scolaires – mais il en est de même pour tou·tes les salarié·es concerné·es – le manque de formation des personnels est prégnant et place les élèves en transition dans des situations violentes. De plus en plus, les personnels demandent davantage de formation sur ces sujets.

Alors que les mobilisations sont nombreuses et que la situation est toujours aussi précaire pour toutes les personnes victimes de violences sexuelles et sexistes, il nous faut un véritable plan de bataille. Les organisations syndicales doivent ouvrir la voie pour engager ou développer les discussions avec les autres composantes du milieu féministe – collectifs queer, trans, LGBTQIA+, se former davantage sur ces questions afin d’accueillir les revendications des personnes concernées ; former leurs adhérent·es ; exiger des moyens pour l’accueil et l’accompagnement des personnes concernées.

Nous n’obtiendrons pas ces revendications simplement en les demandant. C’est pourquoi il nous faut construire une véritable grève féministe, autour du 8 mars, articulée aux revendications pour des moyens pour les services publics sur ces questions, pour avancer et gagner sur ces sujets. (thème 2)

Des revendications offensives

pour un autre projet éducatif

Au cours du quinquennat, Macron aura poussé encore plus loin les mesures de déstructuration du système éducatif de la maternelle à l’université, sans oublier l’enseignement professionnel concurrencé par l’apprentissage sous statut privé, pour atteindre des seuils intolérables. De la loi sur “l’école de la confiance” à la loi Rilhac, de la réforme du Bac et des E3C aux Plans Locaux d’Évaluation, de Parcours Sup aux lois ORE et LPR, tout est à jeter. L’exploitation, pour des salaires dérisoires, des étudiant·es “contractuel·les alternant·es” et des AED, sous prétexte de “préprofessionnalisation”, la mise en responsabilité des stagiaires aussitôt après le concours, tiennent lieu de formation initiale des enseignant·es. Les concours de recrutement sont transformés en une sorte d’entretien d’embauche.

Il s’agit d’un mouvement de fond du capitalisme, qui détruit les services publics et les solidarités comme il détruit la planète.

Face à cela, la FSU doit bien sûr revendiquer clairement l’abrogation ou l’abandon de ces lois et dispositifs. Mais il ne suffit pas d’écrire des textes de congrès, si « offensifs » soient-ils, et encore moins de s’en remettre à une hypothétique alternance politique. Pour être à la hauteur des attaques, il ne suffit pas de les dénoncer. Il faut aussi mettre l’énergie et les moyens de la FSU au service d’une active campagne de terrain, pour mobiliser personnels, parents et jeunes. Cela suppose de s’appuyer sur un projet suffisamment clair et lisible, pour un autre système éducatif dans une autre société. Un projet qu’on ne voit pas surgir au fil des pages consacrées au thème 1. Un projet dont devraient au moins ressortir quelques points saillants :

• Une scolarité obligatoire jusqu’à 18 ans n’est pas une avancée dans la démocratisation du système éducatif si elle n’est pas accompagnée de la suppression de l’orientation en fin de collège, et d’une évolution convergente des trois voies actuelles de formation au lycée dans la perspective d’un lycée polytechnique et polyvalent pour toutes et tous.

• La formation initiale des enseignant·es doit revenir à un schéma simple et démocratique : abandon total du concept de “préprofessionnalisation”, pré-recrutements dès l’année suivant l’obtention du bac (redevenu examen terminal), concours après l’année de Licence, formation des néo recruté·es en deux ans sans aucune prise en charge d’élèves, titularisation puis entrée progressive dans le métier. (thème 1)

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