Éditorial revue n°5 (janvier 2023)

Éditorial revue n°5 (janvier 2023)

Retraites, l’urgence

Gouvernement, MEDEF et donc médias ont décrété l’urgence à “réformer” les retraites, mais pour le monde du travail, l’urgence est surtout le rattrapage des retards. Retard pris par rapport à 1982, dernière réforme progressiste sur cette question : la retraite à 60 ans ; retard des retraites et pensions par rapport à l’inflation, aux salaires des actifs, encore aggravé pour les femmes ; retard à l’allumage syndical contre la nouvelle offensive de Macron dont les grandes lignes étaient connues depuis longtemps.

La mobilisation pour les retraites doit devenir la priorité à tous les niveaux, d’abord parce que Macron compte faire passer sa “réforme” à la sauvette par amendements au budget de la sécu, ce qui est rapide et permet autant de 49-3 que de besoin. Mais aussi parce que cette lutte percute frontalement les stratégies capitalistes. Et même, si elle n’est pas plus importante de ce point de vue que les batailles pour l’assurance chômage, la sécu, les salaires, l’hôpital ou l’éducation, de son succès dépend celui de toutes ces luttes.

Ce n’est pas un hasard si Macron, serviteur le plus zélé de ce système, choisit de rompre le rythme des affrontements sur cette question (1995, 2003, 2010, 2019), pour remettre le couvert trois ans seulement après l’échec de sa première tentative, contre l’opinion publique et contre les avis du Conseil d’Orientation des Retraites. Ce coup-ci, pas de déficit abyssal, ni d’augmentation de l’espérance de vie en bonne santé (celle-ci ne progresse plus et par exemple dans les Fonctions publiques hospitalière et territoriale elle est inférieure à la moyenne nationale) qui tienne pour assurer l’équilibre des retraites à moyen ou long terme. Les économies recherchées ne serviront qu’à rentrer dans les exigences européennes en matière de déficit public et à baisser encore les prélèvements obligatoires des entreprises. Avec à la clé toujours plus de contrôle et détournements par l’exécutif des fonds et réserves de la protection sociale. Sans oublier, du fait de la baisse des niveaux des retraites, le champ libre pour les retraites individuelles par capitalisation et pour la rapacité des assurances privées et des fonds de pension.

La réforme Macron doit donc être retirée. Et en imaginant même qu’à terme la situation économique et le taux de chômage (aggravé chez les jeunes comme chez les seniors en cas de report de l’âge de la retraite) s’avèrent pires que les prévisions du COR, il existe une solution alternative progressiste qui renforce le dispositif solidaire de répartition des richesses qu’est la retraite par répartition, salaire mutualisé (et continué dans la Fonction publique), où les actifs assurent, par leur cotisations directes ou indirectes (patronales), le paiement des retraites au temps t, pour en profiter à leur tour le moment venu. Cette solution a été mise en œuvre à la Libération : c’est l’augmentation du taux des cotisations particulièrement celles des entreprises.

Elle a permis à des millions de travailleur·euses de ne pas avoir vécu que pour leur travail. De se dégager de celui-ci pour d’autres activités, pour une deuxième vie de réalisation personnelle ou à travers des choix collectifs. De tels choix politiques, possibles dans un pays appauvri par la guerre, le sont encore plus dans celui qui se targue d’être la 7ème puissance mondiale et dont l’essentiel des richesses produites est capté par les patrons et les actionnaires parmi les mieux rétribué·es de la planète.

C’est par les cotisations, leur extension à l’ensemble des revenus et la récupération des exonérations, dont le champ s’est encore élargi en 2019, qu’est crédible la revendication syndicale de retour à la retraite à 60 ans, avec 37,5 annuités pour une retraite complète sans décote, avec retour des préretraites, la sauvegarde du code des pensions et le maintien des régimes spéciaux comme optimum à atteindre et facteur d’unité dans la lutte. Et l’indexation des retraites sur les salaires afin que l’inflation n’annule pas les acquis des luttes.

Olivier Vinay

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