Michel Rivet, militant libre

Michel Rivet, militant libre

Ci-dessous l’hommage d’Olivier Vinay au militant et à l’ami Michel Rivet lors de ses obsèques le 9 décembre.

Michel c’était d’abord un ami (de près de 45 ans, en ce qui me concerne). Un ami de ceux qu’on peut revoir après des mois d’absence, comme si on s’était quitté hier. Avec qui on n’a pas besoin de beaucoup échanger pour se comprendre. Avec qui on sait qu’on va associer militance de terrain jusqu’à l’épuisement, humour caustique, autodérision, bamboches… et amour des chats…

Son anarchisme, revendiqué sans ostentation, se manifestait dans les pratiques, avec un refus de parvenir vissé au corps, lui faisant notamment choisir de finir sa carrière de CPE comme TZR dans le 93. Avec une irrévérence foncière vis-à-vis de la hiérarchie qui n’a eu de cesse de chercher à le réprimer. Avec un respect et un savoir-faire vis-à-vis des élèves et globalement de toutes celles et ceux broyé·es par le système capitaliste et l’institution scolaire.

Syndicaliste, il l’était profondément, attaché plus à des principes et des pratiques de luttes qu’à des boutiques syndicales. D’abord au SGEN-CFDT quand il était combatif, puis au SNES dans la tendance École Émancipée, il a participé à des congrès académiques et nationaux en soutien aux actions des collectifs de non-titulaires et en défense de la catégorie des MI-SE et enfin à la CNT. Il a été fondateur de la CNT Éducation 93 dont il a formé les militant·es et du journal de Le Chat du 93 ou sa plume était très appréciée. Resté compagnon de route de l’École Émancipée, puis d’Émancipation, il écrivait dans la revue L’Émancipation syndicale et pédagogique. Il a été très actif dans les grèves de 95, 2003 et 2010 sur les retraites, de 2006 contre le contrat première embauche (CPE) et bien sûr de 98 en Seine-Saint-Denis. Il se faisait souvent l’analyste malicieux de ces mouvements.

Il a été de pratiquement tous les collectifs de non-titulaires, de leur animation, de leurs actions, manifestations, toujours à l’avant des actions les plus risquées.

Après sa titularisation, pour laquelle il s’était tant battu à un niveau collectif, il n’a pas abandonné ce combat des précaires et a largement contribué aux enchainements devant des symboles du pouvoir, aux campements jour et nuit des non-titulaires étranger·es devant le rectorat de Créteil…

Il a soutenu, en grève de la faim lui-même, les non-titulaires grévistes de la faim qui ont arraché en 94 la garantie de réemploi des maitres auxiliaires, garantie prolongée d’année en année jusqu’à l’extinction de la catégorie des MA.

Ce mois de décembre aura été le premier où il n’aura pas défilé contre la précarité, avec les collectifs de précaires, les associations contre le chômage, et les syndicats.

Ce qui va nous manquer le plus dans cette période sombre, c’est son humour, son optimisme, sa volonté, sa joie de vivre. De même, que jamais je ne l’ai entendu se plaindre contre les aléas de la vie, qui ne l’ont pas épargné, jamais il n’a considéré une bataille perdue avant de l’avoir menée.

Michel, ta petite silhouette gouailleuse tou·tes nous l’imaginerons à nos côtés dans les batailles, à commencer par celle de plus sur les retraites qui s’annonce.

Olivier Vinay

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