Émancipation


Tendance intersyndicale

Un égout nucléarisé pour la France ? Ne laissons pas faire !

Estuaire de la Loire

La crise climatique et plus largement la crise environnementale est générée par les modes de production et de consommation sur fond de capitalisme financiarisé tout-puissant. Les conséquences de l’industrialisation à outrance se sont étendues aux systèmes agricoles et alimentaires avec une concentration du secteur agricole industriel. Le recours massif aux intrants de synthèse (pesticides, engrais) ainsi qu’à la biotechnologie (OGM) a des conséquences environnementales majeures.La crise climatique et plus largement la crise environnementale est générée par les modes de production et de consommation sur fond de capitalisme financiarisé tout-puissant. Les conséquences de l’industrialisation à outrance se sont étendues aux systèmes agricoles et alimentaires avec une concentration du secteur agricole industriel. Le recours massif aux intrants de synthèse (pesticides, engrais) ainsi qu’à la biotechnologie (OGM) a des conséquences environnementales majeures.

Mais quels sont les acteurs, totalement responsables, de cette attaque sans précédent sur le vivant, sur l’avenir ?

Dans l’estuaire de la Loire, ces faiseurs de mort sont nombreux mais faisons d’abord un focus sur la multinationale Yara, dont le siège se situe en Norvège.

Yara, c’est 13 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2018, 17 millions de tonnes de CO2 par an pour la seule production (ajouter l’utilisation !) pour produire synthèse d’ammoniac et engrais azotés utilisés dans le monde entier, et l’emploi de 16 757 salarié·es, dont moins de 300 sur le site de Montoir-de-Bretagne.

Une autre installation Yara, classée Seveso, sévit au Havre, une autre en Gironde et les bureaux commerciaux se trouvent à Puteaux.

Et dans le monde ?

Il y a 14 sites en Amérique du nord, 9 en Afrique, 13 en Asie et 19 en Europe. Une pieuvre.

Bien évidemment, Yara communique en mode “greenwashing” : “pour une agriculture intelligente face au climat afin de nourrir la planète” alors que ses émissions à effet de serre ont augmenté de 20 % entre 2009 et 2017, et que l’utilisation d’engrais chimiques a été multipliée par dix depuis 1960.

L’industrie des engrais chimiques, fabriqués à base d’azote, est liée à celle des énergies fossiles car d’énormes quantités d’hydrogène, produites à partir du gaz sont nécessaires. Ensuite le recours à ces engrais produit des émissions de protoxyde d’azote, un puissant gaz à effet de serre. La France en est le premier consommateur en Europe, et c’est essentiellement Yara qui arrose, avec GPN, ex-filiale de Total ! Une concentration qui génère comme toujours, y compris pour les matières premières alimentaires, une spéculation mortifère.

Le prix de ces engrais toxiques a augmenté de 123 % depuis 1970, une dépense de plus de 25 % pour une ferme moyenne, une paysannerie rendue toujours plus dépendante et vulnérable.

Et la santé ?

Yara produit 1 200 tonnes d’ammonium par jour et stocke plus de 100 000 tonnes d’engrais. Pour rappel le drame AZF, c’était “seulement” 300 tonnes. Faut-il commenter ? Ces engrais chimiques sont à l’origine d’émission de particules fines très nocives dans l’air, et dans l’eau. Les nitrates engendrés sont les contaminants les plus répandus au monde dans les aquifères. Mais les faits sont têtus : Yara continue de contrevenir aux règles environnementales, pourtant déjà insuffisantes. À Montoir, la tour principale rejette deux fois de plus de poussière que le seuil autorisé, Yara ne dispose pas de station adaptée de traitement des effluents et en 2021, 2022 il y a eu des fuites d’acide phosphorique et sulfurique dans l’estuaire.

Depuis des années, des associations, des élu·es alertent. Et le préfet et la direction de Yara communiquent sur leurs efforts, et les sanctions éventuelles, elles, sont dérisoires. Une manifestation d’ampleur avait eu lieu en 2020, le prix Pinocchio leur avait été attribué, mais nous avons évidemment été accueilli·es par la gendarmerie. Oui, on vous empoisonne, circulez… Faisons vivre les luttes et les alternatives !

Et ce n’est jamais fini

Il y a aussi le nucléaire : le cours de la Loire est “gâté” : 17 réacteurs, avec régulièrement des fuites, des “incidents”, des mises à l’arrêt pour différents problèmes, et bientôt une mise en danger avec des utilisations bien au-delà de la durée “fonctionnelle”. Chaque année l’ensemble du parc nucléaire utilise 19 milliards de mètres cubes d’eau pour refroidir les réacteurs. Mais ce n’est jamais grave, c’est “décarboné”. Circulez…

Macron et ses ami·es nous promettent désormais la construction d’au moins six nouveaux réacteurs avec accélération des procédures (socialistes et communistes se sont abstenus le 24 janvier, ne l’oubliez pas, ils sont responsables !), avec une loi-cadre en mars assurant “l’avenir énergétique de la nation” !

Il est aussi question d’installer des petits et mignons réacteurs nucléaires dans l’estuaire de la Loire, pour l’instant pas d’autres précisions, mais clairement, il va falloir retrouver la vitalité, par tous les moyens, des mouvements antinucléaires qui ont évité, par le passé, l’installation de réacteurs dans l’Ouest (Plogoff, Le Carnet, Le Pellerin).

C’est la raison pour laquelle, un collectif organise un vélo castor (1) les 17,18,19 mars de Paimboeuf à Basse-Indre avec du matériel : un tract qui montre que 77 ans après Hiroshima, 36 ans après Tchernobyl, 11 ans après Fukushima, la France est un pays parmi le plus nucléarisé, c’est à qui le tour ?

Six bonnes raisons : trop risqué, trop tard (à ceux et celles qui avancent que c’est urgent, en attendant !), trop cher, trop vulnérable, trop polluant, trop dépendant (en amont comme en aval) : oui au 100 % renouvelable ! Bienvenue au vélo castor, et le 3 juin à Bure.

La vie ou le nucléaire, choisis ton camp !

Emmanuelle Lefèvre

(1) Castor est aussi un sigle en anglais pour “Cask for storage and transport of radioactive material”, soit “conteneur de stockage et de transport du combustible nucléaire ou de déchets radioactifs”.


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