Origines, identitarismes … et universalisme !

Origines, identitarismes … et universalisme !

Signe des temps en ce temps où le signe est roi, plus il devient évident que tout un tas de problématiques particulières sont issues d’un même TOUT, et plus elles s’engoncent dans un tribalisme particulariste.

Toutes les révoltes contre l’exploitation et l’oppression de l’être humain par l’être humain sont légitimes et chacune est fondée à développer sa spécificité et son autonomie. Mais spécificités et autonomies n’ont rien à perdre et tout à gagner à se fédérer contre l’ennemi commun (le système politique, économique, social… de l’exploitation et de l’oppression de l’être humain par l’être humain) tout simplement parce qu’il est à l’origine de toutes les exploitations et de toutes les oppressions. Le capitalisme, le patriarcat, le sexisme, le racisme, le nationalisme, la division sociale, le pouvoir, la coupe du monde de foot au Qatar… sont les éléments constitutifs et complémentaires d’un même TOUT. Et se cantonner de manière obsessionnelle à une SEULE ou PRINCIPALE lutte spécifique débouche obligatoirement sur une impasse. Celle, dans le moins pire des cas, de l’indépendantisme borné du genre moi-je d’abord, moi-je uniquement, ou, dans le pire des cas, celle du renforcement d’un système basé sur la guerre de chacun·e contre tou·tes.

Que les choses soient claires ! Toute hiérarchisation des luttes contre un système GLOBAL conduit inévitablement à lutter pour une nouvelle hiérarchie !

Origines

C’est un fait, nous avons tous et toutes une origine. Incroyable !

Toi, moi, nous, sommes le fruit de l’amour, de l’habitude, du hasard, d’une erreur ou d’un viol. Et dans tous les cas de figure, nous n’avons pas choisi de naître, ni de naître ici plutôt qu’ailleurs et pas davantage de telle ou telle couleur, sexe, genre… Kif-kif pour ce qu’il en est du non choix de nos géniteur·trices ou parent·es.

Dans ces conditions, pourquoi attacher une importance fondamentale à une origine que l’on n’a pas choisie ? Oui, d’accord, quelques traits physiques, quelques particularités génétiques… Mais, et c’est prouvé scientifiquement, puisque chaque être humain est unique, pourquoi se préoccuper de notre origine ? Pouvoir être, tout simplement, ce que l’on n’a pas choisi d’être, serait largement suffisant. Et, ne pas s’en contenter, via la recherche d’une cohabitation paisible avec le plus (excepté la race maudite des assoiffés de pouvoir sur les autres) d’autres serait carrément de bon sens. Car, c’est un fait, nous sommes tous et toutes des êtres humains. Différents, mais semblables.

Bien évidemment, si certain·es s’opposent à ce que nous puissions être ce que nous sommes, c’est autre chose. Il s’agit alors de légitime défense. Mais cette légitime défense ne nécessite nullement de penser avoir tous les droits ou de se sentir supérieur·es à l’agresseur·euse. Et encore moins de nier l’évidence de l’importance de la recherche de complémentarités avec d’autres légitimes défenses. Car, cékomça, l’exploitation et l’oppression de l’être humain par l’être humain n’ont ni une seule cause ni une seule facette.

Identitarismes

Contrairement à l’origine, que nous n’avons pas choisie, il est possible et parfois souhaitable de décider de son identité.

Perso, je suis né en France. Je n’en suis ni fier ni honteux. Mais j’ai choisi d’être avant tout un citoyen du monde. De même, parce que né en France, ma langue maternelle est le français. Pas lieu non plus d’en être fier ou honteux. Et je respecte toutes les langues du monde dont la diversité est une richesse en SOI. Mais, je suis surtout un partisan farouche d’une langue universelle complétant chacune des langues existantes. Du genre l’esperanto qui a le grand mérite d’être de nulle part et, ce faisant, de pouvoir être de partout.

Pour ce qu’il en est de ma famille de “sang”, côté ascendants, si je n’ai pas eu mon mot à dire quant à papa et maman, qui furent à leur manière des parents aimants, mon vrai père, celui que j’ai choisi, c’est Michel Bakounine et… quelques autres du même acabit. Et ma vraie mère, celle que j’ai choisie, c’est Louise Michel, parce qu’une mère on n’en a qu’une. Bon d’accord, le fils caché d’une vierge, fut-elle rouge, ça peut sembler osé. Mais il en est un autre qui nous a déjà fait le coup et… ça marche encore. Alors !

Du point de vue de mon identité sexuelle, mon origine s’est trouvée être celle d’un mâle hétérosexuel. Je n’en suis ni fier ni honteux. D’autant plus que ça ne m’empêche nullement de combattre le patriarcat, le sexisme, le virilisme et autres soi-disant caractéristiques chromosomiques attribuées à mes congénères. Bon d’accord, étant impuissant depuis 10 ans, ça aide. Mais, même avant cela, je luttais contre la mauvaise éducation que m’avait donnée… ma mère. Bref, mon origine me convenant, je ne vois pas l’intérêt de m’affubler de faux papiers identitaires.

Universalisme

Dès lors que l’on n’accorde pas plus d’importance que cela à l’origine et à l’identité, la logique et le bon sens nous conduisent inévitablement sur le chemin de l’universalisme. Mais l’universalisme, c’est quoi au juste ?

Contrairement à ce que l’on essaye de nous faire croire, ce n’est pas le respect de la ou des différences. Car s’il est des différences qu’il convient de respecter, il en est d’autres qu’il convient de ne pas respecter. Les nazis sont différent·es des anarchistes (et pas que des anarchistes) et il faudrait les respecter, eux/elles qui ne nous respectent pas ? Kif-kif pour les curés de TOUTES les religions, les militaires de toutes les armées, les flics (hormis les derniers gardes-champêtres qui sont en voie d’extinction même dans nos campagnes) qui servent servilement tous les pouvoirs (cf. la rafle du Vel d’Hiv), les larbins de la magistrature qui sont toujours plus dur·es avec les gueux qu’avec les puissant·es et qui se targuent de faire respecter LA loi, celle de Vichy comme celle, ensuite, de la Résistance victorieuse, avec le même zèle, les patrons qui eux/elles se branlent complètement des origines et des identités dès lors qu’ils/elles peuvent tondre à ras le mouton prolétaire, et tous les connards d’enfoiré·es de salauds de merde de racistes, de sexistes, de nationalistes, d’exploitant·es agricoles tatoué·es aux pesticides, d’ouvrier·es fabriquant les armes qui se retournent toujours contre eux/elles, de politicard·es à la petite ou à la grande semaine de la gamelle financière et de pouvoir, de supporter·trices abruti·es de la coupe du monde de foot au Qatar, de M. ou Mme tout l’monde que nous croisons tous les jours en subissant leurs tirades à l’emporte-pièce contre tout et son contraire mais surtout, souvent, contre les mêmes boucs émissaires.

Bref, la différence et les différences, c’est toujours à prendre avec des pincettes. Et, de ce point de vue, se battre pour qu’il y ait moins de curés pédophiles, plus de militaires de la trempe d’un général De La Bollardière qui, lors de la guerre d’Algérie, démissionna en dénonçant la torture, plus de femmes, d’homos, de trans, de handicapés, de… dans la police, la magistrature, le patronat, les usines d’armement…, relève d’une impasse intellectuelle, politique et stratégique majeure.

Dans le même ordre d’idée, l’universalisme ne signifie nullement qu’il puisse y avoir une culture ou une civilisation particulière qui soit supérieure aux autres. Ou qu’il y ait un mode de vie qui aurait vocation à s’imposer partout dans le monde.

Mais alors, si l’universalisme ce n’est ni le respect des différences ni une culture, ni une civilisation, ni un mode de vie qui serait au-dessus du lot, c’est quoi ?

En fait, c’est très simple. C’est juste comprendre que les êtres humains sont à la fois différents et semblables et que l’essentiel est, tout en respectant certaines différences, de mettre en avant tout ce qui nous est commun et nous réunit. Et ce qui nous est commun et nous réunit, c’est un certain nombre de principes et de valeurs que tous les êtres humains ont toujours porté en eux. Du genre l’aspiration à la liberté, à l’égalité, à l’entraide, à la paix, au fédéralisme, à une vie digne…

Or, ces aspirations, que nous avons tous et toutes en nous, sont souvent sévèrement contrariées par toute une série de virus. La dictature, le pouvoir, l’individualisme égoïste, la propriété, le nationalisme, l’impérialisme, la peur de l’autre… Et ces virus sont à la fois en nous (l’être humain n’est pas entièrement bon par nature) et nous sont inoculés par un système global, politique, économique et social : celui de l’exploitation et de l’oppression de l’être humain par l’être humain.

En clair, tous les virus qui contaminent les principes et les valeurs de l’universalisme sont issus de la même souche et s’il convient de les combattre de manière spécifique, il est évident qu’un combat inter-disciplinaire s’impose. C’est aussi et peut-être cela l’âme de l’universalisme.

Nos anciens, lors de la Première Internationale, l’avaient, en partie, compris quand ils proclamaient : “Prolétaires de tous les pays unissez-vous”.

À l’heure de la mondialisation capitaliste qui arrive au bout de sa logique suicidaire en menaçant les conditions mêmes de la vie sur cette planète, il serait temps de comprendre que seule la fédération de nos luttes spécifiques, dont aucune n’est principale ou secondaire, et dont chacune est légitime à développer son autonomie, est à même d’enrayer cette mort annoncée.

On peut bien rêver !

Jean-Marc Raynaud

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