Édito

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Une lutte de portée nationale

Après l’atonie qui dans l’Éducation nationale a suivi l’échec du mouvement contre la réforme des retraites, la lutte actuelle dans le 93 ouvre de nouvelles perspectives, que nous avons défendues tandis que se tenait le congrès national du SNES.

Depuis la rentrée 2023, les établissements de Seine-Saint-Denis ont établi des cahiers de doléances pour chiffrer les besoins de l’école publique sur leur territoire. Ce travail a permis de préparer un mouvement d’ampleur qui égale celui de 1998. La revendication principale est un plan d’urgence. La mobilisation est impressionnante, elle réunit des enseignant·es, des parents d’élèves, des élèves avec des manifestations importantes à l’échelle du département comme le 7 mars avec 5 000 personnes devant le ministère de l’Éducation nationale puis le 14 mars avec 5 000 personnes à Bobigny.

Ce mouvement est aussi caractérisé par la tenue d’assemblées générales massives locales, puis plus centrales, avec par exemple une AG à la Bourse de travail le mardi 5 mars, réunissant 160 collègues dont 60 mandaté·es par leurs établissements ou AG de ville.

Les enseignant·es sont mobilisé·es depuis trois semaines dans une grève reconduite dans les établissements et entre établissements, avec des temps forts de mobilisation. L’implication dans la grève des collègues peut être expliquée par leurs conditions de travail mais aussi par le travail réalisé en amont de recensement des besoins qui les a inscrits dans la lutte.

Ce mouvement soutenu par l’intersyndicale montre comment il est possible de construire des luttes, à la fois par la base en incluant les travailleur·euses de l’éducation nationale et avec les sections locales des syndicats qui appellent et soutiennent. Mais les revendications ne portent pas seulement sur des moyens supplémentaires, elles portent aussi le refus de l’école du tri social que la réforme Blanquer, puis le “choc des savoirs”, approfondissent.

Aujourd’hui, refuser le tri des élèves, c’est agir sur le plan national en revendiquant l’abrogation des textes (décret et arrêtés) sur le “choc des savoirs”. Cela implique localement de se mettre en opposition avec l’organisation des enseignements et de l’orientation à tous les niveaux :

Il s’agit de mettre en débat dans les AG le refus collectif de toutes les modalités du tri :

– refus de toutes les évaluations imposées tout au long des cycles du primaire et du secondaire ;

– refus de toutes les pratiques menant au tri social, en particulier celles liées aux décisions des conseils de classe de la fin du collège à Parcoursup, et même dès le primaire ;

– refus de toutes les instances et travaux de mise en place des groupes de niveau du “choc des savoirs” ;

– refus de la mise en place du SNU et des stages de fin de seconde ;

– enfin refus de la surveillance et de la correction des épreuves du DNB et du bac, instrumentalisés en vue de préparer ou d’entériner le tri. Ce dernier refus implique de faire grève.

Pour ne pas laisser les mobilisations (celle du 93 comme les actions de refus) dans l’isolement, les organisations syndicales doivent prendre leurs responsabilités et organiser les boycotts et les grèves nécessaires au refus effectif du tri social, et élargir ces boycotts à tout ce qui dégrade notre statut et nos fonctions, dont le Pacte.

Refuser de mettre en place les réformes en s’opposant à nos hiérarchies, c’est commencer à instaurer un rapport de force et contribuer à créer des collectifs capables d’une victoire plus large, par des grèves destinées à soutenir et amplifier nos revendications. Mais aussi dans des perspectives de plus long terme, de formation de collectifs de résistance, portant des valeurs émancipatrices et refusant la transformation de l’éducation nationale en opérateur de tri.

Si nous sommes capables de résister, les grèves seront plus puissantes et seront davantage victorieuses.

Les camarades Émancipation au congrès national du SNES, le 27 mars 2024