Chronique des sexismes ordinaires

Chronique des sexismes ordinaires

PARCE QUE C’EST AUSSI UNE FORME DE HAINE

Les Bastille tomberont toutes un jour

Il n’est pas question ici de se faire des illusions sur le football professionnel, de compétition, etc. nous nous sommes déjà largement exprimé·es à ce sujet. Suite à la médiatisation de la dernière coupe du monde de football féminin, d’aucun·es avaient cru bon de gloser. Ainsi la réactionnaire Élisabeth Lévy dans Valeurs actuelles (21/06/2019) : “Il s’agit d’une utilisation frauduleuse de l’égalité. En effet, le sport n’est pas la dernière frontière de l’égalité, il est l’un des derniers refuges de la différence des sexes alors que la reproduction elle-même est en passe de lui échapper”. Toujours les mêmes rengaines : on ne peut être égaux car on est différent.es et on doit le rester ! Certains esprits n’ont décidément pas évolué depuis le “separate but equal” (principe justifiant la ségrégation raciale dans le Sud des États-Unis). Ces derniers mois, des démentis flagrants ont été apportés à l’idée selon laquelle ces questions n’ont rien à voir avec l’égalité et les droits des femmes : grève des footballeuses jamaïcaines en septembre, des footballeuses espagnoles en novembre, plainte collective des footballeuses américaines contre la Fédération pour discrimination sexiste, etc. Avec à chaque fois les mêmes questions, certes sous des formes différentes : un salaire minimum, l’égalité salariale, une convention collective, salaires en retard, prise en charge des frais professionnels… bref, des problèmes d’égalité concrète. Alors oui, le sport est un des domaines de lutte pour l’égalité !

Quentin

Dans le monde du sport comme ailleurs, la loi du silence

Depuis 2017 grâce au mouvement #MeToo, la parole des femmes se libère laissant apparaître régulièrement de nouveaux scandales. Dans le cinéma (affaire Weinstein aux États-Unis, révélations d’’Adèle Haenel en France), dans le monde littéraire (affaire Matzneff) des prédateurs et des violeurs ont pu agir jusqu’à récemment sans être inquiétés.

En 2020, c’est au tour du monde sportif. Sarah Abitbol, plusieurs fois championne de France de patinage artistique, dénonce son ancien entraîneur Gilles Beyer pour avoir eu avec elle des rapports sexuels en 1990, elle avait 13 ans à l’époque. 10 ans plus tard en 2000, ce même entraîneur fait l’objet d’une enquête judiciaire et administrative. Cela met fin à ses fonctions d’entraîneur national mais il poursuit sa carrière dans son club d’origine et effectue plusieurs mandats au bureau exécutif de la Fédération française des sports de glace… Didier Gailhaguet le président de cette fédération a beau clamé qu’ ‘il n’a pas protégé Gilles Beyer, on peut en douter.

Et ce n’est pas que dans le patinage. La Fédération française de motocyclisme est aussi sur la sellette : elle se voit reprocher son “silence coupable” face à un entraîneur pourtant condamné pour viol sur une élève mineure, silence qui a eu pour conséquences d’autres victimes. Tout dernièrement, Amélie Quéguiner, dirigeante d’un centre équestre, a révélé qu’elle avait été violée par trois moniteurs entre l’âge de 14 et 24 ans.

Le courage des premières sportives qui ont témoigné force l’admiration, le respect et incite d’autres femmes à briser l’omerta qui régnait jusqu’à présent dans le monde du sport. Lui aussi est un lieu propice au harcèlement et aux abus sexuels. Les relations de pouvoir, la forme d’appropriation du corps de l’autre qui se développe parfois entre l’entraîneur et l’entraîné·e, au nom de la sacro sainte performance, évoquent le phénomène d’emprise, qu’exerce l’homme violent sur sa victime.

“La peur doit changer de camp”, les violeurs doivent être démasqués, jugés. Pas plus qu’une prétendue création artistique ne peut légitimer le harcèlement et les abus sexuels, la recherche d’une performance d’élite ne peut couvrir les viols. Aucune médaille ne fera oublier à ces sportives, ce qu’elles ont subi.

Joëlle

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